Indignation No 4/4 : Une sonde Rosetta pour Chibok ?

14.04.16

Pourquoi donc la chaîne de télévision CNN choisit-elle de rendre publique, le 14 avril, une une photo de 15 des 276 jeunes filles kidnappées par Boko Haram dans leur école de la ville de Chibok, au nord-est du Nigeria ?  (dixit la presse) ?
Comment est-ce possible qu’il n’y ait strictement aucune trace de ces presque 300 adolescentes, dont les medias affirment qu’elles ont probablement pour être vendues comme esclaves sexuelles ou comme chair à canon d’attentats kamikazes ?

Supposons qu’un canard soit trouvé mort, victime de la grippe aviaire, un matin sur plage du Sri Lanka… Le monde entier en sera informé le soir même par toutes les TV du monde.
Mais on n’a toujours aucune trace des adolescentes nigériannes…

Faut-il demander à l’Organisation Mondiale de la Santé d’appliquer ses protocoles ?
Faudra-t-il demander à l’ESA de construire une sonde « Rosetta 2 »
pour se poser sur la comète de Boko Haram ?

Deux ans sans avoir la moindre indication
de la localisation de près de 300 jeunes filles kidnappées ?
Vraiment ???

Mission-Rosetta-cinq-choses-a-savoir-sur-la-mission-de-Philae

 

 


Indignation No 3/4 : Quels jeunes Mr Wauquiez fréquente-t-il ?

14.04.16

 » On propose donc de donner 250 euros à des jeunes qui ne sont pas étudiants, pour des étudiants et des jeunes qui n’ont même pas commencé à travailler… »
Voilà ce que Mr Wauquiez, président de la région Rhone-Alpes-Auvergne, pense des décisions du gouvernement en faveur des jeunes ce 11 avril.
 » Des jeunes qui ne sont pas étudiants » vous vous rendez compte ? Est-ce à dire qu’un-e jeune qui n’a pas fait d’études supérieures mérite encore moins qu’un-e étudiant-e d’être aidé à trouver du travail ?
 » Des jeunes qui n’ont même pas commencé à travailler… » Mr Wauquiez mériterait un prix spécial du Jury du Grand Prix du Maire de Champignac:
Voir le site : http://www.distinction.ch/LD.Champignac/LD.champignac.candidats.htm

Une classe politique de minables…

Il faut être au contact d’étudiant-e-s qui, même au stade avancé de leurs études supérieures, déséspèrent de trouver non seulement un emploi, mais même un simple stage, qui plus est, indispensable pour valider leur formation.
Mr Wauquiez a-t-il été une fois avoir été sollicité par une étudiante (Master 2) de 27 ans, qui  suppliait de la prendre en stage, et qui proposait même de payer l’institution pour y faire un stage, « car il ne faut pas qu’il y ait un seul « trou » dans mon CV »...

Mr Wauquiez se rappelle-t-il de ce qui était apparu en 2005 sous le nom de « Génération Stagiaire ».
(…) Grâce à plusieurs enquêtes menées depuis 2006, on connaît les marges de progression d’année en année. En 2006, il y avait environ 800 000 stagiaires. En 2010, ils étaient 1,2 million, et selon notre dernière estimation, 1,5 million en 2011. Depuis la crise de 2008, on peut donc dire que le nombre de stagiaires a doublé. »(…)
Libération – 9 août 2013 (http://www.liberation.fr/societe/2013/08/09/aujourd-hui-le-stage-phagocyte-tout_923875

interns_not_slaves_youth_internship_jobs_credit-european-youth-forum_facebook


Indignation No 2/4 : Des mineurs étrangers non accompagnés par centaines

14.04.16

Des centaines et plus probablement des milliers de jeunes, encore mineurs, mais sans représentant légal, se présentent parmi les migrants.

MENA
source : http://www.tdg.ch

Est-ce qu’il y aurait un pays qui pourrait comprendre l’opportunité que représentent ces mineurs, à condition de les accueillir et de leur expliquer le « donnant-donnant » d’un droit d’asile ou d’un titre de séjour (apprentissage de la langue, pas d’infraction pénale, formation professionnelle), pour occuper un certain nombre de métiers pour lesquels la démographie locale est défaillante ? Sans grand risque de regroupement familial…
L’immense majorité de ces mineurs est prête à s’en tenir aux termes de marché proposé, dans leur intérêt comme dans l’intérêt du pays d’accueil.

