ARCHE de ZOE : quelques leçons apprises…

2.12.12

        A l’occasion du procès qui s’ouvre, en France, cette semaine (03.12.12), l’affaire de l’Arche de Zoé (en 2007) revient dans l’actualité et permet de rappeler quelques leçons apprises, à la lumière de cette pitoyable saga.

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        Y avait-il « exercice sans autorisation de l’activité d’intermédiaire en adoption d’enfants » ?
L’Arche de Zoé ne s’est jamais présentée aux familles comme ayant le statut légal d’intermédiaire en adoption. Mais, tant par écrit (dans les documents d’informations aux familles) qu’oralement (dans les conférences publiques) la possibilité de l’adoption est toujours mentionnée comme l’étape suivant l’accueil des enfants, mais sous la seule responsabilité des familles, celle de l’Arche de Zoé « s’arrêtant » à la remise des enfants aux familles dès l’arrivée sur sol français.
Un des critères de sélection des familles étant la capacité de prise en charge des enfants à vie, attestée si possible par un agrément de l’Aide Sociale à l’Enfance, des familles ont « naturellement » vu ainsi, de bonne foi, la possibilité de réaliser leur désir d’adoption, plus rapidement et pour moins cher que dans les procédures habituelles.

        Les fondateurs de l’Arche de Zoé ont sciemment surfé sur l’appel d’air créé par la conjonction d’une situation d’urgence et d’une « demande » d’adoption, en proposant une procédure « accélérée » d’arrivée d’enfants présentés – qui plus est – comme orphelins et en danger de mort. Or l’adoption n’est pas une action d’urgence et seuls sont adoptables les enfants déclarés tels par les autorités de leurs pays.

         Y – avait-il  « Aide à l’entrée et au séjour irréguliers de mineurs étrangers en France » ? Imagine-t-on la situation juridique des enfants s’ils avaient été remis aux familles à l’aéroport de Reims-Vatry sur sol français ? Comment des autorités françaises – non prévenues de cette arrivée –  auraient-elles pu délivrer une autorisation collective, alors que toutes les décisions relatives aux demandes d’asile sont évidemment individuelles ?
Dans le document envoyé aux familles par l’Arche de Zoé, il est dit qu’ « il faudra que TOUTES  (sic) les familles soient solidaires au sein d’un même collectif afin qu’une famille ne soit pas seule face à une administration, mais qu’au contraire, le nombre d’enfants et de familles soit un atout pour faire prévaloir et appliquer le droit. » Autrement dit, une manif sous les fenêtres de la Préfecture suffira ? (et le texte ajoute : « Les dépenses d’aide juridique sont à la charge de la famille. »

         Et si les familles, les chefs de village, le personnel local de l’Arche de Zoé avaient témoigné et porté plainte pour manipulation et abus de confiance ?
Et si le gouvernement tchadien avait exigé le retour des enfants enlevés à leurs familles ?
Le président Sarkozy aurait-envoyé la police retirer les enfants des familles françaises, elles aussi victimes d’abus de confiance ?
Imagine-t-on les suites de souffrances humaines que cela aurait pu entraîner, de tous les côtés ?

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      Quant à l’accusation d’escroquerie, comment l’Arche de Zoé a-t-elle pu faire croire que l’argent versé par les familles était un don « pour financer l’opération de sauvetage », sans aucun rapport avec la promesse d’’accueillir « avant Noël » un des enfants « sauvés » ? Le document remis aux familles précisait : « La procédure d’évacuation est gratuite et aucun frais ne pourra être facturé à la famille qui accueille l’enfant. » et plus loin : « l’Arche de Zoé sollicite ces familles pour des dons qui permettront d’assurer le fonctionnement de l’association de manière pérenne (…) Il est demandé aux familles un don d’au moins 90 euros lors de l’inscription, permettant de couvrir l’ensemble des frais administratifs (…) Il sera demandé aux familles, après validation de leur inscription, un don d’au moins 1 400 euros pour participer aux frais d’évacuation des enfants et d’acheminement jusque dans le pays d’accueil. »
Moralité : si l’opération se réalise, votre argent a servi à la financer (dont les « frais de gestion » pour les responsables), et si l’opération échoue, l’association garde l’argent pour sa « pérennité ». Et le tour est joué…

          La justice se prononcera par rapport au droit français, mais on ne peut s’empêcher de penser que quelques notions de droit international mériteraient d’être considérées, notamment du fait que les responsables de l’Arche de Zoé ont abusé de la confiance de tous leurs interlocuteurs en « garantissant » l’absolue conformité de leur projet au droit en vigueur, alors que toute la procédure de cette opération d’enlèvement d’enfants a été, de A à Z, mensongère.
On trouvera autant de clauses du droit international pour critiquer les méthodes de l’association que pour les justifier… Le droit international protège aussi les réfugiés, y compris les enfants, d’actions-mercenaires de ce genre.
L’Arche de Zoé utilisait les articles de conventions internationales qu’elle estimait pertinents et surtout utiles à la justification de l’opération, tout en ignorant les articles qui, dans les mêmes instruments juridiques, la condamnaient. Les instruments juridiques ne sont pas un supermarché…      

          Qui plus est, sur le plan juridique, il est possible que des motifs de « territorialité des faits » et de « juridiction compétente » interdisent d’utiliser d’autres instruments de droit pénal : mais on peut tout de même se demander si toute cette opération ne relèverait pas de l’enlèvement d’enfants par une réseau de criminalité organisée, de manière illégale et clandestine, et ce dans un but lucratif sous paravent humanitaire : et donc l’opération ne mériterait-il pas une considération judiciaire autrement plus grave ?

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            Mais, pour l’opinion publique, le plus important peut-être est de dépasser les questions strictement juridiques pour aborder l’essentiel, à savoir les questions éthiques dans la pratique de l’action humanitaire, auquel le public de donateurs a le droit d’être informé :

        1 – Y a-t-il encore des soi-disant sauveurs de l’humanité qui sollicitent des dons pour des transferts d’enfants à l’étranger qu’ils n’ont jamais rencontrés ni identifiés eux-mêmes sur leur lieu de vie ? Dans un communiqué du 28 avril 2007, l’association annonçait « 10 000 enfants orphelins au Darfour », sans citer aucune source, mais le livre du fondateur de l’Arche de Zoé témoigne de ce que, dans ses « évaluations initiales » sur le terrain, il n’a rencontré aucun des enfants dont ses interlocuteurs lui ont simplement « parlé ».
Un semblant de sélection était opéré sur les enfants accueillis dans la première phase, mais sur la base des informations données par les chefs de village payés pour aller les « sauver »… Les enfants étaient interrogés par traducteur interposés : que vaut la traduction des dires d’un enfant arraché à sa famille ou à son village, et qui a pu être manipulé, « pour son bien »  ?

