Rob Lawrie : quelles leçons apprises ?

24.01.16

Nul ne doute, sur le plan humain, de la sincérité ni de la légitimité du geste de l’ancien militaire britannique Rob Lawrie, qui a cédé à la pression d’un père afghan, réfugié près de Calais, qui le suppliait d’emmener sa fille chez d’autres membres de sa famille déjà installés à proximité de son domicile en Angleterre.

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Mais certaines réactions publiques de différentes personnalités – tout aussi honorables – nous amènent cependant à une certaine prudence : dans le passé, plusieurs situations d’urgence humanitaire dramatique ont aussi été l’occasion de gestes spontanés  de sauvetages d’enfants, soit par des personnes à titre individuel, soit par des associations, y compris des ONG.

On rappellera l’avion de l’épouse d’un ancien président italien qui avait convoyé, en 1994, après le génocide, une bonne centaine d’enfants du Rwanda pour adoption en Italie.
Ou encore l’opération-commando, en 2004, d’un groupe de religieux américains qui avaient emmené une trentaine d’enfants que leurs parents suppliaient de les évacuer de Haîti « pour leur donner un avenir« , après le tremblement de terre. Ces religieux  ont été arrêté à l’aéroport de Port-au-Prince pour « enlèvement d’enfants ».

Mais la question fondamentale posée reste la suivante : comment peut-on concilier le secours immédiat d’un être humain en détresse, et éviter ainsi la « non-assistance à personne en danger »  avec la célérité nécessaire, sans pour autant être poursuivi pour enlèvement, voire trafic d’enfants ?

C’est là que des décennies d’expérience de l’action humanitaire nous permettent de penser ceci :
La France est le pays d’origine de quantité d’ONG humanitaires capables de répondre à des situations d’urgence de réfugiés dans le monde entier et dans les 48 heures… avec les compétences et les moyens appropriés, et en se coordonnant en bonne intelligence.

A Calais et alentour, de milliers de réfugiés pataugent nuit et jour dans la boue avec des centaines d’enfants depuis des mois, en plein hiver…
Alors que ces mêmes gouvernements subventionnent des centaines d’ONG pour des actions humanitaires d’ugences au-delà de 5 000 kms, on découvre avec effarement qu’il est impossible d’organiser un camp de 2 500 personnes à Calais.
Plusieurs ONG font ce qu’elles peuvent, et même si le gouvernement vient de faire installer des appartements-containers pour 250 familles… on a l’impression – minable – après plusieurs mois, qu’il est beaucoup plus simple de coordonner une action conjointe Gouvernement-ONG (parfois même avec l’aide logistique de l’armée) à plus de 5 000 kms que sur territoire français, à 300 kms de Paris …
«  Orbi « , oui peut-être, mais sûrement pas  » urbi « …

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Quant au destin des enfants, dans le cas précis, cette fillette a de la famille en Angleterre : il eût été élémentaire d’imaginer que des procédures juridiquement acceptables, sinon totalement légales, puissent être facilitées pour des regroupememts familiaux de ce type, y compris avec le père.

Pourquoi les enfants n’auraient-ils pas le droit au regroupement familial avec leurs parents ? Parce que les enfants n’ont pas les moyens de protester, ni de se plaindre sur BFM-TV ?
Cela sert à quoi d’avoir en permanence le discours, à longueur de buzz médiatiques, sur l » intérêt supérieur de l’enfant « , si on n’est pas fichu de résoudre un cas comme celui de cette fillette ? L’acte individuel de Rob Lawrie est respectable – d’autant qu’il a reconnu de lui-même avoir commis une erreur : il a eu le mérite d’attirer l’attention publique sur ce type de situation : rien que pour cela, il doit être remercié.

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Ce qui précède n’est-il qu’une perspective humanitaire, une surenchère juridique de plus provenant d’ONG militantes irresponsables ?
Non, il suffit de lire le jugement d’un tribunal britannique dont « Le Monde  » du 22 janvier (page 3) :

 » La décision rendue mercredi 20 janvier par le tribunal de l’immigration et de l’asile de Londres pourrait faire jurisprudence. (…) Le jugement, qui allègue le non-fonctionnement des règles européennes sur l’asile, pourrait accroître la pression sur la frontière.(…) Le tribunal était saisi par quatre jeunes demandeurs d’asile syrien (dont 3 mineurs), dont deux souffraient de stress post-traumatiques. Mettant en avant les « intolérables » conditions de vie dans le camp de fortune de Calais et la présence de membres de leurs familles au Royaume-Uni, leur avocat a obtenu un jugement ordonnant leur droit immédiat à être admis sur le sol britannique pour y formuler une demande d’asile auprès du Home Office. La décision s’appuie sur l’article de la Convention européenne des droits de l’homme, dont l’article 8 protège le droit de toute personne au respect de « sa vie privée et familiale. »(…) Les juges ont estimé qu’un document écrit montrant qu’ils avaient effectivement demandé l’asile en France suffisait à prouver leur demande de protection. « 

