Berlin : avant / après … et ensuite ?

18.05.12

De passage à Berlin,
voici quelques impressions :

AVANT

Churchill, Truman et Staline à la Conférence de Postdam en 1945,
qui fixera le partage du territoire allemand entre les vainqueurs,
ce qui entraînera ultérieurement la guerre froide
dont la construction du Mur de Berlin en 1961
sera le symbole le plus symbolique.

APRES

Les trois acteurs de la chute du Mur de Berlin en novembre 1989 :
Georges Bush (père), Helmut Kohl, et Mikhail Gorbatchev

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AVANT

Checkpoint Charlie, symbole absolu de la Guerre froide,
autour duquel les chars des deux blocs s’épient

APRES

Le même Checkpoint Charlie,
lieu de tourisme et de fast-food…

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AVANT

APRES

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Et la suite,
c’est comme AVANT ? 
ou comme APRES ?

Post-soixante-huitard ou … prémonitoire ?

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 » Maintenant  dure combien de temps ? « 


Petite fugue à Vienne…

29.04.12

Au détour de quelques heures glanées à l’occasion d’un déplacement professionnel à Vienne (Autriche), voici quelques flashes en vrac :

Un petit placard affiché sur une porte d’une salle de réunion de l’AIEA (Agence Internatinale de l’Energie Atomique) dont on ne sait si on doit s’en inquiéter ou le prendre comme rassurant…

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L’intérieur illuminé de la Stefanskirche, cathédrale de Vienne

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Au Kunsthistorischesmuseum de Vienne :

« Portrait d’une inconnue »
de Gaspard de Crayer
(Flandres, 1630)

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De Josef DANHAUSER,

« Portrait d’un enfant rebelle »
Vienne, 1835

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De Rembrandt

« Portrait d’une jeune fille  »
Amsterdam, 1632

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De Jean FOUQUET

 » Portrait du juge Gonella « 
France, 1440

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Et quelques échantillons de tableaux
captés au hasard d’une visite
au pas de charge…

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A détour d’une salle, un peintre local s’exerce à la copie…

tandis qu’à l’extérieur du Musée,
un autre artiste subjugue les passants …

Le secret  ?

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PS : toute les photos sont de l’Abrincate,
moyennant une surtaxe de 5 euros
pour prendre des photos sans flash
dans le Musée.


Mémorable traversée de la Baie du Mont-Saint-Michel

2.04.12

(Photos prises par l’Abrincate en août 2011)

Tous renseignements 
sur les traversées à pied
de la baie du Mont-Saint-Michel
sur le site :

http://www.decouvertebaie.com/site/FR/traversees.php?cat=5


L’essence de la marche

14.07.09

 » Beaucoup, l’été venant, mettront bientôt un pied devant l’autre.
Acharnés à faire vite, pour certains. Bêtement.
Pour la plupart, heureusement, ce sera avec lenteur, mesure et endurance, en avançant pas à pas, solitaire en soi-même, au coeur du paysage soudain retrouvé, une fois largués les artifices, les semblants, les urgences où l’on crève.
Cette lenteur de la marche, où l’on oublie l’inutile pour l’essentiel, et l’actualité de l’heure pour la présence du monde, indique une philosophie.
(…)

 » Sur terre, l’homme habite en marcheur.
En parcourant le monde à pied, ne fût-ce que quelques heures ou quelques jours, on le voit différemment. Et l’on se voit soi-même autre.
Car la marche insiste sur les articulations, en particulier celle du corps et de l’âme.
Elle métamorphose le temps, impose fatigue à la pensée, se fait subversion ou vacuité.
En pérégrinant, on se perd et on se retrouve, comme en tout exercice spirituel.
On cesse de s’affairer, on crée parfois… »
(…)