        2 – Comment est-il possible d’opérer un tel détournement de la signification éthique des mots ? Sous prétexte de trouver des familles pour des enfants « garantis orphelins de père et de mère, de moins de 5 ans et risquant la mort », l’action, en réalité, a consisté à chercher des enfants pour répondre a posteriori à la demande (de bonne foi) de familles qui avaient payé d’avance. L’association avait créé un mouvement d’adhésion et de candidatures de plusieurs centaines de familles : il fallait donc répondre à cette demande, avant fin 2007, pour ne pas les décevoir, et aller chercher des enfants avant d’avoir identifié les enfants correspondant aux critères annoncés. Sans avoir aucun dossier individuel, ni aucune certitude sur leurs âge, identité et état de santé ?
Qui peut affirmer d’emblée qu’un enfant est orphelin, et à l’identité garantie, dans un camp de réfugiés en Afrique, même dans une situation dans une zone frontalière de conflit ?

        3 – Comment la sélection des familles (de bonne foi) a-t-elle pu se faire sur simple dossier, sans jamais avoir procédé à un entretien préparatoire par des professionnels compétents, susceptibles d’assurer le suivi de l’accueil, en cas de problèmes – naturellement inévitables ? L’accueil d’enfants présentés comme traumatisés et déracinés ne s’improvise pas…

        4 – Comment peut-on demander aux parents d’accueil « de faire une déclaration d’entrée sur le territoire français aux autorités préfectorales, afin que celles-ci assurent un suivi particulier de l’enfant », ce qui constituerait une sorte de « fait accompli » pour forcer la main de ces autorités ? Pourquoi serait-ce les parents qui devraient porter le soupçon d’accueil irrégulier d’enfants étrangers sur sol français ? Avec des frais d’avocats à la charge des familles, peut-être pendant des années, puisque les documents signés déchargent l’association de tout frais juridique ultérieur…

        5 – Comment peut-on demander à des personnels paramédicaux de faire des faux pansements et bandages à une centaine d’enfants, pour simuler une opération de sauvetage médical d’urgence ?Pourquoi alors, dans le dossier d’inscription des familles candidates à l’accueil, est-il exigé que « la famille d’accueil s’engage à faire passer (à l’enfant) un examen médical (…) afin de s’assurer de son bon état de santé »

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        6 – A-t-on idée qu’il puisse encore y avoir des opérations de transferts de populations pour sauvetage humanitaire sans aucune information aux autorités (du pays d’origine comme du pays d’accueil), en dissimulant jusqu’au dernier moment – par mensonge délibéré (supposé sécuriser les enfants) – à toutes les parties prenantes locales, familles d’origine, chefs de village, leaders communautaires, autorités de tutelle, et à leur propre personnel engagé pour accueillir temporairement les enfants, que ces enfants étaient destinés à partir et à vivre en France ?

        Le public doit savoir que parmi les acteurs humanitaires, ce lamentable bluff de l’Arche de Zoé n’a pas seulement suscité l’indignation commune, mais surtout de la colère. Rien de tel qu’une opération de ce genre pour donner aux Etats les moins disposés à l’action humanitaire une magnifique occasion de vitupérer l’action des ONG qui « sous prétexte d’action humanitaire, font n’importe quoi… et même illégalement »

        Pourtant, les professions humanitaires tentent de maintenir un haut niveau de règles éthiques, fondées sur l’expérience surmontée d’années d’échecs, d’erreurs, et parfois de perversions. Au XX ème siècle, certain-e-s fondateurs-trices d’organisations humanitaires ont pu engager des actions-commandos qui, avec les lunettes juridiques et éthiques d’aujourd’hui, seraient inacceptables.
Mais il est d’autant plus déplorable de voir des gens se lancer, cinquante ans plus tard, dans des opérations de communication à but lucratif, modèles supposés de story-telling humanitaire, au mépris des lois, des règles éthiques et surtout des leçons apprises.

source : Comité de la Charte

        L’avocat de l’Arche de Zoé déclarait en 2007 que » si les membres de l’association ont œuvré dans l’illégalité, c’est dans une illégalité formaliste, et non pas une illégalité qui permettrait de penser à une quelconque escroquerie à l’humanitaire. »
Dans certaines circonstances, il faut savoir désobéir, pour raisons de conscience, mais en construisant sur des faits, des vérités et des convictions. On ne construit pas la désobéissance civile sur le mensonge. Il ne suffit plus aujourd’hui de prétendre faire le bien : il faut pouvoir le prouver.

        N’est pas l’Abbé Pierre qui veut.

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Autres billets de ce blog,
à titre de réflexion
sur l’identité et les enjeux de l’action humanitaire :

 » Haïti : l’adoption n’est pas une action d’urgence  »
 » L’humanité, fichez-lui la paix ! »
 » Le reste muet de la politique (Michel Foucault)  »
 » Martin Hirsch : le réalisme renforce la conviction  »
 » De partout, des gens se lèvent et parlent  »
 » Humanitaire, idéologie et… humanité  »
 » Multinationales et ONG : la danse du ventre ?  »
 » Des ONG pataugent dans l’économie-fumier  »
 » La chute du Mur de l’humanitaire ? »
 » Le fourre-tout de ce que l’on demande aux ONG  »
 » Otages … de l’humanitaire ? »
«  De l’éthique sur l’étiquette des ONG  »
 » Edmond kaiser : d’un autre âge ? « 

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La communication rend-elle fou ?

23.09.12

C’est tout de même un paradoxe qu’une vidéo nulle sur Mahomet (au point qu’on ne peut s’empêcher d’y voir une stratégie planifiée dans un contexte qui n’est pas neutre…) suscite  tant d’émotion, de heurts, de manifestations, alors que la mort de 30 000 Syriens depuis 1 an et demi ne suscite aucune réaction internationale…

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Ce monde serait-il plus malade que pendant la Guerre Froide ?
On craignait alors l’embrasement général par une guerre atomique, et on a le sentiment qu’aujourd’hui un embrasement pourrait émerger, n’importe quand, d’une vulgaire vidéo lancée en orbite sur … Youtube…
Ce monde serait-il dirigé, non pas par des élus responsables et compétents, mais indirectement grâce à des média interposés et complaisants, par une bande de pauvres types et de gamins irresponsables et hystériques ?

Charb, rédacteur en chef de Charlie-Hebdo,
con, béat et satisfait…

Jusqu’à Charlie Hebdo qui a flairé le big business avec deux coups de crayon, tout en jouant les vierges effarouchées devant  tant d’émotion…
Même le porte-parole de la Maison-Blanche a donné son opinion sur l' »initiative » de Charlie-Hebdo !

Tout cela est ridicule, pitoyable et lamentable.

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PS : Comment va-t-on nourrir les 3 milliards d’enfants
qui vont naître dans les 50 ans à venir ?