Autrement dit, la Convention de Dublin permettait de justifier le refus du Royaume-Uni parce que la première demande d’asile avait été déposée en France… Les juges ont estimé que la demande de protection n’était donc pas honorée par la France et qu’il fallait donc admettre leur arrivée dans leur famille déjà présente Outre-Manche…

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PS : Pour être complet, on pourrait ajouter, à l’adresse du tribunal britannique, qu’il aurait pu aussi faire valoir la Convention relative aux droits de l’enfant ratifiée par le Royaume-Uni stipule, en ce qui concerne les mineurs, dans son Article 22

1. Les Etats parties prennent les mesures appropriées pour qu’un enfant qui cherche à obtenir le statut de réfugié ou qui est considéré comme réfugié en vertu des règles et procédures du droit international ou national applicable, qu’il soit seul ou accompagné de ses père et mère ou de toute autre personne, bénéficie de la protection et de l’assistance humanitaire voulues pour lui permettre de jouir des droits que lui reconnaissent la présente Convention et les autres instruments internationaux relatifs aux droits de l’homme ou de caractère humanitaire auxquels lesdits Etats sont parties.

2. A cette fin, les Etats parties collaborent, selon qu’ils le jugent nécessaire, à tous les efforts faits par l’Organisation des Nations Unies et les autres organisations intergouvernementales ou non gouvernementales compétentes collaborant avec l’Organisation des Nations Unies pour protéger et aider les enfants qui se trouvent en pareille situation et pour rechercher les père et mère ou autres membres de la famille de tout enfant réfugié en vue d’obtenir les renseignements nécessaires pour le réunir à sa famille. Lorsque ni le père, ni la mère, ni aucun autre membre de la famille ne peut être retrouvé, l’enfant se voit accorder, selon les principes énoncés dans la présente Convention, la même protection que tout autre enfant définitivement ou temporairement privé de son milieu familial pour quelque raison que ce soit. »


Etait-ce cela, l’objectif de l’Union Européenne ?

8.07.15

Si vous avez compris le problème posé par la Grèce, c’est qu’on vous a mal expliqué…

Il n’est pas exclu que les choses soient plus simples qu’il n’y paraisse.
Il semble que peu importe que l’économie d’un peuple membre de l’UE s’effondre, si les règles du « système » sont respectées. Peu importe que le plus grand hôpital d’Athènes  commence à connaître des pénuries.
Sans se poser la question de savoir pourquoi le « système » de la construction européenne (s’il y en a un…) permet – et veut – qu’un peuple soit laissé ainsi à l’abandon. Est-ce un objectif de la construction de l’Union Européenne ?
Peut-être que le gouvernement Tsipras est nul, mais que valaient (et qui a « arrosé » pendant des décennies) les gouvernants grecs précédents ?

Toujours est-il que si les majorités des peuples allemand et grec se méprisent copieusement, on apprend … »la fuite croissante des dépôts (bancaires) qui, depuis 2010, (s’élève) à plus de 100 milliards, (qui) seraient partis vers l’étranger, en particulier vers l’Allemagne « . (« Le Monde – 7.07.15 – page 7 –  article signé Anne Michel).

De plus ce jour, on apprend (8-07-15) que « La Croix-Rouge allemande est prête à apporter rapidement une aide humanitaire à la Grèce, en état d’urgence financière, et qui rencontre déjà des «difficultés dans les soins médicaux», selon le porte-parole de l’organisation, Dieter Schütz.

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Même si on ne comprend plus rien, on retiendra cependant le proverbe iranien :  » L’argent c’est comme la fumée de cigarettes, ça monte toujours et ne redescend jamais « .

