Combien cela coûtera-t-il si on ne fait rien ?

La communauté internationale s’est donné les « Objectifs du Millénaire » pour aboutir en 2015 à réduire de moitié la proportion de la population mondiale qui souffre de la faim et dont le revenu individuel est de moins de 1 dollar par jour, pour garantir l’éducation primaire pour tous, réduire de deux tiers les mortalités maternelle et infantile,  mais aussi pour inverser la tendance à la déperdition des ressources environnementales.

La population mondiale des moins de 18 ans est estimée à 2,2 milliards d’individus, dont 1,2 milliard d’enfants de moins de 9 ans et un milliard de 10 à 18 ans.

Le manque d’accès à l’eau potable et à l’assainissement est la première cause de mortalité dans le monde.

Treize millions d’hectares de forêts naturelles sont annuellement détruits et convertis en terres agricoles, avec toutes les conséquences sur le cycle de l’eau, l’érosion des sols et la diversité biologique. Les changements climatiques modifient les rythmes et les conditions de la vie quotidienne, dans les domaines nutritionnels, médicaux ou éducatifs, surtout lorsqu’ils entraînent les déplacements de population et les migrations au niveau international.

La gravité et l’urgence de la situation sont globales alors que la volonté politique, les lois et règlements, ainsi que les moyens relèvent des Etats et résultent de leurs négociations. Mais la question est désormais posée de la légitimité d’un développement conçu selon le modèle occidental de croissance économique. Le concept traditionnel de croissance n’est plus considéré la seule forme de développement : les systèmes de pensée globale doivent s’adapter à l’urgence, à l’imprévisibilité et à la complexité de problèmes globaux qui ne peuvent être traités que par les apports respectifs des cultures et modes de vie de sociétés diverses, afin d’éviter la destruction progressive de l’environnement.

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A ces données objectives et à leurs conséquences prévisibles s’ajoutent des discours idéologiques selon lesquels seul « le marché » garantirait l’accès du plus grand nombre aux bienfaits du développement : dans cette optique, l’Etat constituerait un obstacle par incompétence et volonté de régulation, y compris au niveau international, par l’établissement des normes et conventions multilatérales contraignantes fondés sur des droits universels.

Les droits humains fondamentaux ne peuvent être effectivement garantis que si l’Etat dispose des moyens de réguler et contrôler leur application. Ce sont les droits imprescriptibles de tous les enfants d’une communauté : ils ne peuvent en aucun cas être programmés et gérés sur la seule base des capacités financières des familles. L’UNICEF a toujours considéré les frais d’inscription et le coût de la scolarisation des enfants comme une forme inacceptable d’ « impôt sur le développement »  pour leurs familles. L’idée répandue que l’instruction et la santé doivent être gérés sur le principe « utilisateurs-payeurs » (ou encore « faire des études est un enrichissement qu’il faut payer ») est évidemment contradictoire avec l’exigence d’universalité et de qualité de l’éducation et de la santé de base.

–  l’Etat porte la responsabilité de l’intérêt collectif quant aux nécessaires investissements à long terme, tandis que le marché est, par définition, la recherche la plus rapide du profit à court terme. Soumis aux fluctuations de la Bourse et de la rentabilité la plus rapide, il ne gère la rareté qu’au bénéfice d’une minorité disposant de moyens, et au prix d’une explosion des inégalités. Le secteur privé, comme les acteurs de la société civile (non-étatique) ont un rôle vital dans la mise en œuvre de ces droits : mais l’Etat en est le garant et le seul redevable devant sa propre population et devant les instances internationales de suivi.

– si la nature est une richesse, elle n’est pas une marchandise : on ne peut monétiser et commercialiser que ce qui est produit par des investissements et du travail humain, à partir des ressources naturelles. Pour quels intérêts faudrait-il commercialiser l’air respirable ? Si les ressources naturelles sont commercialisables, quelle gouvernance mondiale en fixerait et contrôlerait les règles de concurrence ?

Conseil des Ministres des Iles Maldives … sous l’eau
(Octobre 2009)

– la notion de « biens publics » doit sanctuariser certains investissements et services (éducation, eau, santé, etc) dans le sens de cette définition : « un bien public est un type particulier de consommation correspondant au cas où la disponibilité d’un bien pour un individu n’exclut pas sa disponibilité pour d’autres (non-rivalité) et où le fournisseur du bien ne peut empêcher personne de le consommer. »

– il faut en appeler à la responsabilité individuelle des citoyens informés : « La transition écologique ne peut se faire qu’au prix d’une modification de nos habitudes, vers un mode de vie plus sobre et moins dispendieux.”

– au lieu de se demander sans cesse « Combien cela coûte-il ? » (et toujours répondre que cela coûte trop cher), la question serait aussi immédiatement légitime : « Combien cela coûtera-t-il si on ne fait rien ? ». Les bénéfices d’une meilleure prévention en santé publique et d’une amélioration du système éducatif pour l’ensemble de la population sont profitables à toute la société, y compris pour l’adaptation de son économie à un environnement international de plus en plus concurrentiel et globalisé.

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