                  Mais le bon sens, c’est probablement trop compliqué !!!

                          Qui osera ?


On préfère savoir qu’ils disparaissent (« ôte-toi de ma vue !« ) dans la clandestinité, pour ensuite grossir les budgets policiers et judiciaires afin de lutter contre le grand banditisme, ou de les retrouver chez Daesh ?


Indignation No 1/4 : L’Europe expire à Idomeni…

14.04.16

Depuis deux mois, 12 000 migrants et/demandeurs d’asile sont bloqués à Idomeni, à la frontière grèco-macédonienne. Arrivés avant la décision de fermer les frontières et ne pouvant imaginer de quitter la Grèce (pour aller où?), ils vivent depuis plusieurs mois dans des conditions déplorables et indignes.
Dimanche dernier (10.04.2016), il y eut 300 blessés au cours d’une émeute du désespoir, les policiers macédoniens ayant utilisé des balles en caoutchouc et des gaz lacrymogènes sans discrimination sur hommes, femmes, enfants, vieillards… non armés.

GREECE-MACEDONIA-EUROPE-MIGRANTS

Si on considère comme acquis que les Etats sont des monstres froids, qu’ils n’ont ni sentiments, ni amis et que seuls leurs intérêts priment sur toute autre considération, alors on peut demander s’il n’y aurait pas par hasard un pays d’Europe qui se dirait que finalement ce serait bon pour son image internationale que de dire : « nous fermons nos frontières, comme les autres membres de l’Union Européenne, mais nous décidons de recevoir ces 12 000 migrants qui ont fui la mort et qui ont été piégés, en se trouvant par le hasard d’une date, devant une frontière close, par une décision prise début mars et applicable dans les 3 jours. »
Il n’y aura pas d’appel d’air, puisqu’il n’y aura pas d’ouverture de frontières…

Qui osera ?

A défaut, qui financerait un paquebot nommé « Exodus 2 »
pour les envoyer sur une île du Pacifique ?
Pitoyable Europe !!!

 


Comment travaillait J.S.Bach ?

14.02.16

Voici quelques extraits de la remarquable biographie de J.S.Bach
écrite par Sir John Eliot GARDINER,
grâce à un impressionnant travail d’archives:
 » Musique au château du ciel
Un portrait de Jean-Sébastien BACH »

(Flammarion – 770 pages – 2014)

Bach

Extrait du Chapitre 7 (page 307): John Mathias Gasner, Directeur de la Thomasschule (Leipzig), et témoin oculaire  des répétitions  dirigées par Bach, au début des années 1730, écrit dans un courrier à un correspondant :

 » Si tu pouvais voir Bach (…) comment non seulement il chante sa mélodie d’une voix forte et tient sa propre partie, mais fait attention à tous en même temps et, parmi ses trente ou quarante  musiciens, ramène au rythme et à la mesure celui-ci par un geste de la tête, celui-là en tapant du pied, un troisième en le menaçant du doigt, et donne le ton quand il le faut à l’un en voix aiguë, à l’autre en voix de basse, à un troisième en voix médiane ; et comment lui seul, au beau milieu du jeu le plus bruyant des musiciens, alors qu’il a lui-même à jouer la partie la plus difficile de toutes, il remarque aussitôt si et où quelquechose ne va pas, assure la cohésion de tous, apporte son aide partout, et rétablit l’ensemble s’il chancelle, mesurant le rythme dans tous ses membres, et saisissant à lui seul toutes les harmonies par son oreille très fine, à lui seul émettant de sa gorge exiguë les parties chantées par tous. »

Gasner est tellement effaré que, dans le règlement de son école qu’il rédige quelques années plus tard, il édicte:  » Il est parfois nécessaire que le cantor délègue le soin d’indiquer la mesure à un préfet, afin d’être libre de se déplacer d’un groupe à l’autre de l’ensemble pour contrôler que tout se déroule comme il faut. »

********

Ailleurs dans ce même livre, on trouve ces quelques mots griffonnés par Albert Einstein en marge d’une lettre à l’éditeur de la revue Reclams Universum, en date  du 24 mars 1928 :

 » Voici tout ce que j’ai à dire à propos de l’oeuvre de Bach :
écoutez-la, jouez-la, aimez-la, vénérez – la,  et taisez-vous. »

  220px-Johann_Sebastian_Bach


Rob Lawrie : quelles leçons apprises ?