Qu’est-ce que le berlusconisme ? « Cochon est beau »

27.12.11

Lors de l’émission de radio  » La suite dans les idées « ,
diffusée sur France-Culture le 26 novembre 2011,
Paolo Flores d’Arcais
,
animateur de la revue italienne MICROMEGA
a défini  le « berlusconisme  » comme suit :

Question : Est-ce que Berlusconi a démissionné sous la pression des marchés financiers?

Réponse : « Berlusconi était déjà dans une crise politique interne au sein de sa majorité depuis des années, notamment avec Mr Fini, président de la Chambre des Députés. Finalement ce sont les marchés financiers qui ont donné le coup de grâce, parce que Berlusconi a décidé de démissionner quand il a vu que les actions de ses entreprises baissaient énormément. C’est donc pour sauver son propre patrimoine, et non pas pour des raisons de noblesse civique… Mais il faut bien savoir que le berlusconisme  n’est pas complètement fini. Il a l’intention de continuer à avoir du pouvoir…

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Question : Le berlusconisme n’est pas une idéologie, mais une manière de a faire de la politique. Comment  un Premier Ministre peut-il être éjecté par les marchés financiers ? Quelle est l’autonomie de la démocratie politique aujourd’hui ?

Réponse :  » C’est un paradoxe qu’en Italie, un gouvernement, qui n’est pas issu des élections, a cependant la majorité la plus écrasante depuis la dernière guerre. Les partis ne voulaient pas de ce gouvernement, mais ils ont voté la confiance d’une façon presque plébiscitaire. Il faut souligner que ce n’est pas la démocratie qui a été mise entre parenthèses par la technocratie, mais la « partitocratie » – qui était aussi une vidéocratie – qui a été suspendue par ses propres contradictions. On est bien loin d’un système démocratique qui fonctionne réellement, mais ce qu’on avait avec Berlusconi n’était pas du tout de la démocratie, il faut bien le dire…

Question : Comment définir le « berlusconisme  » ?

Réponse :  » J’ai écrit il y a quelques années que le berlusconisme était le « poutinisme » de l’Occident, ce qui a toujours été pris pour une exagération. » Poutinisme » sans violence, car les journalistes ne sont pas encore assassinés,  mais en essayant la « mort civile » pour le journalisme qui est, par nature, critique vis- à vis du pouvoir. Dans son essence, le « poutinisme » est comme le « berlusconisme : il essaye d’empêcher toutes les forces critiques du pouvoir, autrement dit tout ce qui peut contrôler le pouvoir et le gouvernement. Les deux forces principales de contrôle sont les journalistes pluralistes et la justice, la magistrature libre, honnête et indépendante. (…)

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Question : Le « poutinisme » serait donc un système intégré dans lequel il n’y aurait aucune séparation des pouvoirs, contrairement au progrès des démocraties occidentales où les domaines, notamment le droit, les media et l’économie sont autonomes par rapport à la politique.
Là, c’est le mouvement inverse d’intégration des différents pouvoirs. Pour vous, est-ce la remise en cause de l’idée même de démocratie ?

Réponse : » C’est une pratique des pouvoirs comme patrimoine personnel privé. C’est très clair dans le poutinisme : la privatisation de l’Etat soviétique a été faite en donnant  à des personnes du pouvoir politique l’exploitation du gaz, des matières premières,etc…
Même chose en Italie :  on a utilisé tous les biens publics comme patrimoines privés de Berlusconi et de ses amis. L’exemple le plus frappant a été celui des fréquences radio et TV à travers l’industrie stratégique FINMECANICA. Stratégique parce qu’elle construit des armements, mais aussi des systèmes de sécurité contre les armements des adversaires. Cette firme, contrôlée par l’Etat, a eu une influence énorme parce que sur le marché international des armes, certaines ont été livrées illégalement à des gouvernements avec une corruption énorme, et tout cela était géré comme le patrimoine des amis de Berlusconi.
(…)

La patrimonisation privée du bien public est au coeur de la mentalité de Berlusconi qui parle toujours de la « hazienda italiana« , l’entreprise italienne. Un pays n’est pas une entreprise, dans laquelle il y aurait un patron et des subordonnés. Berlusconi trouvait incroyable que la Constitution donne des limites au patron…(…)

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Berlusconi n’aurait jamais été Premier Ministre sans les télévisions. Il est resté au pouvoir pendant 17 ans (presque autant que Mussolini), y compris par le pouvoir d’influence pendant les quelques années de gouvernement de la gauche. Berlusconi et les medias, c’est vraiment « 1984 » de G.Orwell, c’est à dire la capacité, à travers la saturation médiatique quotidienne, de renverser le sens des mots et de procéder à un renversement de valeurs.

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Il y a toujours eu de la corruption qui existait bien avant Berlusconi. Mais qu’a-t-il apporté ?
Quand auparavant on découvrait de la corruption, les politiciens essayaient de trouver une justification, ou de nier l’avoir fait… Avec Berlusconi on a commencé à se vanter de la corruption, de dire que c’était bien… On ne parle plus de corruption mais de « nouvel élan de la productivité »… Quand un juge découvrait des crimes, le problème n’ètait pas les crimes des « cols blancs », mais le juge lui-même, qui prétendait empêcher les politiciens de faire ce qu’ils voulaient. Comme ils avaient élus du peuple, ils avaient « le droit » de faire n’importe quoi…Ce renversement des valeurs, c’est vraiment le monde d’Orwell…

Un dessinateur de bandes dessinées avait prévu tout cela en racontant l’histoire du Père Cochon qui dit au fils Cochon : «  Finalement, c’est le moment de dire avec orgueil : Cochon est beau. » C’est cela le Berlusconisme… (…)

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Les structures du pouvoir ont été transformées en Italie au niveau des valeurs vécues, au niveau anthropologique. « Propriété publique » était considérée, en général, comme propriété de toutes les personnes, de moi comme de tous les autres. Mais ce manque de sens civique, de sens de l’Etat, de sens du bien commun est une drogue qui se répand partout. Ce mépris de ce qui est public est promu par des minorités.

Il faut revenir aux valeurs fondamentales de la convivialité démocratique.
Comment peut-on parler de démocratie sans parler d’égalité ?

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Steve Jobs : de résurrection en résurrection…

8.09.11

            Le discours que Steve Jobs, fondateur d’Apple, a prononcé en 2005 à l’intention des nouveaux diplômés de l’Université de Stanford (US) est disponible sur plusieurs sites, mais l’Abrincate est heureux de participer à sa diffusion :

            « C’est un honneur de me trouver parmi vous aujourd’hui et d’assister à une remise de diplômes dans une des universités les plus prestigieuses du monde. Je n’ai jamais terminé mes études supérieures. A dire vrai, je n’ai même jamais été témoin d’une remise de diplômes dans une université. Je veux vous faire partager aujourd’hui trois expériences qui ont marqué ma carrière. C’est tout.
Rien d’extraordinaire. Juste trois expériences.

