Humanité et bon sens

14.01.16

Dans le fatras des positions, des analyses et des postures, en relation avec les attentats terroristes de janvier et novembre 2015, il est des petits paragraphes qui brillent soudain comme des petit diamants d’humanité et de bon sens.

Comme ces extraits d’une chronique écrite par Véronique Nahoum-Grappe dans la revue « Esprit » No 421 de janvier 2016 (pages 16 et 17) :

(…)  » L’enseignement premier et minimal pour moi serait la prise en compte, par la vérité de l’imagination, des espaces sur la planète, en Syrie par exemple, où ces crimes contre les civils sont tels et tellement répétés qu’il est impossible de poser des bougies, de penser le deuil, d’envelopper les victimes survivantes de soin et de compétence affective et psychologique. Une société suffisamment bonne se rassemble autour des corps des morts et du coeur des survivants parce qu’elle est en paix et qu’elle jouit d’un espace de tranquillité où des bougies peuvent diffuser leur lumière de lune sur une place publique.
Lorsque des attentats meurtriers contre des civils se produisent tout le temps dans les villes en guerre, que, pour des raisons historiques, les cimetières sont ravagés et que les bougies s’éteignent vite, le charnier est la réponse : les solitudes s’accroissent dans l’ornière de leur propre malheur, les souffrances physiques rendent fou et poignardent, leur masque hurlant trahit l’expression des souffrances morales et politiques.
Au moins, offrons un accueil digne à ceux qui fuient cela au péril de leur vie. Au troisième attentat, combien de Parisiens se poseront la question de partir ?
(…)
Ce matin-là (30 novembre) l’église St Germain des Près à Paris est tellement pleine de monde qu’elle déborde de partout.(…) Parce qu’il s’agit d’un ami qui a perdu sa deuxième fille, 35 ans, j’assiste aux obsèques de trois personnes.(…)
La cérémonie trouve une définition pour l’ethnologue, un chemin possible quand il n’y en a plus et que les contours se sont évanouis. Et puis des lignes mélodiques envahissent tout cela et parfois viennent percer le bouclier secret. Il y a des voix, des chants qui entrent partout, dans les arrière-cours encore planquées, les recoins d’enfance oubliés. Elles sont comme des aiguilles de miel et de feu qui se saisissent d’un vivant, et le jettent par la fenêtre hors de tout cadre, au-dessus du vide de tout ce que l’on a jamais compris. Pendant cette cérémonie, j’ai eu le sentiment que ce qu’il y a d’inconsolable dans le malheur pouvait échapper à  » la nuit des temps  » grâce à la musique. »

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Une minute de (résistance en) silence

16.11.15

Ce lundi 16 novembre 2015, à midi, me suis rendu à la librairie Payot (Lausanne – CH), pensant que la minute de silence, en hommage aux centaines de victimes (morts et blessés) des attentats de Paris, serait plus supportable, entouré de rayons rassemblant Lucrèce, Montaigne, Kant, Ibn Khaldoun, Hanna Arendt, Robert Antelm, Camus, Zola, Sénèque, Hugo, Malraux, Gluksmann, Dostoievski, Kundera, Césaire, Klaus Mann, Dürenmatt, Ben Jelloun, Senghor, et tous les autres…

Ai acheté le dernier ouvrage de Roger-Pol Droit :
 » Qu’est-ce qui nous unit «  (Plon)

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Pendant la minute de silence,
retour soudain sur une phrase extraite
de la préface des « Antimémoires »
d’André Malraux :

(…) « Parce que, ayant vécu dans le domaine incertain de l’esprit et de la fiction qui est celui des artistes, puis dans celui du combat et dans celui de l’histoire, ayant connu à vingt ans une Asie dont l’agonie mettait encore en lumière ce que signifiait l’Occident, j’ai rencontré maintes fois, tantôt humbles et tantôt éclatants, ces moments où l’énigme fondamentale de la vie apparaît à chacun de nous comme elle apparaît à presque toutes les femmes devant un visage d’enfant, à presque tous les hommes devant un visage de mort.

Dans toutes les formes de ce qui nous entraîne, dans tout ce que j’ai vu lutter contre l’humiliation, et même en toi, douceur dont on se demande ce que tu fais sur la terre, la vie semblable aux dieux des religions disparues m’apparaît parfois comme le livret d’une musique inconnue ».

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Donc en guerre – mais surtout en résistance…

15.11.15

Les agressions et massacres revendiqués par Daesh à Paris, ce vendredi 13.11.15, nous convainquent – avec quelle violence ! – que nous sommes en guerre. Nous, c’est chacun-e d’entre nous, qui aurions pu fêter un anniversaire à la terrasse du Bar « Le Carillon », ce vendredi 13.11.2015 vers 22 heures….