24.01.16

Nul ne doute, sur le plan humain, de la sincérité ni de la légitimité du geste de l’ancien militaire britannique Rob Lawrie, qui a cédé à la pression d’un père afghan, réfugié près de Calais, qui le suppliait d’emmener sa fille chez d’autres membres de sa famille déjà installés à proximité de son domicile en Angleterre.

Rob-Lawrie-pequena-Bahar-Francia_82502046_236867_1706x960
source photo

Mais certaines réactions publiques de différentes personnalités – tout aussi honorables – nous amènent cependant à une certaine prudence : dans le passé, plusieurs situations d’urgence humanitaire dramatique ont aussi été l’occasion de gestes spontanés  de sauvetages d’enfants, soit par des personnes à titre individuel, soit par des associations, y compris des ONG.

On rappellera l’avion de l’épouse d’un ancien président italien qui avait convoyé, en 1994, après le génocide, une bonne centaine d’enfants du Rwanda pour adoption en Italie.
Ou encore l’opération-commando, en 2004, d’un groupe de religieux américains qui avaient emmené une trentaine d’enfants que leurs parents suppliaient de les évacuer de Haîti « pour leur donner un avenir« , après le tremblement de terre. Ces religieux  ont été arrêté à l’aéroport de Port-au-Prince pour « enlèvement d’enfants ».

Mais la question fondamentale posée reste la suivante : comment peut-on concilier le secours immédiat d’un être humain en détresse, et éviter ainsi la « non-assistance à personne en danger »  avec la célérité nécessaire, sans pour autant être poursuivi pour enlèvement, voire trafic d’enfants ?

C’est là que des décennies d’expérience de l’action humanitaire nous permettent de penser ceci :
La France est le pays d’origine de quantité d’ONG humanitaires capables de répondre à des situations d’urgence de réfugiés dans le monde entier et dans les 48 heures… avec les compétences et les moyens appropriés, et en se coordonnant en bonne intelligence.

A Calais et alentour, de milliers de réfugiés pataugent nuit et jour dans la boue avec des centaines d’enfants depuis des mois, en plein hiver…
Alors que ces mêmes gouvernements subventionnent des centaines d’ONG pour des actions humanitaires d’ugences au-delà de 5 000 kms, on découvre avec effarement qu’il est impossible d’organiser un camp de 2 500 personnes à Calais.
Plusieurs ONG font ce qu’elles peuvent, et même si le gouvernement vient de faire installer des appartements-containers pour 250 familles… on a l’impression – minable – après plusieurs mois, qu’il est beaucoup plus simple de coordonner une action conjointe Gouvernement-ONG (parfois même avec l’aide logistique de l’armée) à plus de 5 000 kms que sur territoire français, à 300 kms de Paris …
«  Orbi « , oui peut-être, mais sûrement pas  » urbi « …

Calais-apres-la-jungle-toujours-la-jungle

Quant au destin des enfants, dans le cas précis, cette fillette a de la famille en Angleterre : il eût été élémentaire d’imaginer que des procédures juridiquement acceptables, sinon totalement légales, puissent être facilitées pour des regroupememts familiaux de ce type, y compris avec le père.

Pourquoi les enfants n’auraient-ils pas le droit au regroupement familial avec leurs parents ? Parce que les enfants n’ont pas les moyens de protester, ni de se plaindre sur BFM-TV ?
Cela sert à quoi d’avoir en permanence le discours, à longueur de buzz médiatiques, sur l » intérêt supérieur de l’enfant « , si on n’est pas fichu de résoudre un cas comme celui de cette fillette ? L’acte individuel de Rob Lawrie est respectable – d’autant qu’il a reconnu de lui-même avoir commis une erreur : il a eu le mérite d’attirer l’attention publique sur ce type de situation : rien que pour cela, il doit être remercié.