Steve Jobs jeune – source photo

         « Pourquoi j’ai eu raison de laisser tomber l’université »

         La première concerne les incidences imprévues. J’ai abandonné mes études au Reed College au bout de six mois, mais j’y suis resté auditeur libre pendant dix-huit mois avant de laisser tomber définitivement.
        Pourquoi n’ai-je pas poursuivi ?
       Tout a commencé avant ma naissance. Ma mère biologique était une jeune étudiante célibataire, et elle avait choisi de me confier à des parents adoptifs. Elle tenait à me voir entrer dans une famille de diplômés universitaires, et tout avait été prévu pour que je sois adopté dès ma naissance par un avocat et son épouse. Sauf que, lorsque je fis mon apparition, ils décidèrent au dernier moment qu’ils préféraient avoir une fille. Mes parents, qui étaient sur une liste d’attente, reçurent un coup de téléphone au milieu de la nuit : « Nous avons un petit garçon qui n’était pas prévu. Le voulez-vous ? » Ils répondirent :« Bien sûr».
Ma mère biologique découvrit alors que ma mère adoptive n’avait jamais eu le moindre diplôme universitaire, et que mon père n’avait jamais terminé ses études secondaires. Elle refusa de signer les documents définitifs d’adoption et ne s’y résolut que quelques mois plus tard, quand mes parents lui promirent que j’irais à l’université.

             Dix-sept ans plus tard, j’entrais donc à l’université. Mais j’avais naïvement choisi un établissement presque aussi cher que Stanford, et toutes les économies de mes parents servirent à payer mes frais de scolarité. Au bout de six mois, je n’en voyais toujours pas la justification. Je n’avais aucune idée de ce que je voulais faire dans la vie et je n’imaginais pas comment l’université pouvait m’aider à trouver ma voie. J’étais là en train de dépenser tout cet argent que mes parents avaient épargné leur vie durant. Je décidai donc de laisser tomber. Une décision plutôt risquée, mais rétrospectivement c’est un des meilleurs choix que j’aie jamais faits. Dès le moment où je renonçais, j’abandonnais les matières obligatoires qui m’ennuyaient pour suivre les cours qui m’intéressaient.
         Tout n’était pas rose. Je n’avais pas de chambre dans un foyer, je dormais à même le sol chez des amis. Je ramassais des bouteilles de Coca-Cola pour récupérer le dépôt de 5 cents et acheter de quoi manger, et tous les dimanches soir je faisais 10 kilomètres à pied pour traverser la ville et m’offrir un bon repas au temple de Hare Krishna. Un régal. Et ce que je découvris alors, guidé par ma curiosité et mon intuition, se révéla inestimable à l’avenir. Laissez-moi vous donner un exemple : le Reed College dispensait probablement alors le meilleur enseignement de la typographie de tout le pays. Dans le campus, chaque affiche, chaque étiquette sur chaque tiroir était parfaitement calligraphiée. Parce que je n’avais pas à suivre de cours obligatoires, je décidai de m’inscrire en classe de calligraphie. C’est ainsi que j’appris tout ce qui concernait l’empattement des caractères, les espaces entre les différents groupes de lettres, les détails qui font la beauté d’une typographie. C’était un art ancré dans le passé, une subtile esthétique qui échappait à la science. J’étais fasciné.
          Rien de tout cela n’était censé avoir le moindre effet pratique dans ma vie. Pourtant, dix ans plus tard, alors que nous concevions le premier Macintosh, cet acquis me revint. Et nous l’incorporâmes dans le Mac. Ce fut le premier ordinateur doté d’une typographie élégante. Si je n’avais pas suivi ces cours à l’université, le Mac ne posséderait pas une telle variété de polices de caractères ni ces espacements proportionnels. Et comme Windows s’est borné à copier le Mac, il est probable qu’aucun ordinateur personnel n’en disposerait. Si je n’avais pas laissé tomber mes études à l’université, je n’aurais jamais appris la calligraphie, et les ordinateurs personnels n’auraient peut-être pas cette richesse de caractères. Naturellement, il était impossible de prévoir ces répercussions quand j’étais à l’université. Mais elles me sont apparues évidentes dix ans plus tard.

            On ne peut prévoir l’incidence qu’auront certains événements dans le futur ; c’est après coup seulement qu’apparaissent les liens. Vous pouvez seulement espérer qu’ils joueront un rôle dans votre avenir. L’essentiel est de croire en quelque chose – votre destin, votre vie, votre karma, peu importe. Cette attitude a toujours marché pour moi, et elle a régi ma vie.

           « Pourquoi mon départ forcé d’Apple fut salutaire »
           Ma deuxième histoire concerne la passion et l’échec. J’ai eu la chance d’aimer très tôt ce que je faisais. J’avais 20 ans lorsque Woz [Steve Wozniak, le co-fondateur d’Apple N.D.L.R.] et moi avons créé Apple dans le garage de mes parents. Nous avons ensuite travaillé dur et, dix ans plus tard, Apple était une société de plus de 4 000 employés dont le chiffre d’affaires atteignait 2 milliards de dollars. Nous venions de lancer un an plus tôt notre plus belle création, le Macintosh, et je venais d’avoir 30 ans.
            C’est alors que je fus viré. Comment peut-on vous virer d’une société que vous avez créée ? C’est bien simple, Apple ayant pris de l’importance, nous avons engagé quelqu’un qui me semblait avoir les compétences nécessaires pour diriger l’entreprise à mes côtés et, pendant la première année, tout se passa bien.
Puis nos visions ont divergé, et nous nous sommes brouillés. Le conseil d’administration s’est rangé de son côté. C’est ainsi qu’à 30 ans je me suis retrouvé sur le pavé. Viré avec perte et fracas. La raison d’être de ma vie n’existait plus. J’étais en miettes.

