Rony Braumann, excellent clinicien de l’humanitaire

28.09.18

Extraits libres d’une conférence (45 minutes) donnée par Rony Braumann, ancien président de « Médecins sans frontières« , le 24 septembre dernier, à la Policlinique Médicale Universitaire de Lausanne (Suisse), sur le thème ; « Crises internationales, médecine humanitaire«  :

  • La médecine comporte des branches multiples : éducation à la santé, urgences épidémiques, chirurgie de guerre, vaccinations et santé publique publique, psychiatrie, orthopédie, etc…Pourquoi  parle-t-on de médecine humanitaire, et non pas de « comptabilité humanitaire », etc. Probablement  parce la médecine est une science et un art applicables aux êtres humains, mais cela ne suffit pas pour définir le terme « humanitaire »…
  • Un élément de définition serait d’affirmer qu’il s’agit d’une action qui n’attend aucune contrepartie en retour. C’est une fonction asymétrique en quelque sorte. Le sociologue Marcel Mauss définissait la structure de la société comme l’échange permanent d’actes de dons et de retour ; donner et recevoir. L’acte humanitaire ne suppose pas de « contre-dons ».
  • Sous l’angle historique, on peut résumer l’apparition de l’humanitaire essentiellement au 19 ème siècle sous trois formes successives :
    – D’abord, ce qu’on a appelé les « réformateurs sociaux » : les médecins ont progressivement fait valoir leur action en lien direct avec les conditions de vie, et surtout face aux maladies liées aux logements insalubres (tuberculose, etc), mais aussi, par exemple, contre le travail des enfants. C’est aussi la période, dans une perspective philanthropique, de la naissance de l’anti-esclavagisme, notamment à l’initiative des Quakers en Grande-Bretagne.
    – L’apparition de la médecine de guerre, avec la création de la Croix-Rouge, à partir de la bataille de Solférino (20 000 victimes, mourants abandonnés, etc), afin d’organiser des secours permanents aux militaires, puis progressivement aux populations civiles, et aboutissant à l’élaboration du droit international humanitaire.
    L’organisation de la « médecine de masse » dans le cadre de la politique coloniale dite « civilisatrice » qui, en même temps qu’elle offrait un service médical universel de base, donnait aux populations, l’image d’une sorte de suprématie occidentale, ouvrant le champ à l’imposition de la langue et de la religion coloniale.
  • Parmi les enjeux et problèmes de la médecine humanitaire (malgré le fait que devant les souffrances, il y a lieu d’agir en urgence et de poser les questions plus tard) il y a des questions courantes : pourquoi la gratuité des médicaments à 5 000 kms et pas chez nous ? Le droit humanitaire international, qui règle les comportements dans les guerres, ne revient-il pas à les justifier ? etc…
  • Mêm si l’action humanitaire moderne ne se pratique plus dans le cadre des enjeux du passé, il reste que beaucoup d’ONG définissent leur action selon des principes dits humanitaires : neutralité, impartialité, indépendance... Ces « notions-boussoles » sont très ambivalentes selon les situations : elles peuvent indiquer soit le Nord, soit le Sud…
    Neutralité : se taire ? faut-il se taire lorsqu’il y a des déplacements forcés de population que la Cour pénale internationale qualifie aujourd’hui de crime contre l’humanité ? Se taire et laisser parler les autres à leur place ?
    Impartialité : nourrir en même temps les victimes et les bourreaux dans des camps de réfugiés, suite à un génocide ?
    Indépendance : mais de qui ? de l’Etat ? des donateurs institutionnels ? des paroxysmes médiatiques ? Qu’on le veuille ou non, il faut toujours se dire qu’on est toujours utile à un pouvoir, même si en être conscient ne doit pas empêcher l’action.
  • Je n’utilise jamais le terme de bénéficiaires, mais de destinataires de l’action
  • Concernant le problème actuel des migrants, il faut distinguer 3 notions différentes :
    – le sauvetage en mer, qui est un devoir, à la fois juridique (le droit de la mer) et moral
    – le droit d’asile, défini par des critères très précis que les Etats doivent respecter
    – le droit de résidence est une autre notion, autour de laquelle il n’y a qu’une seule contrainte en droit international : ne pas renvoyer ceux qui ne bénéficient pas de l’asile dans un pays où leur vie ou leur sécurité ne sont  pas garanties.

