» Le bruit qu’on fait et le fric qu’on gagne « 

Dans un article du « Monde » daté du 15 juin et signé par Anne Michel, le rideau s’est entrouvert sur l’état d’esprit qui anime (!) une partie de nos élites, en général soucieuses, comme on l’a vu pendant les dernières campagnes électorales, de « rassembler autour de nos valeurs » (sic) :

 » En pleine tempête financière dans la zone euro, le Crédit agricole a annoncé, mercredi 13 juin, l’arrivée prochaine de Xavier Musca, l’ex-secrétaire général de Nicolas Sarkozy à l’Elysée, comme directeur général délégué.(…)

M. Musca, ancien Directeur du Trésor de 2005 à 2009, qui fut de tous les grands sommets internationaux depuis 2009, aura la responsabilité de l’activité de banque de détail à l’international, des assurances et de la gestion d’actifs. Ce portefeuille inclut l’Italie, le Maroc, la Pologne et surtout la Grèce, et la filiale Emporiki qui empoisonne la vie du groupe depuis des mois. (…Il) a accepté, considérant que cette fonction s’inscrivait dans la continuité de sa carrière et que le cas grec, ajouté aux réformes bancaires à venir, représentait un défi intéressant.

(…) Au passage, M. Musca fait un pied de nez au gouvernement socialiste. (…Il) s’est vu refuser, en mai, la seule fonction qui l’intéressait, la direction générale de la Caisse des dépôts et consignations.(…) En outre, M. Musca a peu goûté le manque d’entrain manifesté par le chef de l’Etat pour le recevoir.

(…) Pour M. Musca, le Crédit agricole représente une véritable inflexion de carrière, son premier poste dans le secteur privé. (…Il) devra se faire aux subtilités de la gouvernance mutualiste, composée de multiples baronnies régionales. »

source photo

Donc on comprend :

– que Mr Musca trouve qu’après tant d’années dans le service public au service (du chef) de l’Etat, être « promu » gestionnaire des portefeuilles d’assurance au Crédit Agricole s’inscrit « dans la continuité de sa carrière », ce qui en dit long sur les navettes entre privé et public en France et sur le naturel affiché par la caste des Intouchables…;

– que « le cas grec est un défi intéressant » : les risques de crise grave au niveau de toute l’Europe ne devraient donc pas l’empêcher de dormir (de toute façon, Mr Musca « fait partie de la Haute » qui s’en sortira toujours….) Pour parodier Michel Foucaul, « le malheur des hommes ne devrait jamais être le reste muet » de l’ingéniérie financière (sic) de tous ces petits roquets de la Bourse.

– que Mr Musca a été froissé du « manque d’entrain du Chef de l’Etat à le recevoir« . Chochotte …!  On va verser une larme. Il peut toujours envoyer un twit à la Première Girlfriend.

qu’il devra se faire aux « subtilités  d’une gouvernance mutualiste, composée des baronnies régionales ». Puisque Mr Musca « a été de tous les Sommets internationaux depuis 2009 », il ne devrait pas perdre sa dignité à s’asseoir avec le Directeur de la Caisse Régionale du Crédit Agricole de Basse-Normandie. »

Bref, quand on pressent ainsi l’état d’esprit avec lequel toute cette caste a géré le pays ces dernières années, on se dit qu’on a eu raison de balayer tout ce petit monde, à commencer par le Chef, Mr Sarkozy. Ce dernier avait d’ailleurs précisé, dès sa prise de fonctions en 2007, qu’après son mandat, il partira « faire du fric« , eh bien voilà qui est fait, depuis cette semaine : il est apparu, affable et reposé, au Conseil Constitutionnel, où, comme le rapporte  » Le Monde  » du 21.06.12 :

 » (Son) indemnité, de 12 000 euros mensuels, est diminuée de moitié si le membre du Conseil exerce par ailleurs une activité professionnelle compatible avec les statuts (…) mais Nicolas Sarkozy n’a pas à ce jour déclaré d’activité. »

Probablement, il réfléchit.
Evidemment, aujourd’hui avec 12 000 euros par mois, t’as plus rien… même si ça paye le sel…
Ah, si Mr Musca (un salaire à combien de zéros ?) lui dénichait un poste à 120 000 euros par mois pour inventer le moyen de « mutualiser les pertes espagnoles avec les clients français » en leur disant évidemment de « se rassembler autour des valeurs », Mr Sarkozy pourrait ainsi s’abstenir de siéger au Conseil Constitutionel, s’il devait discuter d’une QPC (« Question préalable de constitutionnalité« ) par exemple sur le financement des campagnes présidentielles… même s’il en connaît un rayon. 

source photo

*****

 » Pour eux, une vie ce n’est qu’une carrière et du travail,
rien d’autre qu’un moyen de parvenir.
Ce qu’ils appellent réussite,
c’est le bruit qu’on fait
et le fric qu’on gagne. »

Simone de Beauvoir
(Les Mandarins – 1954)

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