En guerre oui, pour se défendre, mais contre qui ?
Contre la barbarie – sans hésitation, ni compromission, ni état d’âme – mais pas en guerre contre l’Islam. Si nous faisions de cette tragédie une guerre contre l’Islam, c’est céder du terrain à l’ennemi, en lui concédant qu’il s’agit bien d’un guerre de civilisation.

Xavier Raufer, criminologue, disait le 15.11.15 sur France Info qu’en réalité, personne ne sait exactement ce qui se cache derrière Daesh et son Califat. Il est possible – voire probable – que ce terrorisme, à répétition désormais hebdomadaire sur l’ensemble de la planète, ne soit d’inspiration religieuse que pour son drapeau, pour sa communication sur internet (y compris ses revendications invérifiables d’attentats) et ainsi recruter quelques milliers de paumés psychiatriques.

Ne serait-ce que pour nous défendre, nous n’avons pas d’autre pouvoir que de le déléguer aux élus, aux  militaires professionnels et aux services de renseignement.
Mais la situation n’entraîne pas seulement d’entrer en guerre, mais elle exige surtout d’entrer en résistance.
En résistance … pour maintenir les valeurs qui fondent notre vie collective, que les terroristes veulent détruire. Et cette résistance, c’est l’affaire – et le pouvoir – de chacune et chacun d’entre nous, pour maintenir allumée cette petite flamme de la conscience des droits humains fondamentaux, qui survit, même dans le tunnel de la guerre.

« Savoir craindre, c’est penser. Tenir c’est faire front »  disait le regretté André Gluksmann.
Et comme disait (qui ?) :  » La vérité ne meurt jamais, mais elle mène une existence misérable. »
Notre Histoire regorge de situations où des hommes et des femmes, même les plus anonymes, ont maintenu cette flamme dans les pires tempêtes. Il n’est nul besoin d’avoir fait l’Ecole Polytechnique pour avoir, ne serait-ce que l’intuition, même fragile, de chemins de la liberté et de la justice.

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Modestement, mais il se trouve que l’Abrincate a assisté, à Genève (CH)à la cérémonie annuelle de remise des Prix des Droits de l’homme par la Fondation Martin Ennals. Les trois nominés pour le Prix ont fait chaun-e l’objet d’un petit film de 10 minutes – et ces 3 témoignages méritent d’être écoutés :

Lien sur le site : http://www.martinennalsaward.org/index.php?lang=fr
Sur la page d’accueil du site, il faut aller à la deuxième vidéo (celle où l’on a une vue d’ensemble de la salle de remise des prix) :

Madame Asmaou DIALLO (Guinée) :
de 0h 24mn 50 sec à 0h 35 mn 06 sec
Monsieur Robert SANN AUNG (Birmanie) :
de 0h 42 mn 30 sec à 0h 54 mn
Monsieur Ahmed MANSOOR (Emirats Arabes Unis) – Premier Prix :
de 1 h 15 mn à 1 h 23 mn

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Un moment très émouvant : vendredi soir à Washington (USA), un groupe d’une vingtaine de jeunes, réuni en cercle autour de quelques bougies, a entamé une « Marseillaise » chantée avec une douceur infinie, une « presque-discrétion », sans spectateurs, pour eux-mêmes en tant que petit groupe qui a voulu en s’isolant exprimer la force du lien de solidarité qui les unit à la nation française – et comme le disait De Gaulle, ce chant (ce cri ?) « venait du fond des âges« …

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Voir sur le lien de France 2 :  Journal de 13 h le samedi 14.11.15
http://pluzz.francetv.fr/videos/jt_13h_,131967021.html
(aller directement à la minute 01 h 05 mn – Attention : l’extrait dure moins de 15 secondes mais il n’en est pas moins bouleversant)

 

 


Guerre de civilisations ?

1.07.15

 » Dans le désert, les mots ont des contours nets  » disait Lawrence d’Arabie.

Nul ne doute de la détermination du Premier Ministre français, Mr Manuel VALLS, à combattre le terrorisme. Mais il ajoute, le dimanche 28 juin, lors de l’émission « Le Grand Rendez-vous » d’Europe 1 : « Nous ne pouvons pas perdre cette guerre parce que c’est au fond une guerre de civilisation. C’est notre société, notre civilisation, nos valeurs que nous défendons », a déclaré M. Valls.