A travers les nombreux exemples donnés pour chacune des idées exprimées, Rony Braumann se révèle un « clinicien de l’humanitaire », au sens où il analyse de manière rigoureuse, précise des actes et des objectifs, tout en dévoilant les ambivalences des mots, et de manière très pédagogique. Réfléchir à partir des faits et chiffres, et non de principes ou d’idélogies en tous genres, suppose la rigueur d’un clinicien, qui pourtant se préoccupe de ce que préconisait Maraux : « Transformer en conscience une expérience la plus large possible« .

Mais on se premettra cependant une remarque : si l’humanitaire doit se perfectionner par l’expérience, sans tomber dans les facilités des préjugés, des idéologies, des intérêts stratégiques des uns ou des autres, il est – nous semble-t-il – très important d’affirmer que, parmi les « ressources de légitimité de l’humanitaire« , l’ensemble des instruments internationaux des droits humains constitue un socle de principes, de valeurs et de normes largement négociés, adoptés, signés et ratifiés au niveau international par les Etats eux-mêmes, d’ailleurs souvent en consultant les acteurs de la société civile.
A une époque où l’effacement progressif de toute référence aux « droits humains » que la communauté internationale (ONU) a pourtant mis plus de 70 ans à établir, à travers une petite centaine de conventions internationales traitant de tous les sujets vitaux pour… l’humanité, il serait inconcevable que les acteurs humanitaires participent délibérément à cette tendance générale à négliger les droits fondamentaux que tous ces Etats ont ra-ti-fiés (c’est-àdire qu’ils sont pleinement intégrés dans leurs droits nationaux).
Le droits humains ne sont pas une idéologie, mais une boîte à outils ; c’est précisément la référence aux droits humains qui permet de libérer les acteurs humanitaires de toute référence politique, religieuse, idéologique, stratégique, etc… et qui permet justement de faire en sorte que l’exercice de la neutralité ne consiste plus à se taire…


UN DIPLOMATE AU-DELA DES CLICHES…

22.09.18
« Pour être diplomate, il ne suffit pas d’être bête, il faut aussi être poli » : attribuée à Georges Clémenceau, cette boutade continue à faire recette. En fait, que sait-on des diplomates et consuls ? En quoi consiste leur travail, comment se déroule leur vie de nomades ? Durant près de quatre décennies, Francis Cousin, ancien ambassadeur, a exercé aux Affaires étrangères des fonctions administratives, consulaires et diplomatiques. Il donne dans ce livre un éclairage vivant du service extérieur, vu de l’intérieur. Son récit nous emmène en voyage en différentes parties du monde, mettant en exergue les moments forts et les servitudes du métier. Bien davantage qu’une autobiographie, cette narration aborde des épisodes de l’histoire contemporaine la guerre au Viêt Nam et celles des Balkans, l’aide humanitaire et la coopération au développement, la problématique du trafic de stupéfiants et la difficile transition de régimes autoritaires vers la démocratie. (…) Certains épisodes se lisent comme un polar, ainsi celui de l’enlèvement de travailleurs humanitaires jurassiens par des rebelles en Ethiopie. De nombreuses anecdotes pimentent un récit qui permet de mieux connaître, au-delà des clichés habituels, le monde diplomatique et consulaire réputé formel, voire formaliste. A cet égard, il est rafraîchissant d’observer que l’auteur manie volontiers humour et ironie, voire une pointe d’autodérision. »
Extrait de la page de garde de ce livre qui se lit d’une traite…
Quand l’auteur raconte, par exemple, les difficultés d’insallation au Consulat de Suisse à Bordeaux, ou comme envoyé pour préparer l’ouverture de la nouvelle ambassade à Hanoï, après la fin de la guerre du Vietnam, et tant d’autres séquences parfois savoureuses, on se dit que dans une ambassade, c’est le Consul qui fait le boulot…Lecture vivement recomandée.
 » METIER SANS FRONTIERES – 40 ans au service de la diplomatie suisse« .
Éditions Alphil, Neuchâtel. http://www.alphil.com/index.php/metier-sans-frontieres.html


 » EN MÊME TEMPS « ?