 » On évitera donc de croire que la marche est un sport. pas même un loisir, encore moins un divertissement. Au contraire, si l’on en croit Frédéric Gros (1), ce serait plutôt une ascèse – au vieux sens grec – exercice, entraînement qui nous ramène à l’essentiel, c’est à dire à ce presque rien que nous sommes, présent-absent dans le monde, ne faisant qu’y glisser.
Avec des mots de tous les jours, et sans en avoir l’air, façon Montaigne, ce philosophe donne là une vraie leçon. »
(…)

Roger-Pol Droit, « Le Monde des livres  » – 19 juin 2009

FRANCE postcard swap Traversée de la baie du Mt St Michel par manchot6150

Celles et ceux qui ont la chance de faire la traversée à pied de la Baie du Mont-Saint-Michel, au lever du jour ou au coucher du soleil, comprennent le mot à mot de ces réflexions.

(1) « Marcher, une philosophie« , de Frédéric Gros, Ed Carnets Nord


Une semaine de prison humaine…

18.12.07

Au cours de la semaine du 10 au 15 décembre, l’Abrincate a animé, dans un Centre Educatif fermé de Roumanie, à quelques dizaines de kilomètres de Timisoara, une formation de personnels de l’Administration Pénitentiaire roumaine sur la prévention de la violence et de la maltraitance dans les institutions s’occupant de mineurs.
Ouverte à une vingtaine de fonctionnaires de plusieurs régions du pays, cette formation s’est déroulée dans le Centre lui-même, entouré de palissades éclairées toute la nuit, avec quelques miradors au sol, pour surveiller les déplacements de 62 mineurs incarcérés après jugement pour un an au minimum.

Pour avoir fait la même formation il y a un an dans un Centre identique d’une autre région du pays, la différence est nette : l’atmosphère est saine, le personnel, plutôt jeune, est visiblement désireux d’élever les standards des pratiques professionnelles avec les mineurs en milieu carcéral. C’est toujours la même chose : dans une institution, quel que soit son standard, ce qui compte c’est la volonté des personnels d’améliorer leurs pratiques.

Exemples de questions traitées :
Faut-il promouvoir les caméras vidéos pour surveiller chaque centimètre du centre ?
– Faut-il confier une part de responsabilité de la discipline aux mineurs plus âgés sur les plus jeunes ?
– Comment prévenir la violence entre mineurs ? Ou la violence du personnel sur les mineurs ?
– Quelles sont les procédures de signalement interne ?
– Comment faire comprendre aux mineurs que c’est leur acte qui a été jugé et non leur personne ?
– Comment préparer les jeunes incarcérés à leur sortie ?

Autant de questions débattues avec sérieux – et parfois quelques tensions – mais toujours dans un souci, et dans l’esprit positif, de mieux respecter la sécurité des mineurs, celle du personnel et celle de l’institution.

Mais aussi :
Comment aussi sortir progressivement d’une gestion quasi-militaire, héritée de l’ancien régime communiste ?
– Comment convaincre l’opinion publique de la nécessité de donner des sanctions véritablement éducatives à des mineurs qui n’ont parfois jamais connu leurs familles et qui découvrent – dans un centre privatif de liberté – une vie quotidienne réglée, une vie communautaire avec d’autres jeunes qui ne se sont pas choisis,  les 3 repas chauds et le sommeil à heures fixes, alors que beaucoup d’entre eux vivaient dans le chaos de la rue ?

Interrogés individuellement, certains d’entre eux, à qui l’on a demandé ce dont ils souffraient le plus dans le Centre, répondaient : « je ne sais pas ce que je vais faire quand je vais sortir »

Toujours est-il que ces contacts, avec les jeunes comme avec le personnel, furent une expérience humaine et professionnelle très forte, d’autant plus que vivant toute la semaine dans une des cellules du centre, comme les participants, les pauses, les temps libres et les repas ont été l’occasion d’entretiens spontanés, parfois individuels, avec ceux-ci, à propos de telle ou telle situation qu’ils-elles affrontent dans leur travail quotidien : des situations douloureuses, des conflits de prérogatives au sein du personnel (est-ce le job du psychologue ou de l’éducateur ?), une hiérarchie souvent absente, et un contact permanent avec des mineurs qui refusent parfois toute autorité – mais parce qu’ils n’ont jamais connu de vie sociale où les contraintes sont compensées par des avantages – ce que personne ne leur a jamais expliqué avant 14 ou 15 ans…