           Je restais plusieurs mois sans savoir quoi faire. J’avais l’impression d’avoir trahi la génération qui m’avait précédé – d’avoir laissé tomber le témoin au moment où on me le passait. C’était un échec public, et je songeais même à fuir la Silicon Valley. Puis j’ai peu à peu compris une chose – j’aimais toujours ce que je faisais. Ce qui m’était arrivé chez Apple n’y changeait rien. J’avais été éconduit, mais j’étais toujours amoureux. J’ai alors décidé de repartir de zéro.
Je ne m’en suis pas rendu compte tout de suite, mais mon départ forcé d’Apple fut salutaire. Le poids du succès fit place à la légèreté du débutant, à une vision moins assurée des choses. Une liberté grâce à laquelle je connus l’une des périodes les plus créatives de ma vie.
           Pendant les cinq années qui suivirent, j’ai créé une société appelée NeXT et une autre appelée Pixar, et je suis tombé amoureux d’une femme exceptionnelle qui est devenue mon épouse. Pixar, qui allait bientôt produire le premier film d’animation en trois dimensions, Toy Story , est aujourd’hui la première entreprise mondiale utilisant cette technique. Par un remarquable concours de circonstances, Apple a acheté NeXT, je suis retourné chez Apple, et la technologie que nous avions développée chez NeXT est aujourd’hui la clé de la renaissance d’Apple. Et Laurene et moi avons fondé une famille merveilleuse.
           Tout cela ne serait pas arrivé si je n’avais pas été viré d’Apple. La potion fut horriblement amère, mais je suppose que le patient en avait besoin. Parfois, la vie vous flanque un bon coup sur la tête. Ne vous laissez pas abattre. Je suis convaincu que c’est mon amour pour ce que je faisais qui m’a permis de continuer. Il faut savoir découvrir ce que l’on aime et qui l’on aime. Le travail occupe une grande partie de l’existence, et la seule manière d’être pleinement satisfait est d’apprécier ce que l’on fait. Sinon, continuez à chercher. Ne baissez pas les bras. C’est comme en amour, vous saurez quand vous aurez trouvé. Et toute relation réussie s’améliore avec le temps. Alors, continuez à chercher jusqu’à ce que vous trouviez.

            « Pourquoi la mort est la meilleure chose de la vie »
           Ma troisième histoire concerne la mort. A l’âge de 17 ans, j’ai lu une citation qui disait à peu près ceci : « Si vous vivez chaque jour comme s’il était le dernier, vous finirez un jour par avoir raison. » Elle m’est restée en mémoire et, depuis, pendant les trente-trois années écoulées, je me suis regardé dans la gla-ce le matin en me disant : « Si aujourd’hui était le dernier jour de ma vie, est-ce que j’aimerais faire ce que je vais faire tout à l’heure ? » Et si la réponse est non pendant plusieurs jours à la file, je sais que j’ai besoin de changement.
          Avoir en tête que je peux mourir bientôt est ce que j’ai découvert de plus efficace pour m’aider à prendre des décisions importantes. Parce que presque tout – tout ce que l’on attend de l’extérieur, nos vanités et nos fiertés, nos peurs de l’échec – s’efface devant la mort, ne laissant que l’essentiel. Se souvenir que la mort viendra un jour est la meilleure façon d’éviter le piège qui consiste à croire que l’on a quelque chose à perdre. On est déjà nu. Il n’y a aucune raison de ne pas suivre son cœur.

       Il y a un an environ, on découvrait que j’avais un cancer. A 7 heures du matin, le scanner montrait que j’étais atteint d’une tumeur au pancréas. Je ne savais même pas ce qu’était le pancréas. Les médecins m’annoncèrent que c’était un cancer probablement incurable, et que j’en avais au maximum pour six mois. Mon docteur me conseilla de rentrer chez moi et de mettre mes affaires en ordre, ce qui signifie : « Préparez-vous à mourir. » Ce qui signifie dire à ses enfants en quelques mois tout ce que vous pensiez leur dire pendant les dix prochaines années. Ce qui signifie essayer de faciliter les choses pour votre famille. En bref, faire vos adieux.
          J’ai vécu avec ce diagnostic pendant toute la journée. Plus tard dans la soirée, on m’a fait une biopsie, introduit un endoscope dans le pancréas en passant par l’estomac et l’intestin. J’étais inconscient, mais ma femme, qui était présente, m’a raconté qu’en examinant le prélèvement au microscope, les médecins se sont mis à pleurer, car j’avais une forme très rare de cancer du pancréas, guérissable par la chirurgie. On m’a opéré et je vais bien.


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              Ce fut mon seul contact avec la mort, et j’espère qu’il le restera pendant encore quelques dizaines d’années. Après cette expérience, je peux vous le dire avec plus de certitude que lorsque la mort n’était pour moi qu’un concept purement intellectuel : personne ne désire mourir. Même ceux qui veulent aller au ciel n’ont pas envie de mourir pour y parvenir. Pourtant, la mort est un destin que nous partageons tous. Personne n’y a jamais échappé. Et c’est bien ainsi, car la mort est probablement ce que la vie a inventé de mieux. C’est le facteur de changement de la vie. Elle nous débarrasse de l’ancien pour faire place au neuf. En ce moment, vous représentez ce qui est neuf, mais un jour vous deviendrez progressivement l’ancien, et vous laisserez la place aux autres. Désolé d’être aussi dramatique, mais c’est la vérité.
                 Votre temps est limité, ne le gâchez pas en menant une existence qui n’est pas la vôtre. Ne soyez pas prisonnier des dogmes qui obligent à vivre en obéissant à la pensée d’autrui. Ne laissez pas le brouhaha extérieur étouffer votre voix intérieure. Ayez le courage de suivre votre cœur et votre intuition. L’un et l’autre savent ce que vous voulez réellement devenir. Le reste est secondaire.
                Dans ma jeunesse, il existait une extraordinaire publication The Whole Earth Catalog , l’une des bibles de ma génération. Elle avait été fondée par un certain Stewart Brand, non loin d’ici, à Menlo Park, et il l’avait marquée de sa veine poétique. C’était à la fin des années 1960, avant les ordinateurs et l’édition électronique, et elle était réalisée entièrement avec des machines à écrire, des paires de ciseaux et des appareils Polaroid. C’était une sorte de Google en livre de poche, trente-cinq ans avant la création de Google. Un ouvrage idéaliste, débordant de recettes formidables et d’idées épatantes.

               Stewart et son équipe ont publié plusieurs fascicules de The Whole Earth Catalog . Quand ils eurent épuisé la formule, ils sortirent un dernier numéro. C’était au milieu des années 1970, et j’avais votre âge. La quatrième de couverture montrait la photo d’une route de campagne prise au petit matin, le genre de route sur laquelle vous pourriez faire de l’auto-stop si vous avez l’esprit d’aventure. Dessous, on lisait : « Soyez insatiables. Soyez fous. » C’était leur message d’adieu.
Soyez insatiables. Soyez fous. C’est le vœu que j’ai toujours formé pour moi. Et aujourd’hui, au moment où vous recevez votre diplôme qui marque le début d’une nouvelle vie, c’est ce que je vous souhaite.

             Soyez insatiables.  Soyez fous.
             Merci à tous.
»

Steve Jobs
Fondateur d’Apple
A l’Université de Stanford (US) en 2005

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Au-delà de l’estime sincère que ce discours personnel génère pour son auteur, on ne peut passer par pertes et profits – c’est le cas de le dire – les critiques formulées par des ONG, notamment chinoises, sur les conditions de travail des employés des sociétés sous-traitantes qui fabriquent les produits Apple. Sans avoir les moyens de juger de la réalité de ces critiques, on peut cependant rester attentif à ce que ces ONG affirment. Par exemple :

 » Ma Jun et la responsabilité d’Apple  » (Source de l’info)

Ma Jun, le directeur du Centre de Recherche sur l’Environnement. une ONG chinoise, explique :

« Apple clame être une des entreprises les plus vertes du monde. La raison en est très simple : Apple n’a pas d’usine, la totalité de sa production est sous-traitée. Ce sont donc ses sous-traitants qui polluent pour elle.