Ce n’est pas faire un procès d’intention à Mr Valls de dire que la civilisation est précisément le contraire de la guerre, et qu’il s’agit donc d’une guerre de toutes les civilisations (c’est à dire 99.9 % de l’humanité) contre la barbarie. L’ennemi n’est pas l’Islam (ce qu’il confirme dans la suite de l’entretien), mais en utilisant l’expression « guerre des civilisations », il prête le flanc à l’interprétation de l’ennemi, qui ne cesse de proclamer stupidement sa « guerre contre les croisés« .

Oui, les mots ont des contours nets : il s’agit bien d’une guerre des civilisations contre la barbarie..

Il est clair que de nombreuses guerres, dans l’histoire de l’humanité, ont voulu affirmer et imposer un civilisation sur une autre – ou sur toutes les autres – mais le XX ème siècle ayant conduit ce raisonnement à ses conséquences extrêmes, il faut désormais refuser, au XXI ème siècle, d’entrer dans un discours symétrique contre la barbarie d’une bande de tueurs.
Il faut résolument réduire et annihiler cette barbarie, mais pas au nom d’une civilisation contre une autre : en quoi les comportements de l’Etat Islamique ou de Boko Haram vis à vis des populations, des sites historiques, etc, sont-ils l’expression d’une civilisation ?
99,99% des musulmans du monde condamnent ces comportements et sont tout aussi horrifiés.

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Dans le Dictionnaire Robert en 9 volumes, page 848 :

 » BARBARIE : Manque de civilisation, état d’un peuple non civilisé. »

 


Moncef Marzouki : un espoir en Tunisie ?

13.05.15

Voici la transcription d’extraits libres d’une interview orale, diffusée en direct, le 1 er mai, par la Radio Suisse Romande, de Mr Moncef MARZOUKI, précédent Président de la Tunisie pendant la période de transition.
Dans la nébuleuse médiatique où nous pataugeons tous un peu pour comprendre quelque chose aux événements du monde arabe, son analyse est assez éclairante (c’est nous qui soulignons les formulations qui nous paraissent importantes):

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Vous avez lancé il y a quelques jours le Mouvement du peuple et des citoyens, El Harak, pour promouvoir la citoyenneté auprès des Tunisiens. Le Tunisiens ne se sentiraient-ils pas encore citoyens ?

MM : Ecoutez actuellement, je peux dire que la Tunisie est un pays démocratique comme les autres. Nous sommes passés par une période intermédiaire assez difficile. Nous avons fait une Constitution commune et nous avons fait des élections. Nous sommes maintenant un pays démocratique normal, avec des gens qui gouvernent et des gens qui sont dans l’opposition. Moi, je suis dans une opposition à très long terme, une opposition de construction, parce que les objectifs de la révolution ne sont pas tous atteints.  Nous avons encore beaucoup de chemin pour installer un Etat démocratique : entre le rite démocratique et une société réellement démocratique il y a encore beaucoup de choses à faire et je me lance dans ce travail, justement pour promouvoir le concept de citoyenneté. Je vous donne juste un exemple : nous nous sommes battus pendant trente ans pour que le peuple puisse disposer de lui-même, pour le droit de vote, mais sur 8 millions de Tunisiens, 5 millions se sont inscrits sur les listes électorales et 3 millions ont voté, alors il y a un grand déficit et c’est probablement notre responsabilité à nous, hommes politiques : ce que je veux promouvoir c’est l’accès de tous les citoyens à ces droits pour lesquels nous nous sommes battus. Donc, beaucoup de travail à faire…

La Tunisie doit tourner la page Ben Ali, force est de constater que le nouveau président est aussi issu de ce système-là…  Est-ce qu’il va être difficile, avec le nouveau gouvernement, de tourner cette page-là ?