20.09.18
Pourquoi le « en même temps » de E. Macron serait-il condamnable alors que le « compromis hélvétique » serait la clé du succès de la politique et de l’économie suisse ?
Extraits d’un discours de Conseiller Fédéral suisse (gouvernement central) :
 » La politique à l’échelon communal est primordiale car elle confère à l’ensemble du système politique une forte assise et une grande solidité.
Le principe qui veut que l’on délègue vers le haut que ce qui ne peut pas être résolu en bas permet à notre Etat de rester svelte et flexible. Mais ce système permet aussi d’intervenir de la manière la plus efficace possible lorsque cela est nécessaire. La proximité avec les citoyens n’a donc rien d’une formule creuse. Ou, autrement dit, le risque de voir une bureaucratie bernoise anonyme marcher sur les têtes est extrêmement faible dans ce système décentralisé.

Ce système politique qui passe par la base a encore produit un autre bienfait – quelque chose que nous sous-estimons souvent nous-mêmes. Il garantit la participation. Et qui dit participation, dit débat, dialogue et discussion. Notre système bâti sur la subsidiarité a généré une culture politique du dialogue toute orientée sur la recherche de solutions.
C’est une culture du dialogue qui part de la base, une culture du débat, mais aussi de la décision. Une culture qui protège en particulier les minorités, qu’elles soient linguistiques religieuses ou politiques. Chez nous, la voix des minorités est entendue. Chez nous, les minorités sont prises au sérieux. Chez nous, les minorités ont voix au chapitre.

Cette culture du dialogue est le ciment de notre système politique: elle empêche que les intérêts particuliers soient placés au-dessus du bien commun; elle rend le compromis possible. Il n’est pas rare que le compromis soit vilipendé, qu’il soit dénoncé comme le règne de la demi-mesure et de la mollesse, et qu’il soit finalement perçu comme un signe de faiblesse.

Or c’est tout le contraire. Le compromis est le résultat d’un dialogue fructueux dans lequel les avis s’affrontent pour dégager la meilleure solution. C’est un dialogue qui ne connaît ni vainqueur ni perdant, une discussion à l’issue de laquelle la solution fait droit à tout le monde. »

La Suisse est soumise comme tout autre pays aux risques de corruption, aux lobbys et pressions en tous genres, et aux contraintes de la mondialisation, mais l’architecture des procédures décisionnelles, parfois trop longues, permet cependant de faire tenir, au beau milieu de l’Europe, un pays de huit millions d’habitants (dont 23 % d’étrangers…) avec 4 langues, 26 cantons et 450 sortes de fromages…
https://www.swissinfo.ch/fre/au-royaume-du-fromage/5604848

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Enfants exploités par le travail

26.08.16

Extrait  de « HUGO Orateur »  (anthologie par Myriam Roman), Collection Folioplus Classique, page 21 :

Victor HUGO s’adresse en ces termes à ses collègues de l’Assemblée Nationale française en juin 1847 :

(…)
« Remarquez ceci :
  Vous faites des lois sur quoi et sur qui que ce soit, homme ou femme. Les réclamations s’élèvent, la lumière vous arrive de toutes parts. Sur le clergé ? les évêques prennent la parole. Sur l’université ? vos collèges sont en rumeur. Sur la classe ouvrière ? elle s’agite. Sur le commerce ? il pétitionne. Sur les médecins ? ils se plaignent. Vous faites des lois sur les enfants ? ils se taisent.