Même si les sous traitants d’Apple sont les principaux responsables sont de cette situation, c’est aussi parce qu’ils n’ont aucune solution pour obtenir plus de profits du côté de leur client qu’ils font pression, soit sur les employés, soit sur l’environnement. »

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En avril 2010, diverses ONG mondiales, sous la présidence de Ma Jun, ont enquêté sur 29 grandes compagnies des hautes technologie. Apple était classé dernier et n’a jamais commenté à ce sujet. Cette année, Ma Jun a réitéré son constat.

« Beaucoup de sociétés pointées du doigt ne souhaitaient pas répondre. Les associations ont envoyé des centaines d’email, organisé beaucoup de rencontres et de conférences à distance. Beaucoup ont à ce jour commencé à entreprendre des actions concrètes. La seule compagnie à n’avoir jamais envoyé la moindre réponse, c’est Apple, en fort contraste par rapport à toutes les autres. »

Les ouvriers intoxiqués de United Win envoient une lettre à Steve Jobs

Ces derniers jours, les ex-employés de United Win ont décidé d’envoyer collectivement une lettre au PDG d’Apple, Steve Jobs, dans laquelle ils décrivent ce qu’ils ont subi.

« Nous espérons qu’Apple exerce un plus grand contrôle sur ses sous-traitants, et que votre compagnie aide à débloquer le dossier au sujet de nos compensations. »

Encore aucune réponse à ce jour. »

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On peut consulter le rapport intégral sur Apple (en anglais) de l’ONG de Mr MA JUN sur le site :

The Other Side of Apple: Investigative Report into Heavy Metal Pollution in the I.T. Industry (Phase IV): Special Apple Inc. Edition  –  Publisher: IPE    Date of Issue: 2011-01-25

Mr MA JUN participe à un débat sur l’information écologique en Chine à la TV Chinoise CCTV (en anglais)


La surprise du plaisir de lire

11.02.10

 » Il y a beaucoup de mauvaises raisons de ne pas avoir envie de lire un livre dont on ne sait rien.
Aussi la joie et la surprise sont-elles grandes lorsque, passant outre ses réserves, on découvre un roman réjouissant et riche, inventif et mélancolique.
Après avoir reculé devant un argument que l’on pensait rebattu, une histoire que l’on croyait avoir lue et relue ailleurs, voilà que l’on se surprend à lire tout haut tel ou tel passage, telle ou telle formule, oscillant entre émotion et fou rire, à cocher et à surligner des lignes, des paragraphes entiers, à se demander pourquoi diable personne n’avait jamais pensé à dire auparavant ces choses de cette façon, puisque c’est à la fois si drôle et si juste ; et l’on se rend compte, finalement, que la nuit a passé sans que l’on ait (suffisamment) dormi, mais que peu importe : de tels moments, de tels romans, en équilibre
impeccable entre sérieux et légèreté, entre profondeur et humour, on n’en a pas trois cent soixante-cinq par an non plus… »

Benjamin Fau
(« Le Monde » – 28.01.10)

 à propos du livre :  » LE SÉRIEUX DES NUAGES  »
de Denis Baldwin-Beneich. Actes Sud, 264 p., 20 €.

Sans avoir lu ce livre pour dire s’il correspond à ce jugement ou non,
on souligera seulement à quel point on aimerait lire
un maximum de livres
dont la critique commencerait ainsi…

 

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Dans le « Monde des livres » du 13.11.09,
un dossier sur le coaching littéraire.

Définition ?

« A la différence du conseil, où le client vient voir un « sachant » (médecin, comptable, avocat.etc) le coaching postule que le client est porteur de la solution. Le coach est là pour l’aider à en accoucher… »

Un éditeur favorable au coach littéraire :
 » 95 % des textes qui nous arrivent sont innommables. Non seulement ils sont impropres à la publication, mais ils sont totalement illisibles. Ils auraient grand besoin de transiter par quelqu’un qui opère, sur le fond comme sur la forme,  une mise aux normes éditoriales. Ensuite, je ne vois pas pourquoi quelqu’un qui a une bonne histoire, mais qui écrit mal,  ne pourrait pas décider d’investir en faisant appel à un coach.  A condition, bien sûr, que ce dernier ait toutes le qualités de sérieux, d’honnêteté et de doigté nécessaires. »

Un éditeur défavorable au coach littéraire :

«  Dès qu’on a le sentiment que quelque chose est possible avec un auteur, on le reçoit et on travaille avec lui.  Si je comprends bien,  le coaching serait une sorte de système B, qui viendrait à la rescousse de maisons n’ayant pas d’éditeurs susceptibles de faire ce travail auprès de l’auteur ? Je trouve cela d’autant plus étrange que le coach en question, qui est payé par l’auteur pour être à son service, est supposé l’aider à réussir dans une maison d’édition où… il n’est pas décisionnaire. Je  ne vois pas comment cette mode pourrait prendre en France. »

A priori, on pencherait plutôt du côté de celui qui est contre, car celui qui favorable requiert une « mise aux normes éditoriales« , ce qui laisse suspicieux, à moins que ce soit une maladresse de langage.

 

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Ah ! si BHL avait pris un coach-renifleur,
qui aurait reniflé  l’imposture de Mr Botul…

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De toute façon, ami et collègue blogueur,
même si on raconte que les blogs
sont en perdition avec la marée de Facebook et Twitter
(deux jolis noms de copains pour une bande dessinée, non ?),
 » il n’y a pas photo  » :
un blog, c’est la liberté,
on n’est contraint de négocier avec personne,
ça ne rapporte rien,
mais ça ne coûte rien non plus,
et , hors de toute idée de valeur d’échange,
c’est un loisir et un plaisir.

  

 

Internet et sécurité des jeunes

10.10.09

Pour les enfants et les jeunes comme pour les adultes, Internet est un outil fantastique qui répond à de nombreux besoins d’information, de loisirs, d’éducation, de travail, d’échanges matériels, et de vie sociale.
A l’occasion d’une conférence internationale sur la  » Sécurité des enfants et des jeunes sur Internet « , il a été glané les quelques informations suivantes sur quelques aspects de la protection des enfants et des jeunes dans l’utilisation des nouvelles technologies d’information.

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En vrac :

Les réseaux sociaux (« social networking« ) sont des communautés d’individus ou d’organisations, en relation directe ou indirecte, rassemblées en fonction de centres d’intérêts commun ou dans le cadre de la vie professionnelle.