MM : Les gens s’imaginent que les processus démocratiques sont une espèce de chemin balisé qui va toujours dans le même sens, alors que les passages d’un Etat d’une dictature à une démocratie, c’est un mouvement lent, chaotique, difficile, avec des arrêts, des accélérations. Mais l’essentiel est qu’on aille dans la bonne direction. Il est sûr et certain que le chemin est encore très long. Effectivement, le paradoxe de ces élections, c’est qu’elles ont ramené démocratiquement – et je l’ai accepté –  une partie de l’ancien régime. Cela s’est vu dans toutes les révolutions où il y a eu un grand niveau d’attente de la part des populations. Il y a toujours une déception par rapport aux gens qui viennent immédiatement au gouvernement après une révolution, parce qu’en fait ils n’ont pas de baguette magique et il y a toujours une tendance à la « restauration » qui fait partie du processus lent de toute révolution. Donc je ne suis pas étonné qu’une partie de l’électorat a voté pour l’ancien régime et c’est pour cela que j’ai créé El Harak et dire « attention, vous êtes revenus par la démocratie et ne touchez pas à la démocratie, parce que là nous sommes prêts à nous battre de nouveau si jamais vous y touchez« . Il y a effectivement quelques signes, quelques journalistes en prison. Il y a des lois de protection de policiers qui sentent un peu l’ancien régime, une tentative de museler la presse… Ces vieux comportements qui ont été actifs pendant 50 ans, ils ne disparaissent pas, surtout quand ce sont les mêmes hommes.  Donc nous sommes là pour dire : « nous nous sommes battus pour cette démocratie et quand vous voyez le Parlement débattre d’une loi liberticide, vous dites : mais attendez, il n’en est pas question… » Il faut être très méfiant, très exigeant, mais il faut aussi être très patient, parce que nous sommes dans des processus historiques complexes qui prennent du temps. Ma génération a fini son travail : je m’efforce de former une nouvelle génération de leaders qui puissent continuer le combat parce que le problème, c’est que si le temps géologique, ça se compte en milliers d’années, le temps des peuples se compte en centaines d’années, le temps des individus en quelques dizaines d’années. La maturation d’un peuple, son arrivée à l’étape démocratique – pas seulement un Etat démocratique, mais une société démocratique – ça prend des décennies et des décennies. Moi, je n’ai été qu’une étape dans ce processus : je transmets le flambeau à d’autres qui, eux, continueront ce combat.

Moncef Marzouki
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Harak ne se veut pas un parti, mais un mouvement…

MM : C’est une mouvance, c’est un peuple de citoyens, ce n’est pas seulement le decorum, le rituel, les processus, les assemblées, ce sont des comportements, des attitudes, c’est une culture. C’est pourquoi, dans ce mouvement que je compte lancer, les aspects culturels et associatifs sont prédominants. L’aspect politique est secondaire, parce que nous  avons besoin d’un parti politique,  mais l’essentiel du travail se fera auprès des citoyens, auprès des jeunes pour les amener par exemple à s’inscrire dans les listes électorales, avec des explications de ce que sont les droits et devoirs des uns et des autres. Il y a tout un travail pédagogique à faire qui n’a pas été fait malheureusement pendant la dictature, au contraire, pendant la dictature, on a détruit toutes sortes de valeurs, notamment ce sens de la citoyenneté … Il faut maintenant reconstruire. (…)
Mon rêve, c’est d’être le « père spirituel » de ce mouvement. Je suis devenu Chef d’Etat, je ne peux pas monter plus loin… Je ne suis pas Sarkozy… je vois les choses de manière un peu plus complexe. Je voudrais vraiment mettre en place des processus, des expérimentations qui me survivent…

Comment voyez-vous la place de l’Islam politique en Tunisie ?

MM : J’ai toujours refusé de faire le distinguo entre laïc et islamiste. Pour moi la ligne rouge, c’est entre démocrate et anti-démocrate. Et dans cette famille démocrate, nous avons la chance d’avoir des islamistes démocrates, qui sont un peu l’équivalent des chrétiens-démocrates en Italie, donc des musulmans démocrates. Et de l’autre côté, des anti-démocrates qui sont aussi bien des laïcs que des islamistes. Il y a des islamistes antidémocrates, notamment les islamistes violents, armés, qui ne comprennent rien à la démocratie, qui la rejettent. Mais vous avez aussi des laïcs anti-démocrates : Ben Ali n’était pas islamiste… Pour moi la bataille politique doit être par les démocrates contre les antidémocrates. Tant que nous avons la chance en Tunisie d’avoir un parti qui accepte la démocratie, qui s’intègre à ce jeu démocratique, c’est un gain pour la démocratie. A la limite, la question qui se pose de plus en plus à ce genre de parti est de moins en moins idéologique et de plus en plus sociale. On ne lui demande plus maintenant « êtes-vous islamiste ou non ? » mais « quelle est votre position sur la réforme agraire, ou face à la corruption ? », etc. Donc on est, en Tunisie, en train de sortir de l’idéologie pour dire : ce sont des Partis de gouvernement, ils doivent résoudre les problèmes. La nouveauté c’est que « Ennhada » a accepté de s’associer avec un parti de l’ancien régime, un parti qui ne brille pas par son histoire démocratique : donc,  quel va être le résultat de ce mariage un peu bizarre … Moi, mon attitude vis-à-vis de n’importe quel parti n’a plus rien à voir avec les idéologies. Pour moi, l’idéologie, c’est de la fumée. On cache derrière les véritables intentions. Aujourd’hui les vraies questions en Tunisie comme dans les pays arabes, sont : comment répartir les richesses ? Comment combattre la corruption ? Comment faire décoller l’économie ? Et tout ce fatras idéologique en rapport avec les histoires de niqab, les histoires de ceci ou de cela, c’est tout simplement des tentatives de noyer le poisson et d’éviter de poser les vrais problèmes…

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Nous avons appris que la Tunisie était le principal pays pourvoyeur de recrues pour l’Etat islamique, pour Daech… Faites-vous confiance au gouvernement de ce pays pour lutter contre ce fléau ?