Quelques effluves de vents mauvais répandent aussi des odeurs de vautours chez les traders, boursicoteurs, spéculateurs et autres bandits manchots en tous genres, avec des propos du genre « plus le chaos sera grand, plus on s’enrichira« . La stratégie du choc, ou celle du  » chaos créatif  » … On va finir par croire que Mélenchon a raison…

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On se rappellera que « T.I.N.A » était le petit nom de Margaret Thatcher ; « There Is No Alternative »- Or, précisément, dans cette cacophonie médiatique hyper-saturée, on a aussi pu entendre une petite voix d’une femme originaire de l’ex-Allemagne de l’Est qui disait : « On a grandi et vécu sous le régime communiste qui ne cessait de nous dire qu’il n’y avait pas d’alternative au régime. Le communisme s’est effondré, et maintenant c’est Bruxelles qui vient nous dire qu’il n’y a pas d’alternative à l’austérité… Si on s’est libéré du communisme, c’est bien en adhérant aux soi-disant « valeurs » d’un régime démocratique, comme une des conditions de la prospérité, dans lequel c’est le peuple qui choisit souverainement. Il devrait donc toujours y avoir des options, des alternatives, non ? « 

« Bruxelles 2015 » = « Moscou les années 50  » ?
« Hôpital public est-allemand en 1950″ = Hôpital d’Athènes en 2015 » ?


A quoi sert la reconnaissance universelle ?

6.12.12

Le quotidien suisse « Le Temps », ainsi que « Le Monde », ont probablement révélé à beaucoup de lecteurs l’existence et la combat du Docteur congolais Denis MUKWEGE, infatigable médecin gynécologue et chirurgien d’une multitude de femmes et filles violées, martyrisées, humiliées, en République démocratique du Congo, dans une région qui a connu entre 3 et 4 millions de morts depuis vingt ans…

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Le Docteur MUKWEGE , « avec de plus en plus de tristesse, inlassablement, arpente le monde et s’empare de toutes les tribunes qui lui sont offertes – ONU, Sénat américain,  Parlement européen, Maison Blanche, Downing Street – pour dénoncer ce qu’il qualifie de crime contre l’humanité. »

Menacé de mort, agressé maintes fois, kidnappé pour exécution à laquelle il échappe miraculeusement, il est soutenu par Amnesty International, Médecins du Monde, Physicians for HumanRights, la Fondation du Roi Baudoin, soutenus par des gouvernements qui demandent du gouvernement congolais d’assurer sa protection. Mis à l’abri, des villages entiers réclament son retour dans l’hôpital qu’il dirige…

Mais le Dr MUKWGE  est las :  » Las de parler dans le vide. Las de vouloir secouer en vain les consciences. las de raconter à toutes sortes d’auditoires la tragédie es femmes du Congo sans que rie se passe. Las de décrire les viols et tortures effroyables, de citer les chiffres à donner le tournis (500 000 femmes violées en vingt ans) sans qu’aucune volonté politique internationale ne s’exprime pour prendre de vraies mesures. Las aussi de recevoir de  prix et des hommages sans que les organisations gouvernementales envisagent de solutions autres que médicales :  » Comment est-il possible que les acquis de la civilisation reculent à ce point ? (…) Ils rivalisent de cruauté, ils sophistiquent la torture; je distingue leurs signatures dans les plaies des femmes. »…

Parfois on se demande à quoi cela sert-il d’être connu, reconnu, admiré, loué, récompensé tout autour de la planète pour constater que rien ne bouge en ce qui concerne les causes de telles tragédies collectives dont il ne peut que contribue à atténuer les effets ?
Notre monde de communication aurait-il secrété sa propre antidote à la mobilisation qu’elle devrait susciter ?
Ou bien est-ce…parce qu le problème ne concerne que … les femmes, et que ce sont les hommes qui sont coupables ?
Ou bien est-ce que par ce la justice ne peut pas fonctionner dans de tels contextes d’espace, d’insécurité, donnant ainsi le sentiment d’un impunité digne du retour à la jungle ?

 » Il a tenté de pendant des heures de reconstituer le vagin d’une petite fille de 3 ans que des sexes barbares avaient saccagé, lors d’un raid nocturne sur un village… »

Qu’il y ait guerre ou pas, le crime contre l’humanité est la qualification la plus légitime de ces crimes collectifs.
L’article 6 des statuts de la Cour Pénale internationale stipule : (…) On entend par crime contre l’humanité l’un quelconque des actes ci-après lorsqu’il est commis dans le cadre d’une attaque généralisée ou systématique lancée contre toute population civile et en connaissance de cette attaque : (…) Viol, esclavage sexuel, prostitution forcée, grossesse forcée, stérilisation forcée ou toute autre forme de violence sexuelle de gravité comparable ; (…)Autres actes inhumains de caractère analogue causant intentionnellement
de grandes souffrances ou des atteintes graves à l’intégrité physique ou à
la santé physique ou mentale. »
(…)

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Avec la même détermination et le même acharnement, un autre militant, dans la mesure des modestes moyens dont il dispose, fait son possible face à cette tragédie, pour financer les « Chambres foraines » dans cette même République Démocratique du Congo : Michel HOFFFMAN, fondateur de l’association VIVERE, soutient des ONG locales qui contribuent à organiser, avec l’accord du gouvernement congolais, des tribunaux mobiles pour juger les militaires (de l’armée régulière) qui ont commis des crimes de viol sur des femmes des populations qu’ils sont supposé protéger.
Toute l’explication et les moyens de soutenir cette action sont sur le site http://www.vivere.ch et notamment les témoignages indépendants selon lesquels ces tribunaux sont absolument conformes aux règles élémentaires de l’exercice de la justice selon les normes internationales.