  Ils se taisent. Pourquoi ? parce qu’ils ignorent. Qu’y a-t-il de plus grave et de plus touchant ! Ils ignorent. Ils ne se doutent pas que vous vous occcupez d’eux; ils ne savent même pas ce que vous leur faites. Ne sentez-vous pas que cela vous saisit au plus profond et au plus intime de la conscience ?
  Ils se taisent. Et que de choses ils auraient à dire s’ils pouvaient parler ! Ils vous peindraient leur destinée, leur labeur, leurs fatigues avant et après le travail, la privation de soins, d’enseignement, de repos, de sommeil; ils vous diraient que lorsqu’il s’agit de les accabler de travail, la pauvreté dans la famille parle le même langage exigeant que la cupidité dans le maître. Ils vous diraient que pour eux le travail, qui devrait être un éducateur, n’est qu’une dégradation et un abrutissement. Ils vous diraient tout ce qu’ils souffrent, eux, messieurs, qui sont devant le législateur les seuls à être absolument ignorants et absolument innocents.
   Ah ! messieurs, ayez pitié d’eux ; à tous les accablements de la destinée, de la faiblese, de la misère, n’ajoutez pas ce dernier accablement, la dureté de la loi. Vous ajoutez quelques aunes (à la) richesse publique. Mais vous ôtez des âmes à Dieu, des intelligences à la civilisation, des citoyens à l’Etat. »

Amérique Latine et caraïbes : 12.5 millions d’enfants  au travail
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Rob Lawrie : quelles leçons apprises ?

24.01.16

Nul ne doute, sur le plan humain, de la sincérité ni de la légitimité du geste de l’ancien militaire britannique Rob Lawrie, qui a cédé à la pression d’un père afghan, réfugié près de Calais, qui le suppliait d’emmener sa fille chez d’autres membres de sa famille déjà installés à proximité de son domicile en Angleterre.

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Mais certaines réactions publiques de différentes personnalités – tout aussi honorables – nous amènent cependant à une certaine prudence : dans le passé, plusieurs situations d’urgence humanitaire dramatique ont aussi été l’occasion de gestes spontanés  de sauvetages d’enfants, soit par des personnes à titre individuel, soit par des associations, y compris des ONG.

On rappellera l’avion de l’épouse d’un ancien président italien qui avait convoyé, en 1994, après le génocide, une bonne centaine d’enfants du Rwanda pour adoption en Italie.
Ou encore l’opération-commando, en 2004, d’un groupe de religieux américains qui avaient emmené une trentaine d’enfants que leurs parents suppliaient de les évacuer de Haîti « pour leur donner un avenir« , après le tremblement de terre. Ces religieux  ont été arrêté à l’aéroport de Port-au-Prince pour « enlèvement d’enfants ».

Mais la question fondamentale posée reste la suivante : comment peut-on concilier le secours immédiat d’un être humain en détresse, et éviter ainsi la « non-assistance à personne en danger »  avec la célérité nécessaire, sans pour autant être poursuivi pour enlèvement, voire trafic d’enfants ?

C’est là que des décennies d’expérience de l’action humanitaire nous permettent de penser ceci :
La France est le pays d’origine de quantité d’ONG humanitaires capables de répondre à des situations d’urgence de réfugiés dans le monde entier et dans les 48 heures… avec les compétences et les moyens appropriés, et en se coordonnant en bonne intelligence.

A Calais et alentour, de milliers de réfugiés pataugent nuit et jour dans la boue avec des centaines d’enfants depuis des mois, en plein hiver…
Alors que ces mêmes gouvernements subventionnent des centaines d’ONG pour des actions humanitaires d’ugences au-delà de 5 000 kms, on découvre avec effarement qu’il est impossible d’organiser un camp de 2 500 personnes à Calais.
Plusieurs ONG font ce qu’elles peuvent, et même si le gouvernement vient de faire installer des appartements-containers pour 250 familles… on a l’impression – minable – après plusieurs mois, qu’il est beaucoup plus simple de coordonner une action conjointe Gouvernement-ONG (parfois même avec l’aide logistique de l’armée) à plus de 5 000 kms que sur territoire français, à 300 kms de Paris …
«  Orbi « , oui peut-être, mais sûrement pas  » urbi « …

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Quant au destin des enfants, dans le cas précis, cette fillette a de la famille en Angleterre : il eût été élémentaire d’imaginer que des procédures juridiquement acceptables, sinon totalement légales, puissent être facilitées pour des regroupememts familiaux de ce type, y compris avec le père.