MM : La Tunisie est un pays curieux. C’est un pays arabe qui a le mouvement féministe le plus avancé, le mouvement démocratique le plus avancé, et en même temps nous sommes un grand fournisseur de terroristes. Mais il faut bien comprendre d’où ça vient. Pendant les 25 ans de dictature, une partie de l’opposition s’est renforcée dans le cadre de l’opposition démocratique, avec la société civile, etc, et une autre partie d’opposition islamiste fondée dans le refus et dans la violence, et au fond ces deux forces qui ont été créées sous la dictature, sont aujourd’hui « sur le marché ». Alors c’est vrai que nous exportons beaucoup de nos « desperados » de nos jeunes mais il ne faut pas oublier les Saoudiens, les Tchechènes, les Ouigours, que sais-je encore, des Européens… Le phénomène est international. Mais je voudrais ajouter juste sur l’attentat du Musée du Bardo : ces groupes s’attaquent à la culture (comme en Irak ou ailleurs) et c’est un message très fort. Ces gens disent « nous ne sommes plus de la même culture que vous » et la rupture est vraiment radicale. Nous sommes face à une radicalité totalement inconnue dans notre monde arabe, qui traduit la profondeur de la division dans le monde arabe et le danger d’une société radicalement éclatée. Mais il ne faut pas oublier que le « printemps arabe » a tiré le tapis sous les pieds de toute cette mouvance terroriste, djihadiste, qui se prenait pour la solution au problème de la dictature. D’une certaine façon, la dictature était très à l’aise de n’avoir en face d’eux que le terrorisme, et le terrorisme était très à l’aise de n’avoir en face de lui que la dictature. Et là arrive le « printemps arabe » pour dire « attention il y a une troisième force qui veut une transformation pacifique, démocratique », etc… et cela a pris de court aussi bien la dictature que le terrorisme, ce dernier déteste probablement plus le printemps arabe que la dictature. Et c’est pourquoi nous avons subi en Tunisie toutes ces attaques qui ont failli miner tout le processus, parce que à la limite ce que voulaient les uns et les autres, aussi bien la dictature que le terrorisme, c’est que nous, les démocrates, disparaissions du paysage pour qu’ils restent entre eux, se renforçant l’un et l’autre. La dictature sait très bien qu’elle a besoin du terrorisme pour se renforcer, pour se légitimer, et le terrorisme a besoin de la dictature pour exister, et donc aujourd’hui c’est de savoir si nous pourrons résister « entre le marteau et l’enclume », empêcher que le monde arabe soit pris entre le marteau et l’enclume et soit détruit aussi bien par la dictature que par le terrorisme.

La presse mentionne un jeune djihadiste suisse qui brandit une tête coupée…Qu’auriez-vous envie de dire à ce jeune homme suisse de 18 ans, converti à l’islam et qui s’apprête à partir pour le djihad ?

MM : Là, nous sommes dans l’irrationalité la plus totale. Ma première réaction est une réaction de honte dans la mesure où ces terroristes commencent par faire détester les islamistes. Moi je connais les islamistes, il y a des islamistes démocrates, des islamistes modérés, des islamistes imbuvables, c’est un spectre… Mais ce genre d’acte fait détester tous les islamistes, puis fait détester tous les musulmans et enfin fait détester l’islam et moi cela me fait mal ! Est-ce que les Suisses savent que 99 % des victimes du terrorisme islamiste sont des musulmans ? Nous sommes les premières victimes de cette folie, car c’est de la folie. Je suis un homme rationnel et j’ai du mal à expliquer ce type de comportement. Nous sommes doublement victimes parce que c’est nous qu’on tue, ce sont nos pays qu’on détruit, mais aussi  notre réputation. Je me mets à la place d’un Suisse moyen, qui voit ce genre de choses, et qui se dit « mais c’est quoi , ces sauvages  musulmans? » Or les musulmans n’ont rien à voir avec cela. Ces gens-là nous portent un tort terrible, alors nous sommes vraiment dans le psycho-pathologique, mais cela traduit aussi une réaction – je dis cela sans rien excuser – contre tellement d’injustice: ils sont allé beaucoup, beaucoup trop loin, et c’est devenu le problème de tous. On doit réfléchir à des solutions qui ne soient pas seulement sécuritaires, armées, etc, mais aussi face à toutes ces blessures psychologiques, ces mentalités de rejet de l’autre, qui entraînent l’islamophobie, etc…


Combien cela coûtera-t-il si on ne fait rien ?