Dans ce contexte professionnel, le travail éducatif est frustrant, en raison des affrontements verbaux et des multiples formes d’agressivité jamais bien graves, mais qui parfois désespèrent les travailleurs sociaux et les éducateurs.
On ne parle jamais de la souffrance professionnelle de ces personnels, qui, parfois, ne voient pas de résultat de leur travail quotidien avant plusieurs mois…

Au cours de la formation, plusieurs jeux de rôles ont été réalisés. Exemples :
– un jeune se plaint auprès d’un membre du personnel de la violence de ses compagnons de cellule ;
– un membre du personnel estime inacceptable le comportement d’un de ses collègues vis à vis des jeunes et décide de parler à la direction du Centre ;
– le Directeur du Centre est interpelé par un journaliste qui a reçu le témoignage d’un parent d’un des mineurs incarcérés qui se plaint d’avoir été abusé sexuellement par un membre du personnel de nuit ;

– etc,etc…

Ayant l’expérience de ces formations dans plusieurs pays, on ne peut que constater que les situations – et les questions – sont toujours les mêmes :
Comment organiser la prévention de la maltraitance et des abus de pouvoirs dans un milieu fermé ?
– Comment assurer la sécurité des mineurs, la présomption d’innocence d’un collègue accusé faussement d’avoir violenté un mineur ?
– Comment gérer les clans dans le personnel ?
– Comment répondre à un journaliste ?
– Qu’est-ce qu’un signalement ? Qu’est-ce qu’une plainte ? Qu’est-ce qu’une preuve ?

– etc,etc…

Le paradoxe est que ce type de problèmes ne peut être traité que comme si la vérité ne pouvait sortir que de la fiction d’un jeu de rôle…
 » La vérité de l’homme est ce qu’il cache. «  (A.Malraux)

C’est peut-être ainsi qu’est né le théâtre ???


Le Salut, pour vous, c’est quoi ?

24.06.07

Sollicité en 2003 par les  » Cahiers Protestants «  sur ce thème imposé,
l’Abrincate avait proposé ce qui suit :

 » Elie Wiesel raconte parfois que, dans le camp de concentration d’où il a survécu, des prisonniers, abasourdis par leurs conditions de  » vie « , et présumant le destin qui les attendait, décident de faire … le procès de Dieu : Juges, Procureurs, avocats s’improvisent.
Pendant les débats, l’avocat de la défense de Dieu se révèle particulièrement bouleversant et efficace. Au terme du procès, les jurés prononcent l’acquittement de Dieu.
On demande alors à l’avocat de la défense comment il s’y est pris pour défendre Dieu aussi brillamment :  » C’est simple, je me suis mis à la place de Satan… »

Le Bien et le Mal, Satan, le Péché, le Salut… Voilà des couples de mots que toutes les religions du monde ont inscrit dans le langage automatique de tous leurs catéchismes : nous sommes  » tous pêcheurs « , mais le Salut est donné… Il doit donc bien y avoir quelque chose derrière ces mots pour qu’ils aient survécu à 2 000 ans d’histoire.
Mais, à 18 ans, la vie offre tant de choses qu’on ne peut se résoudre à la vivre en noir et blanc, alors qu’elle est en couleurs.