Cela signifie :
– plus de 300 millions d’utilisateurs actifs
– un utilisateur moyen a 130 « amis » sur le site
– plus de 2 milliards de photos sont téléchargées (uploaded) chaque mois
– plus de 14 millions de videos sont telechargées chaque mois
– plus de 2 miliards de contenus (web links, blog posts,photos.etc…) sont partagés chaque semaine
– plus de 350 000 applications actives fonctionnent sur Facebook Platform
– plus de 65 millions d’utilisateurs actifs ont accès à Facebook par leur appareils mobiles
– plus de 180 opérateurs de téléphonie mobile dans 60 pays font la promotion des produits Facebook.

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Un enfant passe :
–  50 heures par an à s’entretenir seul avec ses parents ;
–  850 heures par an  avec ses professeurs à l’école ;
– 1 500 heures par an devant un écran (cinéma, TV, ordinateur, console de jeux, Internet, téléphone mobile, i-phone, etc). Soit entre 3 et 5 heures en moyenne par jour.
Addendum : il n’y aura désormais plus de vacances scolaires … puisque l’utilisation des technologies d’information personnelle est encore plus fort pendant les vacances

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    Mais certains intervenants mentionnent quelques aspects inquiétants :
         – toutes les informations et tous les savoirs, dans tous les domaines, étant disponibles sur Internet, immédiatement et sur simple click : certains jeunes ont tendance à considérer qu’il n’est plus nécessaire d’entretenir et de développer leur mémoire (puisque « Google est là…);
        – chez les adolescents (âge de la recherche d’identité) la notion de culture individuelle est sérieusement malmenée : les technologies d’information semblent plus largement utilisées pour se promouvoir (émotions, photos, vidéos, etc) dans une démarche presque exclusivement narcissique que pour recevoir et s’enrichir. Le succès de Facebook et de la course aux statistiques du nombre « d’amis » le prouve.

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Des enseignants s’interrogent : une spécialiste EU a fait une recherche sur les blogs individuels d’enseignants, qui, dans l’ensemble sont désemparés et se plaignent de ne pas être formés ni compétents dans l’utilisation des technologies d’information. Globalement, leurs demandes concernent les « 3 V » : Qu’est-ce qui est VALIDE ? Que faut-il VALORISER ? Que faut-il rendre VISIBLE ?

Quel type de citoyenneté une génération nourrie dès la naissance par les technologies d’information pratiquera-t-elle ? Quelle forme de citoyenneté faut-il promouvoir à l’école si l’on tient compte de ce nouveau contexte technologique ? Les enfants ont l’autonomie d’accès sur les technologies, mais cette autonomie ne signifie pas la maîtrise des outils : comment développer chez les enfants leur « empowerment » ?

Les enseignants, par ailleurs, constatent, comme tout le monde, que les enfants jouent beaucoup sur Internet et sur l’ordinateur (hors usage d’Internet) : comment utiliser le jeu dans le processus d’apprentissage ? Quels Quels « >sont les cadres pédagogiques ? Quels produits existent ? Comment sont-ils validés sur le plan pédagogique ? etc…

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 300 ou 5 000 « amis » ?

Une compagnie antivirus (« SOPHOS ») a fait un test sur FACEBOOK en créant une grenouille fictive verte appelée «FREDDI STAUR» (anagramme de « ID Fraudster ») en mentionnant quelques informations basiques supposées personnelles. (Voir le site ci-dessous)


200 demandes de contacts ont été créés (« Veux-tu être mon ami-e ? ») pour voir combien de personnes répondent, et quel degré d’information les répondants sont prêts à donner sur eux-mêmes.
Résultats :
87 des 200 utilisateurs de Facebok contactés ont répondu, dont 82 ont donné des informations personnelles (soit 41 % des contacts recherchés);
72 % ont divulgué un ou plusieurs détails de leur adresse email;
– 84 % des répondants ont donné leur date de naissance;
87 % ont donné des détails sur leur niveau d’éducation ou leur travail;
78 % ont donné leur adresse à jour ou leur lieu d’habitation (ville, etc)
23 % ont donné leur numéro de téléphone
26 % ont donné leur « pseudo » (« messaging screenname »)

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Quels sont les risques les plus fréquents et les plus graves
pour les enfants et les jeunes sur Internet ?

– Ne plus voir de différences entre monde réel et monde virtuel
– Donner ses informations personnelles (dates de naissance, adresse, photo, numéro de téléphone, « pseudo« ,etc…)
– Etre incité à dépenser son argent de poche sur des jeux en ligne
– Etre en contact avec des documents pornographiques et/ou violents
– Rencontrer en réalité un contact établi virtuellement.
– Etre agressé, oralement par video, ou humilié publiquement par écrit sur un site,etc…
– « Online sexual abuse through webcams » : être témoins d’abus sexuels par transmission via caméras
– « Sex trips agencies » (des agences contactent des jeunes par Internet pour des rendez-vous dans des appartements loués pour un ou deux jours, dans leur ville, le temps de tourner un film porno, pour lequel on leur propose de les rémunérer en cash sur le champ. Toute trace disparaît en moins d’une journée).

 Breaking news : l’innovation récente – et donc la priorité des prochains congrès et séminaires internationaux sur la sécurité des enfants sur Internet – est le  » GROOMING « . A savoir : la technique consiste pour des adultes à entrer en contact avec des mineurs, en prenant tout le temps nécessaire pour susciter sa confiance par l’établissement d’une relation amicale et affective, visant à détecter ses faiblesses, ses frustrations (parfois par contact réguliers via Internet pendant plusieurs mois) pour lui donner ensuite le sentiment d’être « la seule personne » à le comprendre et à pouvoir répondre à son attente.
 
 
Sites utiles :
 
  » Digital Manifesto »
42 recommandations faites au législateur et aux autorités politiques par une coalition d’ONG britanniques (texte en anglais)
 
 
 Le site de SOPHOS : la Grenouille verte FREDDI STAUR
 
 « WILD WEB WOODS » –  Jeu pour enfants en version française
 
 European Network for Information Security (ENISA)
Cliquer sur version française pour conseils aux parents
Site du gouvernement français a l’intention des parents
INSAF _ European network of e-safety awareness nodes (texte en version française)
 
 
 

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Un « Docteur Folamour du Cyberespace » ?

25.09.09

DECLARATION D’INDEPENDANCE DU CYBERESPACE

 » Gouvernements du monde industriel, géants fatigués de chair et d’acier, je viens du cyberespace, nouvelle demeure de l’esprit. Au nom de l’avenir, je vous demande, à vous qui êtes du passé, de nous laisser tranquilles. Vous n’êtes pas les bienvenus parmi nous. Vous n’avez aucun droit de souveraineté sur nos lieux de rencontre.