11.04.13

La communauté internationale s’est donné les « Objectifs du Millénaire » pour aboutir en 2015 à réduire de moitié la proportion de la population mondiale qui souffre de la faim et dont le revenu individuel est de moins de 1 dollar par jour, pour garantir l’éducation primaire pour tous, réduire de deux tiers les mortalités maternelle et infantile,  mais aussi pour inverser la tendance à la déperdition des ressources environnementales.

La population mondiale des moins de 18 ans est estimée à 2,2 milliards d’individus, dont 1,2 milliard d’enfants de moins de 9 ans et un milliard de 10 à 18 ans.

Le manque d’accès à l’eau potable et à l’assainissement est la première cause de mortalité dans le monde.

Treize millions d’hectares de forêts naturelles sont annuellement détruits et convertis en terres agricoles, avec toutes les conséquences sur le cycle de l’eau, l’érosion des sols et la diversité biologique. Les changements climatiques modifient les rythmes et les conditions de la vie quotidienne, dans les domaines nutritionnels, médicaux ou éducatifs, surtout lorsqu’ils entraînent les déplacements de population et les migrations au niveau international.

La gravité et l’urgence de la situation sont globales alors que la volonté politique, les lois et règlements, ainsi que les moyens relèvent des Etats et résultent de leurs négociations. Mais la question est désormais posée de la légitimité d’un développement conçu selon le modèle occidental de croissance économique. Le concept traditionnel de croissance n’est plus considéré la seule forme de développement : les systèmes de pensée globale doivent s’adapter à l’urgence, à l’imprévisibilité et à la complexité de problèmes globaux qui ne peuvent être traités que par les apports respectifs des cultures et modes de vie de sociétés diverses, afin d’éviter la destruction progressive de l’environnement.

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A ces données objectives et à leurs conséquences prévisibles s’ajoutent des discours idéologiques selon lesquels seul « le marché » garantirait l’accès du plus grand nombre aux bienfaits du développement : dans cette optique, l’Etat constituerait un obstacle par incompétence et volonté de régulation, y compris au niveau international, par l’établissement des normes et conventions multilatérales contraignantes fondés sur des droits universels.

Les droits humains fondamentaux ne peuvent être effectivement garantis que si l’Etat dispose des moyens de réguler et contrôler leur application. Ce sont les droits imprescriptibles de tous les enfants d’une communauté : ils ne peuvent en aucun cas être programmés et gérés sur la seule base des capacités financières des familles. L’UNICEF a toujours considéré les frais d’inscription et le coût de la scolarisation des enfants comme une forme inacceptable d’ « impôt sur le développement »  pour leurs familles. L’idée répandue que l’instruction et la santé doivent être gérés sur le principe « utilisateurs-payeurs » (ou encore « faire des études est un enrichissement qu’il faut payer ») est évidemment contradictoire avec l’exigence d’universalité et de qualité de l’éducation et de la santé de base.

–  l’Etat porte la responsabilité de l’intérêt collectif quant aux nécessaires investissements à long terme, tandis que le marché est, par définition, la recherche la plus rapide du profit à court terme. Soumis aux fluctuations de la Bourse et de la rentabilité la plus rapide, il ne gère la rareté qu’au bénéfice d’une minorité disposant de moyens, et au prix d’une explosion des inégalités. Le secteur privé, comme les acteurs de la société civile (non-étatique) ont un rôle vital dans la mise en œuvre de ces droits : mais l’Etat en est le garant et le seul redevable devant sa propre population et devant les instances internationales de suivi.

– si la nature est une richesse, elle n’est pas une marchandise : on ne peut monétiser et commercialiser que ce qui est produit par des investissements et du travail humain, à partir des ressources naturelles. Pour quels intérêts faudrait-il commercialiser l’air respirable ? Si les ressources naturelles sont commercialisables, quelle gouvernance mondiale en fixerait et contrôlerait les règles de concurrence ?