Les années passent, et au fil des situations vécues, une autre notion apparaît, plus sourde, mais plus forte, à laquelle personne, visiblement, n’échappe : le mystère, que nos bons professeurs de grec définissaient ainsi :  » ce devant quoi on ne peut que se taire ».
Il surgit sous forme de choc, de gifle, ou d’extase. Il laisse de toute façon KO : il n’y a plus de mots qui tiennent. D’autant plus que les mots peuvent être gravement détournés, ce qu’Albert Camus résumait ainsi :  » Mal utiliser les mots, c’est ajouter au malheur du monde.« 

Août 1983. Bangladesh. Village de Chilmari, au bord du fleuve Brahmapoutre, à 400 kms dau nord de la capitale, Dhaka. Inondations. Erosion des terres par le fleuve. Comme chaque année, des milliers de villageois déplacent leurs huttes de bambou vers l’arrière, à dos d’homme, sur les flancs des digues qui risquent de s’effondrer si la crue du fleuve s’amplifie. Paysans sans terre et sans travail, autre que journalier, nuées d’enfants, marché pourtant bien achalandé, mais aux prix inabordables – et donc distribution de nourriture en urgence pour 8 ou 10 000 enfants chaque jour.
Des cliniques où cent à cent vingt enfants perfusés étonnent pourtant les médecins ( » plusieurs de ces enfants, selon nos livres de médecine, devraient être morts depuis longtemps « ). Mais on en enterre parfois deux ou trois par jour.
Des responsables ? des coupables ? La surpopulation, les propriétaires terriens, l’analphabétisme , les spéculateurs su les marchés, l’islam obscurantiste, la corruption, l’incompétence des autorités … Mais le mal, dans ce contexte, c’est quoi ? c’est qui ?
Le Salut ? A première vue, la notion est intempestive … Pour 80 % de la population, il s’agit de survivre, à l’horizon des trois ou quatre jours qui suivent… A plus long terme, une seule piste sûre : mettre tout le monde à l’école, à condition qu’elle soit aussi un apprentissage de la solidarité – ce que permet l’éducation fonctionnelle.
Le droit à l’éducation est la matrice – et le moteur – de tous les droits humains. On sait que ce ne sont jamais les plus pauvres qui font les révolutions, mais les classes moyennes éduquées. Quand on sort du Bangladesh, on se dit que dans d’autres pays où il y a des révoltes à cause du prix du pain, c’est que tout espoir n’est pas perdu…

Mai 1995 : Rwanda. Prison de Gitarama. 8 000 prionniers accusés de génocide (ou de complicité), debout, en plein soleil. On entre dans la grande cour centrale, on se fraye un chemin au milieu d’une foule apparemment plutôt calme. Quand il y a un  » trou  » dans la foule, c’est qu’il y a un mort, qu’on transporte sur un brancard et qui circule de bras en bras au-dessus des têtes  » vers la sortie « .
Une voix – celle d’un tueur de village ? – nous lance :  » C’est ça, vos droits de l’homme ? ».
A l’autre bout de la cour, un bâtiment. Un escalier qui descend vers le sous-sol, sur les côtés duquel des prisonniers accroupis se lèvent pour créer un espace de passage aux visiteurs. En-bas à droite, une pièce en sous-sol où croupissent environ soixante jeunes, de 12 à 18 ans. Les matelas sont accumulés contre un des murs pendant la journée. Un prisonnier adulte (un tueur de village ?) nous interpelle : « Auriez-vous des cahiers et des crayons pour que je puisse faire un peu de scolarité, autrement qu’en écrivant sur les murs ? »

De retour à Kigali, la capitale, audience chez le Ministre de la Justice, à qui nous expliquons nos programmes en faveur des alternatives à la prison pour les mineurs – ou au moins pour qu’ils ne soient pas incarcérés avec des adultes.
Réponse du Ministre :  » Sous l’ancien rélgime, j’ai fondé une association de défense des droits de l’homme au Rwanda. Dès que je suis devenu Ministre, j’ai dû décider immédiatement que la mesure la plus urgente était d’en mettre le plus possible en prison pour leur épargner une mort certaine par vengeance villageoise. »
Depuis le nazisme, aucune situation n’a suggéré aussi fortement le déluge du mal absolu : le Rwanda? Pas d’enjeu géopolitique, pas de pétrole, pas de complexe militaro-industriel : le massacre de 500 à 800 000 personnes s’est fait à la machette… En tous cas, malgré tous les ouvrages d’analyse en tous genres … un certain mystère. De retour en Suisse, impossible de s’exprimer avant 48 heures…