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Si la justice ne passe pas, tout se reproduira…

Email de contact :   contact@vivere.ch


ARCHE de ZOE : quelques leçons apprises…

2.12.12

        A l’occasion du procès qui s’ouvre, en France, cette semaine (03.12.12), l’affaire de l’Arche de Zoé (en 2007) revient dans l’actualité et permet de rappeler quelques leçons apprises, à la lumière de cette pitoyable saga.

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        Y avait-il « exercice sans autorisation de l’activité d’intermédiaire en adoption d’enfants » ?
L’Arche de Zoé ne s’est jamais présentée aux familles comme ayant le statut légal d’intermédiaire en adoption. Mais, tant par écrit (dans les documents d’informations aux familles) qu’oralement (dans les conférences publiques) la possibilité de l’adoption est toujours mentionnée comme l’étape suivant l’accueil des enfants, mais sous la seule responsabilité des familles, celle de l’Arche de Zoé « s’arrêtant » à la remise des enfants aux familles dès l’arrivée sur sol français.
Un des critères de sélection des familles étant la capacité de prise en charge des enfants à vie, attestée si possible par un agrément de l’Aide Sociale à l’Enfance, des familles ont « naturellement » vu ainsi, de bonne foi, la possibilité de réaliser leur désir d’adoption, plus rapidement et pour moins cher que dans les procédures habituelles.

        Les fondateurs de l’Arche de Zoé ont sciemment surfé sur l’appel d’air créé par la conjonction d’une situation d’urgence et d’une « demande » d’adoption, en proposant une procédure « accélérée » d’arrivée d’enfants présentés – qui plus est – comme orphelins et en danger de mort. Or l’adoption n’est pas une action d’urgence et seuls sont adoptables les enfants déclarés tels par les autorités de leurs pays.

         Y – avait-il  « Aide à l’entrée et au séjour irréguliers de mineurs étrangers en France » ? Imagine-t-on la situation juridique des enfants s’ils avaient été remis aux familles à l’aéroport de Reims-Vatry sur sol français ? Comment des autorités françaises – non prévenues de cette arrivée –  auraient-elles pu délivrer une autorisation collective, alors que toutes les décisions relatives aux demandes d’asile sont évidemment individuelles ?
Dans le document envoyé aux familles par l’Arche de Zoé, il est dit qu’ « il faudra que TOUTES  (sic) les familles soient solidaires au sein d’un même collectif afin qu’une famille ne soit pas seule face à une administration, mais qu’au contraire, le nombre d’enfants et de familles soit un atout pour faire prévaloir et appliquer le droit. » Autrement dit, une manif sous les fenêtres de la Préfecture suffira ? (et le texte ajoute : « Les dépenses d’aide juridique sont à la charge de la famille. »

         Et si les familles, les chefs de village, le personnel local de l’Arche de Zoé avaient témoigné et porté plainte pour manipulation et abus de confiance ?
Et si le gouvernement tchadien avait exigé le retour des enfants enlevés à leurs familles ?
Le président Sarkozy aurait-envoyé la police retirer les enfants des familles françaises, elles aussi victimes d’abus de confiance ?
Imagine-t-on les suites de souffrances humaines que cela aurait pu entraîner, de tous les côtés ?

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      Quant à l’accusation d’escroquerie, comment l’Arche de Zoé a-t-elle pu faire croire que l’argent versé par les familles était un don « pour financer l’opération de sauvetage », sans aucun rapport avec la promesse d’’accueillir « avant Noël » un des enfants « sauvés » ? Le document remis aux familles précisait : « La procédure d’évacuation est gratuite et aucun frais ne pourra être facturé à la famille qui accueille l’enfant. » et plus loin : « l’Arche de Zoé sollicite ces familles pour des dons qui permettront d’assurer le fonctionnement de l’association de manière pérenne (…) Il est demandé aux familles un don d’au moins 90 euros lors de l’inscription, permettant de couvrir l’ensemble des frais administratifs (…) Il sera demandé aux familles, après validation de leur inscription, un don d’au moins 1 400 euros pour participer aux frais d’évacuation des enfants et d’acheminement jusque dans le pays d’accueil. »
Moralité : si l’opération se réalise, votre argent a servi à la financer (dont les « frais de gestion » pour les responsables), et si l’opération échoue, l’association garde l’argent pour sa « pérennité ». Et le tour est joué…