Conseil des Ministres des Iles Maldives … sous l’eau
(Octobre 2009)

– la notion de « biens publics » doit sanctuariser certains investissements et services (éducation, eau, santé, etc) dans le sens de cette définition : « un bien public est un type particulier de consommation correspondant au cas où la disponibilité d’un bien pour un individu n’exclut pas sa disponibilité pour d’autres (non-rivalité) et où le fournisseur du bien ne peut empêcher personne de le consommer. »

– il faut en appeler à la responsabilité individuelle des citoyens informés : « La transition écologique ne peut se faire qu’au prix d’une modification de nos habitudes, vers un mode de vie plus sobre et moins dispendieux.”

– au lieu de se demander sans cesse « Combien cela coûte-il ? » (et toujours répondre que cela coûte trop cher), la question serait aussi immédiatement légitime : « Combien cela coûtera-t-il si on ne fait rien ? ». Les bénéfices d’une meilleure prévention en santé publique et d’une amélioration du système éducatif pour l’ensemble de la population sont profitables à toute la société, y compris pour l’adaptation de son économie à un environnement international de plus en plus concurrentiel et globalisé.


Face à la crise, des jeux, des jeux, des jeux…

22.06.12

Aviez-vous remarqué que parmi les multiples symptômes de la crise financière, économique,etc… on n’entend parler que de désindustrialisation, de plans sociaux, de fermetures d’usine, de licenciements par milliers, de délocalisations, et toute la litanie des termes qui disent la crise en même temps qu’elles cherchent à la masquer…
Personne n’a jamais entendu dire que le tournoi de Wimbledon était menacé, que la Pologne et l’Ukraine avaient les plus grandes difficultés à boucler les travaux de l’Euro 2012, que le Grand Prix de Formule 1 du Canada risquait la faillitte…

Pendant la crise, le sport occupe la façade: après Roland Garros, c’est l’Euro 2012 qui accompagnera le tournoi de Wimbledon, juste avant le Tour de France, qui sera immédiatement suivi des Jeux Olympiques de Londres…

Tous les budgets sont donc disponibles, l’argent des sponsors coule à flots…

Si vous avez la patience de butiner dans les informations ci-dessous, vous serez peut-être effaré-e de certains chiffres, mais vous comprendrez peut-être aussi , par le dernier paragraphe, que, malgré la fête, les Jeux Olympiques peuvent être une catastrophe pour tout un peuple… 

Où sont les Indignés ? devant la télé ?

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Dans le  » Financial Times  » du 16 juin dernier (page 24, en haut à gauche…), on apprend que « British Sky Broadcasting » et  » British Telecoms » ont déboursé 3 milliards de Livres (3,718 milliards d’euros) pour la diffusion en direct des matches de la Ligue 1 anglaise pour 3 saisons à partir de 2013/14, c’est à dire 70 % de plus que le contrat en cours.
Cela fera 6,5 millions de livres (8 millions d’euros) par match diffusé.

Vingt clubs en bénéficieront pour payer les salaires des joueurs, en priorité les joueurs d’élite. Et l’article ajoute :  » There is a lot of class hypocrisy in the UK over the enormous financial rewards for working class boys who play fottball. But they are good at what they do and they get paid the going rate for doing it.
The rest of us are just in the wrong job. »

« Il y a beaucoup d’hypocrisie de classe au Royaume-Uni à propos des énormes rémunérations pour des jeunes de la classe ouvrière qui jouent au football. Ils sont excellents dans ce qu’ils font. Ils sont bien payés pour ce qu’ils font. Nous autres, nous nous sommes trompés de métier. »

Les contrats de diffusion pour les chaînes européennes révèlent les montants suivants :

Italie (Série A) : 2,1 millions euros par match.
Allemagne (Bundesliga) : 2,1 millions euros par match
France (Ligue 1) : 1,6 million euros par match
Espagne (La Liga) : 1,3 million euros par match

Comme chacun sait, il n’y pas de crise économique en Angleterre.
Il y a simplement une petite chaleur printannière des étudiants qui manifestent conte le triplement des frais d’inscription à l’Université.

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Combien coûte/rapporte le tournoi de Roland Garros ?

Sur le site  « Journal du Net », on apprend que
 » Le tournoi rapporte donc beaucoup d’argent. Que fait la FFT des 47 millions  d’euros de recettes ? « Nous ne faisons aucun bénéfice, précise Jean-François  Villotte. Tout est distribué aux ligues, comités, clubs, aux activités fédérales  et à la direction technique. » La réussite du tournoi fait donc vivre le tennis  amateurs et professionnel dans l’Hexagone.
(…) Avec ses 22 millions d’euros, la billetterie compte pour 19 % du budget.
(…) 15 millions d’euros de dotations rémunèrenent les sportifs. Avec une nouveauté en 2007 : la parité. Les vainqueurs des tournois féminin et masculin empochent pour la première fois la même récompense : un million d’euros chacun.
(…)De 14 290 euros pour une défaite au premier tour à 1 million d’euros pour les vainqueurs des simples.
(Et donc le joueur éliminé dès le premier match touche 15 000 euros ?  Cela coûte 15 000 euros pour dire à un joueur :  » Merci d’être venu »  ?)