N’importe quelle année, n’importe où en Afrique ou en Asie, un enfant de 8 ou 10 ans joue le rôle de garde-malade de sa mère hospitalisée, atteinte du SIDA …
Le péché de qui ? Etrange sentiment, devant la pandémie du SIDA, que le salut de l’humanité est peut-être plus menacé par le comportement intime de chacun que par la menace de l’arme nucléaire…

Novembre 1994. Belgique. Tribunal de Turnhout. Un Britannique, fondateur et éditeur d’un guide touristique pour homosexuels comparaît en justice, suite à notre campagne contre l’exploitation sexuelle des enfants dans le tourisme. Son  » Club  » fournissait, moyennant finances, des  » portfolios « , par pays et sur demande, où figuraient tous les détails pratiques pour  » se payer  » des jeunes garçons dans les pays les plus pauvres : les lieux, les coûts, les pièges à éviter, le vocabulaire de base pour aborder les garçons des rues,etc….
Argument développé par la défense de l’accusé ?  » Que vaut-il mieux pour un jeune garçon abandonné ? Vivre dans – et de – la décharge publique ou bien être accueilli, nourri, habillé, scolarisé et aimé par un homme ? « 
(sic).
Y aurait- il donc une pédophilie humanitaire, qui  » sauve les enfants  » ?

Partout, et dans tous les domaines, il y a ceux qui se payent de mots et ceux qui  » payent les mots cassés« ….
On pourrait faire tout un glossaire des mêmes mots qui nomment à la fois des  » péchés  » et des  » voies de salut  » pour l’humanité … selon que l’on tient le manche du marteau ou que que l’on soit sous l’enclume :

–  » l’amour des enfants » qui sert parfois de prétexte pour les violer et les détruire ;
–  » la souveraineté de l’Etat « , prétexte à tant de dictatures pour massacrer leurs populations ;
–  » le droit d’ingérence  » qui consiste parfois à intervenir, de manière sélective, dans les Etats les plus faibles ;
–  » l’embargo économique  » qui a souvent l’effet contraire de l’effet voulu sur une population qui n’a d’autre choix que de s’accrocher aux dictateurs en place ;
 » la mondialisation/libéralisation de l’économie mondiale », présentée comme la seul alternative de développement, après l’échec du communisme, et qui préconise le  » désengagement de l’Etat  » dans des pays qui ne consacraient déjà que 5 à 8 % de leurs budgets nationaux à la santé publique et à l’éducation…
– la  » libre circulation des personnes « , notion qu’on peut mettre en rapport avec les statistiques de l’  » Office des Nations Unies pour la Prévention du Crime » qui annonce que, chaque année, environ 700 000 personnes sont victimes de trafics d’êtres humains dans le monde ;
– l’annonce récurrente et toujours très médiatique de la « promotion des droits de l’enfant« , croisade universelle des pays européens, dans lesquels, pourtant, des milliers d’enfants disparaissent définitivement chaque année des institutions où les autorités les ont placés.
On peut même lire dans un document officiel de l’Office Fédéral
(suisse) des Réfugiés (à propos des réfugiés en général, dont des mineurs) :  » Près des 90 % des requérants d’asile originaires d’Afrique quittent le domaine de l’asile par des départs non-officiels. Sans cette soupape (sic), la politique d’asile devrait assumer un fardeau social et financier qu’elle ne pourrait pas supporter. Les disparitions – qu’on le veuille ou non – remplissent ainsi une fonction-clé dans la gestion des flux migratoires entre la Suisse et l’Afrique « .(…)

Dans le tas de ferraille du siècle de fer qui s’annonce, on se doit d’entretenir les devoirs de mémoire et de repentance historique, mais aussi d’exercer notre responsabilité devant les générations futures (« sauver la planète« ).
Or les « péchés » du passé et ceux de l’avenir sont finalement plus facilement identifiables que ceux du présent : aujourd’hui, que pouvons-nous faire ? A l’heure de la mondialisation, l’action individuelle a-t-elle encore un sens ? Par où se tourner ? Que répondre à un Président américain qui termine ses discours de croisade par «  God bless America « , sinon :  » God bless the Iraki children  » ?