          La justice se prononcera par rapport au droit français, mais on ne peut s’empêcher de penser que quelques notions de droit international mériteraient d’être considérées, notamment du fait que les responsables de l’Arche de Zoé ont abusé de la confiance de tous leurs interlocuteurs en « garantissant » l’absolue conformité de leur projet au droit en vigueur, alors que toute la procédure de cette opération d’enlèvement d’enfants a été, de A à Z, mensongère.
On trouvera autant de clauses du droit international pour critiquer les méthodes de l’association que pour les justifier… Le droit international protège aussi les réfugiés, y compris les enfants, d’actions-mercenaires de ce genre.
L’Arche de Zoé utilisait les articles de conventions internationales qu’elle estimait pertinents et surtout utiles à la justification de l’opération, tout en ignorant les articles qui, dans les mêmes instruments juridiques, la condamnaient. Les instruments juridiques ne sont pas un supermarché…      

          Qui plus est, sur le plan juridique, il est possible que des motifs de « territorialité des faits » et de « juridiction compétente » interdisent d’utiliser d’autres instruments de droit pénal : mais on peut tout de même se demander si toute cette opération ne relèverait pas de l’enlèvement d’enfants par une réseau de criminalité organisée, de manière illégale et clandestine, et ce dans un but lucratif sous paravent humanitaire : et donc l’opération ne mériterait-il pas une considération judiciaire autrement plus grave ?

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            Mais, pour l’opinion publique, le plus important peut-être est de dépasser les questions strictement juridiques pour aborder l’essentiel, à savoir les questions éthiques dans la pratique de l’action humanitaire, auquel le public de donateurs a le droit d’être informé :

        1 – Y a-t-il encore des soi-disant sauveurs de l’humanité qui sollicitent des dons pour des transferts d’enfants à l’étranger qu’ils n’ont jamais rencontrés ni identifiés eux-mêmes sur leur lieu de vie ? Dans un communiqué du 28 avril 2007, l’association annonçait « 10 000 enfants orphelins au Darfour », sans citer aucune source, mais le livre du fondateur de l’Arche de Zoé témoigne de ce que, dans ses « évaluations initiales » sur le terrain, il n’a rencontré aucun des enfants dont ses interlocuteurs lui ont simplement « parlé ».
Un semblant de sélection était opéré sur les enfants accueillis dans la première phase, mais sur la base des informations données par les chefs de village payés pour aller les « sauver »… Les enfants étaient interrogés par traducteur interposés : que vaut la traduction des dires d’un enfant arraché à sa famille ou à son village, et qui a pu être manipulé, « pour son bien »  ?

        2 – Comment est-il possible d’opérer un tel détournement de la signification éthique des mots ? Sous prétexte de trouver des familles pour des enfants « garantis orphelins de père et de mère, de moins de 5 ans et risquant la mort », l’action, en réalité, a consisté à chercher des enfants pour répondre a posteriori à la demande (de bonne foi) de familles qui avaient payé d’avance. L’association avait créé un mouvement d’adhésion et de candidatures de plusieurs centaines de familles : il fallait donc répondre à cette demande, avant fin 2007, pour ne pas les décevoir, et aller chercher des enfants avant d’avoir identifié les enfants correspondant aux critères annoncés. Sans avoir aucun dossier individuel, ni aucune certitude sur leurs âge, identité et état de santé ?
Qui peut affirmer d’emblée qu’un enfant est orphelin, et à l’identité garantie, dans un camp de réfugiés en Afrique, même dans une situation dans une zone frontalière de conflit ?