Pourquoi les enfants n’auraient-ils pas le droit au regroupement familial avec leurs parents ? Parce que les enfants n’ont pas les moyens de protester, ni de se plaindre sur BFM-TV ?
Cela sert à quoi d’avoir en permanence le discours, à longueur de buzz médiatiques, sur l » intérêt supérieur de l’enfant « , si on n’est pas fichu de résoudre un cas comme celui de cette fillette ? L’acte individuel de Rob Lawrie est respectable – d’autant qu’il a reconnu de lui-même avoir commis une erreur : il a eu le mérite d’attirer l’attention publique sur ce type de situation : rien que pour cela, il doit être remercié.

**********

Ce qui précède n’est-il qu’une perspective humanitaire, une surenchère juridique de plus provenant d’ONG militantes irresponsables ?
Non, il suffit de lire le jugement d’un tribunal britannique dont « Le Monde  » du 22 janvier (page 3) :

 » La décision rendue mercredi 20 janvier par le tribunal de l’immigration et de l’asile de Londres pourrait faire jurisprudence. (…) Le jugement, qui allègue le non-fonctionnement des règles européennes sur l’asile, pourrait accroître la pression sur la frontière.(…) Le tribunal était saisi par quatre jeunes demandeurs d’asile syrien (dont 3 mineurs), dont deux souffraient de stress post-traumatiques. Mettant en avant les « intolérables » conditions de vie dans le camp de fortune de Calais et la présence de membres de leurs familles au Royaume-Uni, leur avocat a obtenu un jugement ordonnant leur droit immédiat à être admis sur le sol britannique pour y formuler une demande d’asile auprès du Home Office. La décision s’appuie sur l’article de la Convention européenne des droits de l’homme, dont l’article 8 protège le droit de toute personne au respect de « sa vie privée et familiale. »(…) Les juges ont estimé qu’un document écrit montrant qu’ils avaient effectivement demandé l’asile en France suffisait à prouver leur demande de protection. « 

Autrement dit, la Convention de Dublin permettait de justifier le refus du Royaume-Uni parce que la première demande d’asile avait été déposée en France… Les juges ont estimé que la demande de protection n’était donc pas honorée par la France et qu’il fallait donc admettre leur arrivée dans leur famille déjà présente Outre-Manche…

BRITAIN-EUROPE-MIGRANTS

PS : Pour être complet, on pourrait ajouter, à l’adresse du tribunal britannique, qu’il aurait pu aussi faire valoir la Convention relative aux droits de l’enfant ratifiée par le Royaume-Uni stipule, en ce qui concerne les mineurs, dans son Article 22

1. Les Etats parties prennent les mesures appropriées pour qu’un enfant qui cherche à obtenir le statut de réfugié ou qui est considéré comme réfugié en vertu des règles et procédures du droit international ou national applicable, qu’il soit seul ou accompagné de ses père et mère ou de toute autre personne, bénéficie de la protection et de l’assistance humanitaire voulues pour lui permettre de jouir des droits que lui reconnaissent la présente Convention et les autres instruments internationaux relatifs aux droits de l’homme ou de caractère humanitaire auxquels lesdits Etats sont parties.

2. A cette fin, les Etats parties collaborent, selon qu’ils le jugent nécessaire, à tous les efforts faits par l’Organisation des Nations Unies et les autres organisations intergouvernementales ou non gouvernementales compétentes collaborant avec l’Organisation des Nations Unies pour protéger et aider les enfants qui se trouvent en pareille situation et pour rechercher les père et mère ou autres membres de la famille de tout enfant réfugié en vue d’obtenir les renseignements nécessaires pour le réunir à sa famille. Lorsque ni le père, ni la mère, ni aucun autre membre de la famille ne peut être retrouvé, l’enfant se voit accorder, selon les principes énoncés dans la présente Convention, la même protection que tout autre enfant définitivement ou temporairement privé de son milieu familial pour quelque raison que ce soit. »


Humanité et bon sens

14.01.16

Dans le fatras des positions, des analyses et des postures, en relation avec les attentats terroristes de janvier et novembre 2015, il est des petits paragraphes qui brillent soudain comme des petit diamants d’humanité et de bon sens.