Pendant la guerre du Kosovo, un ami grec défendait les Serbes par  » solidarité orthodoxe « .
Réponse :  » Devons-nous par solidarité catholique, soutenir les religieuse rwnadaises jugées en Belgique pour complicité de génocide ?  »
Si la religion est une affaire d’identité à laquelle on s’accroche et dans laquelle, finalement, on s’enferme, que signifie alors le salut individuel ou collectif ? Tous les conflits qui mêlent les intérêts des Etats avec les identités religieuses, en manipulant les notions de salut (le nôtre) et de péchés (ceux des autres), sont insolubles, comme en Irlande du Nord, en Israël.-Palestine,etc…
Les notions de péché et de salut sont des notions religieuses – qui devraient  » relier  » les hommes entre eux. Pourquoi dégénèrent-elles en péchés et saluts collectifs, c’est à dire en guerres de religion ?
Si la religion est affaire de vérité, individuelle et collective, il faut se convaincre de ce que disait le poète :  » La vérité ne meurt jamais, mais elle mène une existence misérable ».

Il y a quelques années, devant travailler sur la notion juridique de « Crime contre l’humanité« , nous demandions à un juriste australien :  » Ne pensez-vous pas que la criminalité organisée envers les enfants devrait être qualifiée et poursuivie au titre de Crime contre l’humanité ? « .
Réponse :  » Dans le droit australien, nous avons seulement le crime contre la personne ».
Et il ajoute en souriant :  » Mais si vous me donnez une définition de l’humanité, je vous dirai si je réponds positivement à votre question… »
Au fil de nos recherches, nous avons découvert qu’en réalité, le Crime contre l’humanité, qui est la plus haute qualification criminelle existante, ne se réfère à aucune définition objective de l’humanité. Comme si, historiquement, l’humanité ne pouvait se définir que négativement, à savoir par ce qui la nie.
On ne peut définir l’humanité, mais il est désormais définitivement admis en droit que l’esclavage, l’ apartheid ou l’extermination d’une population, sont des Crimes contre l’humanité – lesquels n’ont juridiquement pas besoin d’être commis en situation de conflit armé pour être qualifiés comme tel (ce que beaucoup de gens, y compris parmi les juristes, semblent ignorer).

Mais finalement, n’est-ce pas mieux ainsi ? Plutôt que de s’envoyer à la figure des concepts, des définitions prétenduement exhaustives, des identités, des jugements, des appartenances, et autres « querelles des universaux« , il est finalement préférable de faire silence, d’écouter le mystère d’une humanité qui se cherche dans un au-delà suffisamment difficile à identifier dans le présent.

Au risque de faire sourire … Voyageant souvent dans de nombreux pays, nous essayons toujours de trouver le temps, ne serait-ce qu’une heure, au pas de course, pour visiter le lieu où s’exprime la religion des gens du pays : le Temple de Kali à Calcutta (Inde), la Mosquée marocaine de Nouakchott(Mauritanie), la Grande Synagogue de Jérusalem(Israël), la Cathédrale St Patrick de New York (ou Trinity Church, à deux pas de  » Ground Zéro « ), le Temple tibétain de Kathmandou (Népal), la Cathédrale orthodoxe de Bucarest (Roumanie), la petite église d’Addis-Abeba (Ethiopie), la petite Mosquée de Mitrovica (Kosovo) ou le grand Temple Shinto de Tokyo (Japon).
Ou encore cette magnifique petite église d’un village du sud de la France où, sur le portail écrasé de soleil, un papier jauni sous plastique indiquait : «  Dimanche – 16 h 30 :  » Méditation des mystères douloureux « 
Dans tous ces lieux, qu’il y ait foule ou pas, une écoute du silence, qui transpire tout sauf le vide, une sorte de sérénité naturelle, des gestes rituels lents ou rapides, des chants incompréhensibles, des objets étranges ou inattendus, mais captés par des regards intérieurs d’effroi et d’espoir, happés par la nuit des temps et pour longtemps encore…