**********

Ce qui précède n’est-il qu’une perspective humanitaire, une surenchère juridique de plus provenant d’ONG militantes irresponsables ?
Non, il suffit de lire le jugement d’un tribunal britannique dont « Le Monde  » du 22 janvier (page 3) :

 » La décision rendue mercredi 20 janvier par le tribunal de l’immigration et de l’asile de Londres pourrait faire jurisprudence. (…) Le jugement, qui allègue le non-fonctionnement des règles européennes sur l’asile, pourrait accroître la pression sur la frontière.(…) Le tribunal était saisi par quatre jeunes demandeurs d’asile syrien (dont 3 mineurs), dont deux souffraient de stress post-traumatiques. Mettant en avant les « intolérables » conditions de vie dans le camp de fortune de Calais et la présence de membres de leurs familles au Royaume-Uni, leur avocat a obtenu un jugement ordonnant leur droit immédiat à être admis sur le sol britannique pour y formuler une demande d’asile auprès du Home Office. La décision s’appuie sur l’article de la Convention européenne des droits de l’homme, dont l’article 8 protège le droit de toute personne au respect de « sa vie privée et familiale. »(…) Les juges ont estimé qu’un document écrit montrant qu’ils avaient effectivement demandé l’asile en France suffisait à prouver leur demande de protection. « 

Autrement dit, la Convention de Dublin permettait de justifier le refus du Royaume-Uni parce que la première demande d’asile avait été déposée en France… Les juges ont estimé que la demande de protection n’était donc pas honorée par la France et qu’il fallait donc admettre leur arrivée dans leur famille déjà présente Outre-Manche…

BRITAIN-EUROPE-MIGRANTS

PS : Pour être complet, on pourrait ajouter, à l’adresse du tribunal britannique, qu’il aurait pu aussi faire valoir la Convention relative aux droits de l’enfant ratifiée par le Royaume-Uni stipule, en ce qui concerne les mineurs, dans son Article 22

1. Les Etats parties prennent les mesures appropriées pour qu’un enfant qui cherche à obtenir le statut de réfugié ou qui est considéré comme réfugié en vertu des règles et procédures du droit international ou national applicable, qu’il soit seul ou accompagné de ses père et mère ou de toute autre personne, bénéficie de la protection et de l’assistance humanitaire voulues pour lui permettre de jouir des droits que lui reconnaissent la présente Convention et les autres instruments internationaux relatifs aux droits de l’homme ou de caractère humanitaire auxquels lesdits Etats sont parties.

2. A cette fin, les Etats parties collaborent, selon qu’ils le jugent nécessaire, à tous les efforts faits par l’Organisation des Nations Unies et les autres organisations intergouvernementales ou non gouvernementales compétentes collaborant avec l’Organisation des Nations Unies pour protéger et aider les enfants qui se trouvent en pareille situation et pour rechercher les père et mère ou autres membres de la famille de tout enfant réfugié en vue d’obtenir les renseignements nécessaires pour le réunir à sa famille. Lorsque ni le père, ni la mère, ni aucun autre membre de la famille ne peut être retrouvé, l’enfant se voit accorder, selon les principes énoncés dans la présente Convention, la même protection que tout autre enfant définitivement ou temporairement privé de son milieu familial pour quelque raison que ce soit. »


Qu’est-ce qu’une identité culturelle ?

14.01.16

Dans la foire d’empoigne que constitue le débat actuel sur les identités, il est reposant de relire ce que disait le philosophe Paul RICOEUR (cité dans le No 44 de Décembre 2015 de la « Revue des Cèdres ») :

 » A la différence d’un outillage qui se conserve, se sédimente, se capitalise, une tradition culturelle ne reste vivante que si elle se recrée sans cesse. La façon dont un peuple développe sa culture repose sur une loi de fidélité et de création : une culture meurt dès qu’elle n’est plus renouvelée, recréée; il faut que se lève un écrivain, un penseur, un sage, un spirituel pour relancer la culture et la risquer à nouveau dans une aventure est un risque total. Nous pouvons d’autant moins le prévoir que les grandes créations artistiques commencent toujours par quelques scandales : il faut d’abord que soient brisées les images fausses qu’un peuple, un régime se font d’eux-mêmes; la loi du scandale répond à la loi de la conscience fausse ; il est nécessaire qu’il y ait des scandales. Telle est la loi tragique de la création d’une culture, loi diamétralement opposée à la tranquille accumulation des outils qui constitue la civilisation. «  (…)

Paul RICOEUR, « Histoire et vérité » – Seuil 1964

 **********

Ce qui nous rappelle la fameuse et incontournable observation du philosophe Alain :

 » Tout homme persécute
s’il ne peut convertir.
A quoi remédie la culture
qui rend la diversité adorable. »

                                DSC08252

 


%d blogueurs aiment cette page :