AU PLUS PROFOND DE LA SENSIBILITE HUMAINE…

Au cours d’une brève interview par Caroline Brouais sur France-Culture le 4 mai dernier, Jacques Attali, économiste et essayiste, mais aussi mélomane et chef d’orchestre, mentionne l’une des œuvres qui l’ont le plus marqué dans sa vie : le 2 éme mouvement du Concerto en sol de Maurice Ravel.
Il commente ainsi cette œuvre : « (…) C’est un mouvement qui me bouleverse chaque fois que je le lis, que je le dirige ou que je l’écoute. Il y a là un double dialogue entre le piano et tout l’orchestre qui renvoie au plus profond de la sensibilité humaine. On entend une relation amoureuse, on entend une plainte, on entend de l’ironie, de la distinction de tout ce que la musique peut transmettre de transcendance. La difficulté que l’on a pour diriger cette œuvre, pour moi, c’est qu’il faut que je fasse attention à ne pas l’écouter, parce que si je me laisse entraîner à l’écouter, je ralentis. Alors qu’au contraire, la grandeur de cette œuvre, c’est de la tenir, il faut que ce soit une maîtrise. (…) Dans une œuvre comme celle-là, ni le pianiste, ni le corps, ni l’orchestre, ni le chef ne doit s’abandonner à écouter la merveille qu’on est entrain de faire. Il faut au contraire la maîtriser pour laisser tout le plaisir au public. (…) Ce deuxième mouvement est redoutable par sa simplicité et sa pureté qui s’entend : la moindre fausse note, mais aussi le moindre décalage rythmique est un désastre… Le sentiment qui vient d’abord, c’est la mélancolie, mais en même temps une œuvre musicale qui, comme toute œuvre d’art, (devant laquelle) on ressent l’émotion qu’on a ressenti la première fois qu’on l’a entendue. (…) Quand on entend une œuvre, on ne peut plus s’empêcher de l’entendre comme la première fois où on l’a entendue. D’une certaine façon, la deuxième écoute est pervertie : elle n’est plus vierge… »

Dans cette vidéo, Jacques Attali dirige lui-même ce Concerto en sol de Ravel. Le deuxième mouvement dont il parle commence à la minute 8’40 et se termine à la minute 18’25 (environ 10 minutes – dès la minute 15’15, le dialogue entre le piano et trois instruments à vent successifs est étonnant…) :
https://www.youtube.com/watch?v=efhOvtM9OE8

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