Et lors d’un de ces retours en Suisse, un quotidien romand étale « à sa une » le problème très controversé du partage de la Cathédrale de Lausanne entre les religions de la place, débat où la pingrerie le disputait au théologique.
Dans un pays où une bonne proportion de gens disent ne croire en rien, et où le débat collectif navigue en permanence entre le cours du dollar, la météo du week-end, la distribution légale de drogue ou le destin des demandeurs d’asile, on se dit que ce pays aurait pourtant une chance unique d’être un exemple de dépassement des identités de clocher, et d’agir, ne serait-ce que sur les symboles, surtout lorsqu’on prétend prêcher sur l’essentiel, qui n’est rien de moins que le salut de l’humanité.

Et on se dit qu’il faudrait inventer le péché d’ineptie. »

(Voir aussi un précédent billet de ce blog :  » Satan et les statues » qui reprend en introduction l’anecdote d’Elie Wiesel)


« Le vent se lève » sur trop de tombes…

3.09.06

Belfast, Royal Avenue, en face du « City Hall » (mairie), samedi 26 août 2006, vers 18 heures. Arrivée de l’aéroport international pour participer à un congrès.

Le bus No 1a – pour se rendre à l’hôtel – a du retard, et les trois passagers de l’abribus, dont l’Abrincate, échangent leur étonnement. Mais progressivement, du bout de l’avenue, s’annonce un défilé d’une dizaine de groupes musicaux (flûtes et percussions) en costumes traditionnels, chacun suivi de trois rangées d’hommes endimanchés, avec, au veston, des décorations, des symboles et autres foulards orange. C’est un des défilés des « Orangistes » protestants, « loyalistes ». Drôle d’ambiance : pas un mot échangé entre eux, des visages durs, fermés, des regards qu’on pourrait croire haineux, dans une démarche militaire parfaitement coordonnée, bien que sans uniformes. Mais le malaise vient surtout du fait…qu’il n’y a personne – mais absolument personne – sur les trottoirs de l’avenue, ne serait-ce que pour les regarder passer. Comme s’ils défilaient pour eux-mêmes.

Question au voisin d’abribus :  » Si tous ces hommes s’exprimaient d’une seule voix pour dire une seule chose , ce serait laquelle ? » –  » Rien – c’est la pure et simple commémoration rituelle de la victoire contre les catholiques il y a quelques centaines d’années. Et ça n’intéresse personne. »

Mercredi 30 août, 14 heures. Après-midi de pause dans le déroulement du congrès international. Sur la base d’un prospectus trouvé dans le hall de l’hôtel, et intitulé « Political Tours », rendez-vous devant un immeuble au départ de la grande avenue de « Falls Road », côté catholique de Belfast. Le guide ? Un ancien prisonnier de l’armée britannique. Quinze ans de prison, effectués avec beaucoup d’autres, dont Bobby Sands et 11 autres prisonniers qui sont morts il y a plus de 20 ans, au terme d’une grève de la faim, mémorable, face à laquelle Margaret Thatcher n’a rien cédé pendant les longues semaines où s’égrenaient les annonces lancinantes des noms des morts en prison. Un guide au ton serein, au physique de joueur de rugby, au regard et aux gestes déterminés, rappelant les grandes étapes de la lutte des Républicains irlandais depuis un siècle.

