Rocard :  » le vrai courage politique, ce serait de … »

Parfois on se dit que c’est étonnant à quel point les politiques s’expriment intelligemment … dès lors qu’ils ont quitté le pouvoir.
Cette remarque ironique ne s’applique pourtant pas à Michel Rocard, tel qu’il s’est exprimé dans une interview publiée par « France-Culture Papier » (été 2013), d’autant plus qu’il a fait la preuve de sa capacité de gestion intelligente lorsqu’il était Premier Ministre – et qu’il est donc crédible lorsque, dans cette interview, il remet les politiques à leur place :

             Question : «  Vous êtes en train de nous dire que vous n’accordez vous-même plus vraiment de crédit aux hommes politiques ?

            « Je suis plus critique vis-à-vis des grands universitaires, car c’est d’eux que devraient sortir les grands remèdes. Or, devant ces changements ultra-rapides que nous avons vécus depuis un demi-siècle, les savoirs se sont multipliés et intensifiés et plus personne ne peut posséder tout le savoir humain. (…) Les savoirs se sont spécialisés. Ma discipline qui s’appelle l’ « économie » est la plus ridicule des disciplines modernes, car elle n’a rien vu venir dans une crise qui est due pourtant à une mauvaise façon de penser l’économie. Elle a cherché à travers la mathématisation de ses enchaînements logiques à s’apparenter aux sciences dures pour essayer d’y gagner un égal respect.   C’était idiot, car la matière de base reste sociologique. L’économie s’est trompée, elle s’est coupée de la sociologie, de l’ergonomie, de la science du travail, de l’histoire et même de la politologie, de l’organisation du pouvoir.

            Isolée, (l’économie) nous a inventé un système fou, des paradigmes disant que le marché s’auto-équilibre. La nature s’est fâchée, elle est venue crier aux humains de mettre de la paix dans leurs affaires ; que nous disons des bêtises ; que ça ne se passe pas comme ça. L’économie est morte (…) de l’isolement de son propre savoir. C’est aux hommes de savoir qu’appartient la définition du diagnostic et surtout, du traitement : les politiques cueilleront les remèdes pour les vendre à l’opinion publique, rendra faisable et possible ce qui est jugé le meilleur par le savoir. Il redevient possible de demander aux politiques (…) une organisation de la vie collective. Ce métier doit toujours être fait, il est compliqué par la gravité de la crise.

           Mais la création de l’avenir, ne l’imputez pas aux politiques, s’il vous plaît ! Il ne faut pas oublier (…) que nous avons appris cet art de gouverner à l’abri d’un concept inouï, celui de la souveraineté nationale, du chacun chez soi. Il n’a que trois cents ans d’âge. (…) Mais la souveraineté nationale est maintenant à bout de course, parce que tous les problèmes que nous vivons nous sont communs : le désordre financier est mondial, l’endettement budgétaire excessif des Etats est  mondial, le chômage, l’impossibilité de faire fonctionner l’économie pour retrouver le plein emploi. Le réchauffement climatique  également n’a pas de frontière. Il faudrait gouverner à ce niveau-là, or il n’existe même pas les outils nécessaires. »

          « Le courage et l’imagination supposent des bases de départ concrètes que sont la connaissance et la compréhension., C’est du côté de la compréhension que pour le moment, nous sommes courts.(…) Ce n’est pas une crise, c’est vraiment autre chose, des phénomènes à traiter ensemble (émergence du chômage, précarité, pagaille financière, crise de la dette, réchauffement climatique), tout cela est un appel à l’intelligence, au travail intellectuel, il faudra peut-être du courage pour l’appliquer, mais le recours au courage ne sera nécessaire que quand nous aurons l’outil. »
           « Je pense profondément que la mise en cause de l’absolutisme et de la souveraineté nationale est l’urgence mondiale d’aujourd’hui. »

              Question : dans un sondage, 70% des sondés pensent que la France a besoin d’un chef et d’autorité. Ce sondage vous -t-il surpris ?

           « Hélas non ! Les sondés disent l’évidence, ils répondent naïvement avec la croyance que parce qu’il y aurait un seuls chef et beaucoup de pouvoirs attribués é ce chef, il serait éclairé, il comprendrait les mécaniques multiples qui, mondialement, jouent sur nous. Ce n’est pas vrai.
           L’art de gouverner ne peut être que collégial, par définition, par structure, par condition, pour capter la confiance et aussi l’information, fabriquer des analyses collectives, les outils d’analyse mentale pour en sortir. Mais voyez l’état de délabrement où l’opinion est laissée par le niveau actuel de l’information politique.
           Notre survie exige que nous sachions, tous ensemble, journalistes compris, donner la priorité au temps long, à la compréhension des mécanismes plutôt qu’à l’évènement. »

(source image)

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Par ailleurs, Michel Rocard est co-fondateur du
COLLECTIF ROOSEVELT
qui propose  » 3 chantiers prioritaires et 15 réformes  »
et auquel tout un chacun peut adhérer : voir le site
http://www.roosevelt2012.fr/

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