L’argent du Tsunami : où est le scandale ?

Il faut d’abord rendre hommage à la Cour des Comptes française d’avoir procédé à une évaluation aussi complète de l’utilisation des fonds collectés par 32 ONG françaises pour les victimes du tsunami en 2004. Ses contrôleurs sont allés sur le terrain sans se contenter d’éplucher les comptes dans des bureaux parisiens. Du travail sérieux.

Ces 32 ONG ont collecté la somme totale de 323 millions d’euros.
Fin 2005, 165 millions d’euros, c’est à dire plus de 60 % n’avaient pas encore été dépensés : a priori, c’est choquant, puisque les donateurs ont réagi dans l’urgence et pour l’urgence. Où est la faille ? Probablement dans une perception médiatique spontanée des besoins des survivants : l’ampleur des besoins semblait à la mesure du caractère exceptionnel de la catastrophe qui - pour une fois - relevait de la pure fatalité.

Dans une mobilisation de cette envergure, il y a eu inévitablement des couacs, des erreurs d’appréciation, des défauts de coordination, des volontés de manipulation de divers côtés. Mais globalement, la plupart des ONG ont fait de leur mieux, chacune à sa manière. La seule ONG à avoir utilisé la totalité des fonds collectés , “Médecins sans frontières”, est celle qui a - fait nouveau - demandé au public de cesser les dons, lorsqu’elle a estimé ne plus être en mesure de les utiliser.

Dans ces situations-là, le dilemne est le suivant : le “surplus” reçu du public doit-il être affecté à la population pour laquelle les donateurs se sont mobilisés, mais pour des besoins à plus long terme, ou bien une ONG peut-elle décider de l’affecter à d’autres besoins, tout aussi urgents, pour d’autres populations, dans d’autres pays, qui ne bénéficient pas de la même couverture médiatique ?
Les jugements à l’emporte-pièce vont bon train : l’action humanitaire est par excellence le domaine où l’on passe, d’une minute à l’autre, de l’admiration la plus béate à la dénonciation la plus féroce…
On se reportera ici à un précédent billet de ce blog : “Le fourre-tout de ce que l’on demande aux O.N.G.”

Que dit Mr Philippe Seguin, Président de la Cour des Comptes, dans son Introduction au Rapport d’évaluation :
Il est plutôt rassurant que les associations n’aient pas tout dépensé tout de suite.(…) La précipitation et la volonté d’afficher de bons taux de consommation (des fonds) ont pu conduire en effet à des dépenses inutiles, inefficaces ou s’éloignant des objectifs de l’appel à la générosité publique.(…) Il est donc plutôt de bonne politique de ne pas avoir cherché à tout dépenser tout de suite.(…) C’est pourquoi il ne faut pas s’opposer par principe à une réaffectation à d’autres causes que le tsunami, si elle se fait avec l’accord des donateurs.
Le vrai enjeu - et donc la faute éventuelle - est plutôt à ce stade que dans la non-utilisation immédiate de la totalité des dons.
Que n’eût-on pas dénoncé si l’argent avait été intégralement dépensé, distribué dans les 10 semaines qui ont suivi la catastrophe…
Le public des donateurs n’a pas besoin d’une campagne sophistiquée de communication pour comprendre qu’il y a une échelle de temps pour répondre aux besoins de reconstruction sur un temps assez long et que l’argent bien dépensé doit pouvoir l’être aussi sur le moyen terme (3 à 5 ans) .

Sur les 32 ONG contrôlées, la Cour des Comptes fait état de “9 cas (où) nous avons assorti notre appréciation générale de recommandations et de notre préoccupation”(…) et “dans 8 cas (…) de véritables réserves sur la conduite d’actions sans rapport avec l’appel à la générosité publique et sur l’insuffisante rigueur avec laquelle ont enregistrés les dons ou l’absence de jusitificatifs pour certaines dépenses.”

Mais le rapport ajoute : ” Les frais de collecte et de fonctionnement sont restés très raisonnables et ont représenté moins de 5 % des fonds collectés.” Ce qui, globalement, constiture un progrès par rapport à certains pourcentages de frais administratifs révélés dans les décennies passées. Il faut cependant dire que le travail d’”alerte” avait été fait par les médias, quasiment en temps réel.

Une réserve pourtant : on aimerait que les ONG et organisations internationales communiquent aussi sur
- les montants des intérêts de l’argent non-dépensé et donc placé … quelque part,
- la manière dont les ONG les affecteront
- si les banques ont fait - ou feront - elles aussi un geste de solidarité sur l’affectation des bénéfices qu’elles en tirent.
Qu’y aurait-il de choquant si les ONG annonçaient que ces intérêts couvriront leurs frais de fonctionnement, ce qui leur permettrait de dire aux donateurs que 100 % de leurs dons sont dépensés effectivement pour les populations concernées ?

Une dernière info, parue dans “24 heures” (quotidien suisse romand) du 9 janvier 2007 :

“Le volume moyen de transactions sur les marchés des changes pourrait franchir cette année la barre des 3 000 milliards de dollars par jour. Cela représenterait une hausse de 50 % en 3 ans. Cette croissance phénoménale est alimentée par les hedge funds, les banques centrales et d’autres investisseurs comme les courtiers interbancaires”.

C’est ce qu’on pourrait appeler une sorte de “tsunami-stream”…

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