La visite consiste à remonter l’avenue, en s’arrêtant à différentes étapes symboliques. Ses explications sont interrompues – c’en est parfois agaçant – par les salutations des passants sur le trottoir ou par des klaxons d’automobilistes qui le reconnaissent au passage. La plupart des étapes de la visite consistent à commenter les « murals« , ou peintures murales, qui recouvrent parfois un côté entier des façades de maison. Partout des portraits des grévistes de la faim, avec quantité de slogans, de réflexions, ou de citations des uns ou des autres, du genre  » Si personne ne défend les défenseurs des droits de l’homme, qui défendra les droits de l’homme ?« . Devant l’une de ces peintures, représentant un jeune avocat abattu par l’armée britannique, le guide termine son commentaire par un silence, suivi de  » c’était mon avocat« .

La visite se termine à l’autre bout de l’avenue, par la visite du cimetière et du carré où sont enterrés les grévistes morts de faim : le nom de Bobby Sands est gravé au milieu des autres, sans aucun signe particulier. Le guide ne montre aucun signe d’émotion, si ce n’est un débit de commentaires plus lent, voire pesant. Emotion certainement, mais peut-être aussi lassitude. Ayant accepté de prendre un verre avec nous après la visite pour échanger plus spontanément, il nous confie : «  Ce qui me désespère le plus aujourd’hui, c’est la dépolitisation de la nouvelle génération ».

Question (d’un ignare) :

 » Votre combat pour l’indépendance et le départ de Britanniques revient-il à demander de devenir partie intégrante de la République d’Irlande ?  »
–  » Oui  »
–  » Donc la République d’Irlande vous soutient ?  »
–  » Non »
–  » Ah, pourquoi ? »
–  » Parce que notre lutte est aussi pour un socialisme démocratique et cela leur fait peur : depuis un siècle, notre combat est aussi politique. Le peuple, le peuple, le peuple. »
–  » Mais ne croyez-vous donc pas que même en obtenant le départ de l’administration et de l’armée britanniques, vous serez encore minoritaire au sein de la République d’Irlande, et qu’avec l’intégration progressive de l’Union Européenne et l’ouverture des frontières, les données du problème seront radicalement différentes ? »

 » Peut-être » …

Etonnament, le congrès international fut officiellement ouvert, au Centre des Congrès de Belfast, par la Présidente de la République d’Irlande, venue spécialement de Dublin. Née à Belfast, étudiante puis avocate dans cette ville, elle était « invitée ». Le programme du Congrès prévoyait un invité-surprise, le jeudi, veille de la clôture des travaux. Qui était donc l’invitée surprise ? Madame Cherie Blair, épouse de l’autre, ancienne avocate. Comme si, dans le contexte de l’Irlande du Nord, il fallait « ré-équilibrer »… les invité-e-s.

Retour de Belfast, à peine sorti de l’avion, nos écrans affichent : « Le vent se lève », de Ken Loach, Palme d’Or du Festival de Cannes 2006. Film dur, mais authentique. Et surtout un véritable cours d’histoire qui dépasse de beaucoup la simple problématique irlandaise des années 1920 (on ne peut s’empêcher de penser au problème palestinien – auquel d’ailleurs notre guide se référait à de nombreuses reprises). Où l’on voit les tensions (violentes) entre ceux qui sont prêts au compromis et ceux qui veulent « tout ou rien« . Ceux qui veulent « tout », pour ne pas trahir la mémoire de ceux qui sont morts, sont prêts à assassiner leurs propres frères qui s’apprêtent à signer le compromis pour arrêter les souffrances (le sermon du curé de paroisse est pathétique).

Mais l’on se dit aussi qu’il y a autant de morts parmi ceux qui négocient que parmi les « fondamentalistes », et que la phrase bien connue de Camus est à graver dans tous les livres d’Histoire :  » On commence toujours par vouloir la justice et on finit toujours par créer une police ».

Et ajouter la phrase peinte sur le mur de côté d’une maison, à 50 mètres de la mairie de Belfast :  » Un pays qui a un oeil fixé sur son passé est sage ; un pays qui a les deux yeux fixés sur son passé est aveugle ».


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