Comme ces extraits d’une chronique écrite par Véronique Nahoum-Grappe dans la revue « Esprit » No 421 de janvier 2016 (pages 16 et 17) :

(…)  » L’enseignement premier et minimal pour moi serait la prise en compte, par la vérité de l’imagination, des espaces sur la planète, en Syrie par exemple, où ces crimes contre les civils sont tels et tellement répétés qu’il est impossible de poser des bougies, de penser le deuil, d’envelopper les victimes survivantes de soin et de compétence affective et psychologique. Une société suffisamment bonne se rassemble autour des corps des morts et du coeur des survivants parce qu’elle est en paix et qu’elle jouit d’un espace de tranquillité où des bougies peuvent diffuser leur lumière de lune sur une place publique.
Lorsque des attentats meurtriers contre des civils se produisent tout le temps dans les villes en guerre, que, pour des raisons historiques, les cimetières sont ravagés et que les bougies s’éteignent vite, le charnier est la réponse : les solitudes s’accroissent dans l’ornière de leur propre malheur, les souffrances physiques rendent fou et poignardent, leur masque hurlant trahit l’expression des souffrances morales et politiques.
Au moins, offrons un accueil digne à ceux qui fuient cela au péril de leur vie. Au troisième attentat, combien de Parisiens se poseront la question de partir ?
(…)
Ce matin-là (30 novembre) l’église St Germain des Près à Paris est tellement pleine de monde qu’elle déborde de partout.(…) Parce qu’il s’agit d’un ami qui a perdu sa deuxième fille, 35 ans, j’assiste aux obsèques de trois personnes.(…)
La cérémonie trouve une définition pour l’ethnologue, un chemin possible quand il n’y en a plus et que les contours se sont évanouis. Et puis des lignes mélodiques envahissent tout cela et parfois viennent percer le bouclier secret. Il y a des voix, des chants qui entrent partout, dans les arrière-cours encore planquées, les recoins d’enfance oubliés. Elles sont comme des aiguilles de miel et de feu qui se saisissent d’un vivant, et le jettent par la fenêtre hors de tout cadre, au-dessus du vide de tout ce que l’on a jamais compris. Pendant cette cérémonie, j’ai eu le sentiment que ce qu’il y a d’inconsolable dans le malheur pouvait échapper à  » la nuit des temps  » grâce à la musique. »

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Une minute de (résistance en) silence

16.11.15

Ce lundi 16 novembre 2015, à midi, me suis rendu à la librairie Payot (Lausanne – CH), pensant que la minute de silence, en hommage aux centaines de victimes (morts et blessés) des attentats de Paris, serait plus supportable, entouré de rayons rassemblant Lucrèce, Montaigne, Kant, Ibn Khaldoun, Hanna Arendt, Robert Antelm, Camus, Zola, Sénèque, Hugo, Malraux, Gluksmann, Dostoievski, Kundera, Césaire, Klaus Mann, Dürenmatt, Ben Jelloun, Senghor, et tous les autres…

Ai acheté le dernier ouvrage de Roger-Pol Droit :
 » Qu’est-ce qui nous unit «  (Plon)

***************

Pendant la minute de silence,
retour soudain sur une phrase extraite
de la préface des « Antimémoires »
d’André Malraux :

(…) « Parce que, ayant vécu dans le domaine incertain de l’esprit et de la fiction qui est celui des artistes, puis dans celui du combat et dans celui de l’histoire, ayant connu à vingt ans une Asie dont l’agonie mettait encore en lumière ce que signifiait l’Occident, j’ai rencontré maintes fois, tantôt humbles et tantôt éclatants, ces moments où l’énigme fondamentale de la vie apparaît à chacun de nous comme elle apparaît à presque toutes les femmes devant un visage d’enfant, à presque tous les hommes devant un visage de mort.

Dans toutes les formes de ce qui nous entraîne, dans tout ce que j’ai vu lutter contre l’humiliation, et même en toi, douceur dont on se demande ce que tu fais sur la terre, la vie semblable aux dieux des religions disparues m’apparaît parfois comme le livret d’une musique inconnue ».

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