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Un Grand Prix de Formule 1 en France en 2013 ?

Sur le site  » Tour de Chauffe « , on apprend : « (…) Reste à trouver les financements, soit 25 millions d’euros entre le coût du plateau et les frais d’organisation. Pas simple. D’autant que le contrat type proposé par Ecclestone ne laisse aux pays hôtes que les seules recettes de billetterie, bien insuffisantes pour éviter un déficit. Mais la facture pourrait être allégée par une alternance entre les Grands Prix de France et de Belgique.

Combien gagne le vainqueur d’un Grand prix de Formule 1 ?
On apprend sur cette page :
 » Kimi Raikonen a gagné 40 millions de dollars par an, et il n’a gagné aucun championnat dans l’année. »

Le pilote de Formule 1, Fernando Alonso, « gagne 30,000,000 € par an  cela représente 2,500,000 € par mois,  638,298 € par semaine ou 127,659.57 € par jour!

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Combien coûte l’organisation de l’Euro 2012 en Pologne et Ukraine ?

Réponse :  » Le budget de la manifestation est estimé actuellement à 44 milliards d’euros dont 25 uniquement pour la Pologne. Pologne Le 85% du budget sera consacré à l’amélioration de l’infrastructure que cela soit au niveau des moyens de transports (poste le plus important)

Pologne
Le 85% du budget sera consacré à l’amélioration de l’infrastructure que cela soit au niveau des moyens de transports (poste le plus important avec la construction d’autoroute et des voies ferrées) ou des stades. La ville de Varsovie va investir 250 millions d’euros pour la construction d’une nouvelle ligne de métro.
Au niveau du financement, le fond de financement de l’Union Européenne devrait couvrir le 20% des frais des projets liés au infrastructures. Le reste sera pris en charge par l’état polonais.

Ukraine
6.8 milliards d’euros seront investis pour la rénovation ou la construction d’infrastructures avec en outre le stade de Kiev qui accueillera la finale. »

Le stade de Kiev (Ukraine)

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Le Tour de France ?

 » 22 équipes au départ : en moyenne, une équipe présente sur le Tour de France s’aligne avec un budget de 9,2M€. »
Rabobank : 15M€ de budget .(…) Ils paient très cher leurs leaders (Cavendish, Gesink, Karpets…). Saxo Bank engloutit d’ailleurs une  partie de son budget (7M€) dans le salaire d’Alberto Contador de même que la nouvelle équipe Leopard Trek doit assumer les deux salaires des frangins Schleck et du Suisse Cancellera. Raison pour laquelle l’équipe luxembourgeoise aligne le quatrième plus gros budget de ce Tour de France 2011 avec 13M€.

Sur le site « Pronostics » : Pour le Maillot Jaune, un million d’euros sont versés, pour le Maillot Vert, 145.400 euros et 106.750 euros pour le Maillot à pois. »


source photo

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Jeux Olympiques ?

Dans le « Journal Canadien des Affaires« , on apprend ceci :

 » L’exemple célèbre est celui de Montréal, la ville qui a pris 30 ans pour rembourser ses 1,5$ milliards de dette des Jeux olympiques de 1976.
Une autre est Athènes, où les contribuables ont encore du mal à rembourser les milliards dépensés pour les Jeux de 2004, une facture qui a fini par être plus de cinq fois son estimation initiale.
Et puis il y a Nagano, au Japon, qui a tant dépensé pour les Jeux d’hiver de 1998, et soulevé tant de soupçons, que les organisateurs olympiques ont brûlé leurs dossiers financiers.

(…) Même pour les villes qui affirment être rentrées dans leurs frais, de nouvelles recherches démontrent le contraire. Pour certains hôtes, les coûts annuels d’opérer d’énormes installations sportives mènent à l’endettement. À Sydney, en Australie, par exemple, l’estimation des coûts à long terme est de 2,3$ milliards pour exploiter le Stade Olympique de 90 000 places. Et en 2005 — un an après ses Jeux d’été— Athènes a rapporté que les coûts annuels d’entretien sur les installations olympiques étaient de  124$ millions. Pendant ce temps, la plupart de ces installations restent sous-utilisées.

 

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