        3 – Comment la sélection des familles (de bonne foi) a-t-elle pu se faire sur simple dossier, sans jamais avoir procédé à un entretien préparatoire par des professionnels compétents, susceptibles d’assurer le suivi de l’accueil, en cas de problèmes – naturellement inévitables ? L’accueil d’enfants présentés comme traumatisés et déracinés ne s’improvise pas…

        4 – Comment peut-on demander aux parents d’accueil « de faire une déclaration d’entrée sur le territoire français aux autorités préfectorales, afin que celles-ci assurent un suivi particulier de l’enfant », ce qui constituerait une sorte de « fait accompli » pour forcer la main de ces autorités ? Pourquoi serait-ce les parents qui devraient porter le soupçon d’accueil irrégulier d’enfants étrangers sur sol français ? Avec des frais d’avocats à la charge des familles, peut-être pendant des années, puisque les documents signés déchargent l’association de tout frais juridique ultérieur…

        5 – Comment peut-on demander à des personnels paramédicaux de faire des faux pansements et bandages à une centaine d’enfants, pour simuler une opération de sauvetage médical d’urgence ?Pourquoi alors, dans le dossier d’inscription des familles candidates à l’accueil, est-il exigé que « la famille d’accueil s’engage à faire passer (à l’enfant) un examen médical (…) afin de s’assurer de son bon état de santé »

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        6 – A-t-on idée qu’il puisse encore y avoir des opérations de transferts de populations pour sauvetage humanitaire sans aucune information aux autorités (du pays d’origine comme du pays d’accueil), en dissimulant jusqu’au dernier moment – par mensonge délibéré (supposé sécuriser les enfants) – à toutes les parties prenantes locales, familles d’origine, chefs de village, leaders communautaires, autorités de tutelle, et à leur propre personnel engagé pour accueillir temporairement les enfants, que ces enfants étaient destinés à partir et à vivre en France ?

        Le public doit savoir que parmi les acteurs humanitaires, ce lamentable bluff de l’Arche de Zoé n’a pas seulement suscité l’indignation commune, mais surtout de la colère. Rien de tel qu’une opération de ce genre pour donner aux Etats les moins disposés à l’action humanitaire une magnifique occasion de vitupérer l’action des ONG qui « sous prétexte d’action humanitaire, font n’importe quoi… et même illégalement »

        Pourtant, les professions humanitaires tentent de maintenir un haut niveau de règles éthiques, fondées sur l’expérience surmontée d’années d’échecs, d’erreurs, et parfois de perversions. Au XX ème siècle, certain-e-s fondateurs-trices d’organisations humanitaires ont pu engager des actions-commandos qui, avec les lunettes juridiques et éthiques d’aujourd’hui, seraient inacceptables.
Mais il est d’autant plus déplorable de voir des gens se lancer, cinquante ans plus tard, dans des opérations de communication à but lucratif, modèles supposés de story-telling humanitaire, au mépris des lois, des règles éthiques et surtout des leçons apprises.

source : Comité de la Charte

        L’avocat de l’Arche de Zoé déclarait en 2007 que » si les membres de l’association ont œuvré dans l’illégalité, c’est dans une illégalité formaliste, et non pas une illégalité qui permettrait de penser à une quelconque escroquerie à l’humanitaire. »
Dans certaines circonstances, il faut savoir désobéir, pour raisons de conscience, mais en construisant sur des faits, des vérités et des convictions. On ne construit pas la désobéissance civile sur le mensonge. Il ne suffit plus aujourd’hui de prétendre faire le bien : il faut pouvoir le prouver.

        N’est pas l’Abbé Pierre qui veut.

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Autres billets de ce blog,
à titre de réflexion
sur l’identité et les enjeux de l’action humanitaire :

 » Haïti : l’adoption n’est pas une action d’urgence  »
 » L’humanité, fichez-lui la paix ! »
 » Le reste muet de la politique (Michel Foucault)  »
 » Martin Hirsch : le réalisme renforce la conviction  »
 » De partout, des gens se lèvent et parlent  »
 » Humanitaire, idéologie et… humanité  »
 » Multinationales et ONG : la danse du ventre ?  »
 » Des ONG pataugent dans l’économie-fumier  »
 » La chute du Mur de l’humanitaire ? »
 » Le fourre-tout de ce que l’on demande aux ONG  »
 » Otages … de l’humanitaire ? »
«  De l’éthique sur l’étiquette des ONG  »
 » Edmond kaiser : d’un autre âge ? « 


La communication rend-elle fou ?

23.09.12

C’est tout de même un paradoxe qu’une vidéo nulle sur Mahomet (au point qu’on ne peut s’empêcher d’y voir une stratégie planifiée dans un contexte qui n’est pas neutre…) suscite  tant d’émotion, de heurts, de manifestations, alors que la mort de 30 000 Syriens depuis 1 an et demi ne suscite aucune réaction internationale…

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Ce monde serait-il plus malade que pendant la Guerre Froide ?
On craignait alors l’embrasement général par une guerre atomique, et on a le sentiment qu’aujourd’hui un embrasement pourrait émerger, n’importe quand, d’une vulgaire vidéo lancée en orbite sur … Youtube…
Ce monde serait-il dirigé, non pas par des élus responsables et compétents, mais indirectement grâce à des média interposés et complaisants, par une bande de pauvres types et de gamins irresponsables et hystériques ?