Nous n’avons pas de gouvernement élu et nous ne sommes pas près d’en avoir un, aussi je m’adresse à vous avec la seule autorité que donne la liberté elle-même lorsqu’elle s’exprime. Je déclare que l’espace social global que nous construisons est indépendant, par nature, de la tyrannie que vous cherchez à nous imposer. Vous n’avez pas le droit moral de nous donner des ordres et vous ne disposez d’aucun moyen de contrainte que nous ayons de vraies raisons de craindre.

Les gouvernements tirent leur pouvoir légitime du consentement des gouvernés. Vous ne nous l’avez pas demandé et nous ne vous l’avons pas donné. Vous n’avez pas été conviés. Vous ne nous connaissez pas et vous ignorez tout de notre monde. Le cyberespace n’est pas borné par vos frontières. Ne croyez pas que vous puissiez le construire, comme s’il s’agissait d’un projet de construction publique. Vous ne le pouvez pas. C’est un acte de la nature et il se développe grâce à nos actions collectives.

Vous n’avez pas pris part à notre grande conversation, qui ne cesse de croître, et vous n’avez pas créé la richesse de nos marchés. Vous ne connaissez ni notre culture, ni notre éthique, ni les codes non écrits qui font déjà de notre société un monde plus ordonné que celui que vous pourriez obtenir en imposant toutes vos règles.

Vous prétendez que des problèmes se posent parmi nous et qu’il est nécessaire que vous les régliez. Vous utilisez ce prétexte pour envahir notre territoire. Nombre de ces problèmes n’ont aucune existence. Lorsque de véritables conflits se produiront, lorsque des erreurs seront commises, nous les identifierons et nous les réglerons par nos propres moyens. Nous établissons notre propre contrat social. L’autorité y sera définie selon les conditions de notre monde et non du vôtre. Notre monde est différent.

Le cyberespace est constitué par des échanges, des relations, et par la pensée elle-même, déployée comme une vague qui s’élève dans le réseau de nos communications. Notre monde est à la fois partout et nulle part, mais il n’est pas là où vivent les corps.

Nous créons un monde où tous peuvent entrer, sans privilège ni préjugé dicté par la race, le pouvoir économique, la puissance militaire ou le lieu de naissance.

Nous créons un monde où chacun, où qu’il se trouve, peut exprimer ses idées, aussi singulières qu’elles puissent être, sans craindre d’être réduit au silence ou à une norme.

Vos notions juridiques de propriété, d’expression, d’identité, de mouvement et de contexte ne s’appliquent pas à nous. Elles se fondent sur la matière. Ici, il n’y a pas de matière.

Nos identités n’ont pas de corps; ainsi, contrairement à vous, nous ne pouvons obtenir l’ordre par la contrainte physique. Nous croyons que l’autorité naîtra parmi nous de l’éthique, de l’intérêt individuel éclairé et du bien public. Nos identités peuvent être réparties sur un grand nombre de vos juridictions. La seule loi que toutes les cultures qui nous constituent s’accordent à reconnaître de façon générale est la Règle d’Or. Nous espérons que nous serons capables d’élaborer nos solutions particulières sur cette base. Mais nous ne pouvons pas accepter les solutions que vous tentez de nous imposer.

Aux États-Unis, vous avez aujourd’hui créé une loi, la loi sur la réforme des télécommunications, qui viole votre propre Constitution et représente une insulte aux rêves de Jefferson, Washington, Mill, Madison, Tocqueville et Brandeis. Ces rêves doivent désormais renaître en nous.

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Vous êtes terrifiés par vos propres enfants, parce qu’ils sont les habitants d’un monde où vous ne serez jamais que des étrangers. Parce que vous les craignez, vous confiez la responsabilité parentale, que vous êtes trop lâches pour prendre en charge vous-mêmes, à vos bureaucraties. Dans notre monde, tous les sentiments, toutes les expressions de l’humanité, des plus vils aux plus angéliques, font partie d’un ensemble homogène, la conversation globale informatique. Nous ne pouvons pas séparer l’air qui suffoque de l’air dans lequel battent les ailes.

En Chine, en Allemagne, en France, en Russie, à Singapour, en Italie et aux États-Unis, vous vous efforcez de repousser le virus de la liberté en érigeant des postes de garde aux frontières du cyberespace. Ils peuvent vous préserver de la contagion pendant quelque temps, mais ils n’auront aucune efficacité dans un monde qui sera bientôt couvert de médias informatiques.

Vos industries de l’information toujours plus obsolètes voudraient se perpétuer en proposant des lois, en Amérique et ailleurs, qui prétendent définir des droits de propriété sur la parole elle-même dans le monde entier. Ces lois voudraient faire des idées un produit industriel quelconque, sans plus de noblesse qu’un morceau de fonte. Dans notre monde, tout ce que l’esprit humain est capable de créer peut être reproduit et diffusé à l’infini sans que cela ne coûte rien. La transmission globale de la pensée n’a plus besoin de vos usines pour s’accomplir.

Ces mesures toujours plus hostiles et colonialistes nous mettent dans une situation identique à celle qu’ont connue autrefois les amis de la liberté et de l’autodétermination, qui ont eu à rejeter l’autorité de pouvoirs distants et mal informés. Nous devons déclarer nos subjectivités virtuelles étrangères à votre souveraineté, même si nous continuons à consentir à ce que vous ayez le pouvoir sur nos corps. Nous nous répandrons sur la planète, si bien que personne ne pourra arrêter nos pensées.

Nous allons créer une civilisation de l’esprit dans le cyberespace. Puisse-t-elle être plus humaine et plus juste que le monde que vos gouvernements ont créé.« 

Davos (Suisse), le 8 février 1996.

John Perry Barlow, Cognitive Dissident Co-Founder, Electronic Frontier Foundation Home

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Dans 30 ans, cette Déclaration restera-t-elle dans les archives comme une chimère d’un Docteur Folamour du cyberespace, ou bien comme véritablement prophétique, au sens où tout avocat pourra plaider avec ces arguments pour défendre des clients virtuels…

En réalité, peut-on en même temps affirmer :

d’une part :
 » Vous n’avez aucun droit de souveraineté sur nos lieux de rencontre. »(…) »Vous n’avez pas le droit moral de nous donner des ordres et vous ne disposez d’aucun moyen de contrainte que nous ayons de vraies raisons de craindre. »

et d’autre part :

« Nous croyons que l’autorité naîtra parmi nous de l’éthique, de l’intérêt individuel éclairé et du bien public. » (…) « Lorsque de véritables conflits se produiront, lorsque des erreurs seront commises, nous les identifierons et nous les réglerons par nos propres moyens. Nous établissons notre propre contrat social. L’autorité y sera définie selon les conditions de notre monde et non du vôtre. Notre monde est différent. »

Albert Camus disait .

 » On commence toujours par vouloir la justice
et on finit toujours par créer une police. »

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