Charb, rédacteur en chef de Charlie-Hebdo,
con, béat et satisfait…

Jusqu’à Charlie Hebdo qui a flairé le big business avec deux coups de crayon, tout en jouant les vierges effarouchées devant  tant d’émotion…
Même le porte-parole de la Maison-Blanche a donné son opinion sur l' »initiative » de Charlie-Hebdo !

Tout cela est ridicule, pitoyable et lamentable.

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PS : Comment va-t-on nourrir les 3 milliards d’enfants
qui vont naître dans les 50 ans à venir ?


L’action sociale de plus en plus incompétente ?

1.12.11

Un étrange entretien, publié dans le quotidien suisse  » Le Temps  » (29.11.11),
donne la parole à un pédopsychiatre
et fondateur d’une association d’aide aux migrants,
Jean-Claude Métraux
qui vient d’éditer un livre :
 » La migration comme métaphore « 
(Ed. La Dispute) :

Question de la journaliste :  » Nous sommes de plus en plus incompétents, écrivez-vous à propos des professionnels de l’aide aux migrants. Le constat est rude ! … »

Réponse :  » C’est dit brutalement, mais cela correspond bien à ce que je vois sur le terrain : les professionnels sont de mieux en mieux formés, mais souvent pas plus compétents à améliorer la santé des personnes en souffrance. » (…)
Le noeud  du problème, c’est celui d’une aide qui va du haut en bas, du professionnel compétent au fragilisé sans parole.
Le premier besoin des migrants en difficulté est d’être reconnus en tant qu’ êtres humains.
On en peut pas se contenter d’adopter la distance thérapeutique habituelle sans se poser la question de l’inégalité fondamentale entre eux et nous.

(Il y a quinze ans ) nombre de projets contestaient le modèle de haut en bas.Les professionnels s’engageaient aux côtés de migrants.(…) On considérait les médiateurs migrants comme des interlocuteurs à part entière.(…)

(L’interprète joue un rôle-clé) car il permet  de rendre la, parole à la personne migrante (et) sa présence casse le rapport de haut en bas entre elle et le professionnel. Lorsque l’interprète est là, mois, le psychiatre, je ne suis plus tout à fait maître de l’entretien.. (…)
Aujourd’hui la tendance se répand à prôner un interprétariat « transparent », qui fournit une traduction mot à mot et où l’interprète n’est plus considéré comme un interlocuteur à part entière.

Jean-Claude Métraux

Question :  » Que penser des jeunes délinquants issus de familles migrantes, ceux dont personne ne sait que faire ?  » 

R :  » Souvent le comportement des jeunes en rupture  constitue une manière de renvoyer dos à dos les parents et les professionnels : lorsqu’on est tiraillé entre deux appartenances, rompre avec l’une et l’autre est une manière de s’en sortir. Dans ces cas-là, la priorité est d’établir une alliance entre la famille et les professionnels : on a affaire à un problème de relation, pas de compétence. Et pour qu’il y ait alliance, il faut que les parents soient pris en considération et pas disqualifiés par une armada de spécialistes qui augmentent à mesure que l’affaire se complique. » (…)

 » La tendance est de former des spécialistes. Il vaudrait mieux miser sur des généralistes dotés d’une attitude ouverte face à l’altérité. Surtout le plus difficile : commencer par reconnaître notre impuissance à soulager la souffrance sociale. »(…)

Question :  » Vous suggérez aussi de dynamiter la distance thérapeutique ? »

«  Avec les personnes  qui sont privées de lien social, l’établissement d’un tel lien constitue une prémisse indispensable à toute relation thérapeutique. Les aidants ont appris à ne rien livrer d’eux-mêmes. Mon expérience me dit que par moments, livrer quelque chose de soi est essentiel. Cela permet à mon interlocuteur de reconnaître  la commune humanité entre nous et de commencer  à construire un monde de sens commun. »

Question :  » Nous sommes tous des migrants  » : qu’entendez-vous par là ? « 

(…) Passer d’un univers à l’autre, cela rrive dans un même pays,  entre classes sociales, entre deux époques. Nous vivons tous cette expérience, il n’y a pas d’un côté les autochtones et de l’autre les migrants. Le danger c’est de figer l’autre dans sa différence, de considérer son problème comme forcément lié à la migration. Je crois que si nous parvenons à reconnaître le migrant en chacun de nous, notre regard change et cela dénoue beaucoup de choses. »

*******

Toutes choses égales par ailleurs, dans beaucoup de domaines de l’action sociale, éducative, humanitaire ou  médicale, à des degrés divers et sans exagération  intempestive, on constate une tendance à la volonté de formation poussée à l’extrême (ce qui est une forme de management des esprits –  » vous n’êtes jamais à la hauteur de nos ambitions « , etc – et il arrive parfois que le degré de complexité et d’exigence de formation tourne, sous prétexte de professionnalisation, à l’abrutissement humain, à la dématérialisation de la relation et, parfois  de l’action elle-même (ce qui compte c’est ce que l' »on » en dit et l’image qu' »on » donne, surtout si, dans le cade associatif, « on » cherche des budgets).

On se permettra ici, librement, de suggérer le rapprochement avec les constats et analyses de  » L’Appel des appels » (2008) où plusieurs représentants de diverses professions expriment les mêmes réserves sur les tendances contemporaines du travail « avec l’humain » :

 » Nous, professionnels du soin, du travail social, de la justice, de l’éducation, de la recherche, de l’information, de la culture et de tous les secteurs dédiés au bien public, avons décidé de nous constituer en collectif national pour résister à la destruction volontaire et systématique de tout ce qui tisse le lien social. Réunis sous le nom d’Appel des appels, nous affirmons la nécessité de nous réapproprier une liberté de parole et de pensée bafouée par une société du mépris.


Pendant la mort, les affaires continuent

3.06.11

Dans le « Canard Enchaîné »  du mercredi 1 er juin 2011, un article sur l’intervention en Lybie se termine ainsi :

(…)  » Des avions français ont mis hors d’état de nuire, dans les ports de Tripoli et Syrte, sept patrouilleurs lybiens. Ces bateaux de 310 tonnes, du type « Combattante II », avaient été livrés à Khadafi par les Chantiers de Cherbourg au début des années 80. Et ils étaient équipés de missiles anti-navires Otomat conçus par Matra. Bien joué. Ainsi la future marine lybienne et démocratique pourra, on l’espère, passer toutes ses commandes à la France. Ce serait de bonne guerre. »(J.C.)

La guerre, ça sert donc à vendre des armes à des pays qu’on bombarde en attendant que les nouvelles commandes arrivent de la nouvelle équipe au pouvoir … qu’on a aidé en détruisant ce qu’on avait vendu au régime précédent…

Rien ne vaut donc une guerre pour garantir l’emploi durable… 
Combien de civils lybiens sont morts sous les bombes des avions venus… protéger les civils ?

Ce jeudi 2 juin, tandis que 600 réfugiés étaient secourus, 270 autres, venus de Lybie, sont morts noyés au large des côtes tunisiennes, dans les bousculades pour monter à bord des canots de sauvetage  dépêchés par les autorités, à 36 kms des côtes, puisque leur bateau de pêche était tombé en panne.
Selon un bilan de l’ONU au moins 1200 personnes ayant tenté de fuir par bateau les vilences en Lybie sont mortes ou portées disparues.

Dans tout le charabia politique européen sur les « risques d’invasion », y aurait-il une voix  un peu plus haute que les autres, pour prendre un coup de colère et dire que si l’ intervention en Lybie consiste à protéger les civils, ces milliers de personnes qui fuient la Lybie, au risque de leur vie et après avoir épuisé toutes leurs maigres économies, en sachant qu’ils ont « un risque sur deux » d’y mourir noyé dans l’anonymat le plus total … sont aussi des civils qu’il faudrait protéger du conflit ?

Extrait du communiqué de presse de « France-Terre d’asile » du 3 juin 2011 :

(…)  » Nous savons que chaque jour des hommes, des femmes, des enfants meurent en Méditerranée – 1500 – 2000 – 3000 – on ne sait plus très bien.  Nous savons et nous nous taisons.

Le silence et l’indifférence de l’Europe deviennent une non assistance à réfugiés en danger.  Les pays de la coalition sont entrés en guerre autour du concept de protection des populations civiles. En quoi ce concept de protection ne concernerait-il pas les hommes et les femmes qui fuient le chaos libyen et qui tentent de rejoindre l’Europe pour sauver leur peau ? 

Comme si nous ne savions pas que la machine à fabriquer des réfugiés, des sans papiers, des naufragés, augmente chaque jour au rythme des bombardements  et de la poursuite de la guerre. Est-il encore possible d’imaginer un sursaut moral de l’Europe, d’imaginer que les navires de l’Otan, que les forces navales françaises et italiennes, que l’agence Frontex mettent d’abord leurs moyens en œuvre pour sauver des vies et non pour se protéger des migrants et des réfugiés ?


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