Rob Lawrie : quelles leçons apprises ?

24.01.16

Nul ne doute, sur le plan humain, de la sincérité ni de la légitimité du geste de l’ancien militaire britannique Rob Lawrie, qui a cédé à la pression d’un père afghan, réfugié près de Calais, qui le suppliait d’emmener sa fille chez d’autres membres de sa famille déjà installés à proximité de son domicile en Angleterre.

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Mais certaines réactions publiques de différentes personnalités – tout aussi honorables – nous amènent cependant à une certaine prudence : dans le passé, plusieurs situations d’urgence humanitaire dramatique ont aussi été l’occasion de gestes spontanés  de sauvetages d’enfants, soit par des personnes à titre individuel, soit par des associations, y compris des ONG.

On rappellera l’avion de l’épouse d’un ancien président italien qui avait convoyé, en 1994, après le génocide, une bonne centaine d’enfants du Rwanda pour adoption en Italie.
Ou encore l’opération-commando, en 2004, d’un groupe de religieux américains qui avaient emmené une trentaine d’enfants que leurs parents suppliaient de les évacuer de Haîti « pour leur donner un avenir« , après le tremblement de terre. Ces religieux  ont été arrêté à l’aéroport de Port-au-Prince pour « enlèvement d’enfants ».

Mais la question fondamentale posée reste la suivante : comment peut-on concilier le secours immédiat d’un être humain en détresse, et éviter ainsi la « non-assistance à personne en danger »  avec la célérité nécessaire, sans pour autant être poursuivi pour enlèvement, voire trafic d’enfants ?

C’est là que des décennies d’expérience de l’action humanitaire nous permettent de penser ceci :
La France est le pays d’origine de quantité d’ONG humanitaires capables de répondre à des situations d’urgence de réfugiés dans le monde entier et dans les 48 heures… avec les compétences et les moyens appropriés, et en se coordonnant en bonne intelligence.

A Calais et alentour, de milliers de réfugiés pataugent nuit et jour dans la boue avec des centaines d’enfants depuis des mois, en plein hiver…
Alors que ces mêmes gouvernements subventionnent des centaines d’ONG pour des actions humanitaires d’ugences au-delà de 5 000 kms, on découvre avec effarement qu’il est impossible d’organiser un camp de 2 500 personnes à Calais.
Plusieurs ONG font ce qu’elles peuvent, et même si le gouvernement vient de faire installer des appartements-containers pour 250 familles… on a l’impression – minable – après plusieurs mois, qu’il est beaucoup plus simple de coordonner une action conjointe Gouvernement-ONG (parfois même avec l’aide logistique de l’armée) à plus de 5 000 kms que sur territoire français, à 300 kms de Paris …
«  Orbi « , oui peut-être, mais sûrement pas  » urbi « …

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Quant au destin des enfants, dans le cas précis, cette fillette a de la famille en Angleterre : il eût été élémentaire d’imaginer que des procédures juridiquement acceptables, sinon totalement légales, puissent être facilitées pour des regroupememts familiaux de ce type, y compris avec le père.

Pourquoi les enfants n’auraient-ils pas le droit au regroupement familial avec leurs parents ? Parce que les enfants n’ont pas les moyens de protester, ni de se plaindre sur BFM-TV ?
Cela sert à quoi d’avoir en permanence le discours, à longueur de buzz médiatiques, sur l » intérêt supérieur de l’enfant « , si on n’est pas fichu de résoudre un cas comme celui de cette fillette ? L’acte individuel de Rob Lawrie est respectable – d’autant qu’il a reconnu de lui-même avoir commis une erreur : il a eu le mérite d’attirer l’attention publique sur ce type de situation : rien que pour cela, il doit être remercié.

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Ce qui précède n’est-il qu’une perspective humanitaire, une surenchère juridique de plus provenant d’ONG militantes irresponsables ?
Non, il suffit de lire le jugement d’un tribunal britannique dont « Le Monde  » du 22 janvier (page 3) :

 » La décision rendue mercredi 20 janvier par le tribunal de l’immigration et de l’asile de Londres pourrait faire jurisprudence. (…) Le jugement, qui allègue le non-fonctionnement des règles européennes sur l’asile, pourrait accroître la pression sur la frontière.(…) Le tribunal était saisi par quatre jeunes demandeurs d’asile syrien (dont 3 mineurs), dont deux souffraient de stress post-traumatiques. Mettant en avant les « intolérables » conditions de vie dans le camp de fortune de Calais et la présence de membres de leurs familles au Royaume-Uni, leur avocat a obtenu un jugement ordonnant leur droit immédiat à être admis sur le sol britannique pour y formuler une demande d’asile auprès du Home Office. La décision s’appuie sur l’article de la Convention européenne des droits de l’homme, dont l’article 8 protège le droit de toute personne au respect de « sa vie privée et familiale. »(…) Les juges ont estimé qu’un document écrit montrant qu’ils avaient effectivement demandé l’asile en France suffisait à prouver leur demande de protection. « 

Autrement dit, la Convention de Dublin permettait de justifier le refus du Royaume-Uni parce que la première demande d’asile avait été déposée en France… Les juges ont estimé que la demande de protection n’était donc pas honorée par la France et qu’il fallait donc admettre leur arrivée dans leur famille déjà présente Outre-Manche…

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PS : Pour être complet, on pourrait ajouter, à l’adresse du tribunal britannique, qu’il aurait pu aussi faire valoir la Convention relative aux droits de l’enfant ratifiée par le Royaume-Uni stipule, en ce qui concerne les mineurs, dans son Article 22

1. Les Etats parties prennent les mesures appropriées pour qu’un enfant qui cherche à obtenir le statut de réfugié ou qui est considéré comme réfugié en vertu des règles et procédures du droit international ou national applicable, qu’il soit seul ou accompagné de ses père et mère ou de toute autre personne, bénéficie de la protection et de l’assistance humanitaire voulues pour lui permettre de jouir des droits que lui reconnaissent la présente Convention et les autres instruments internationaux relatifs aux droits de l’homme ou de caractère humanitaire auxquels lesdits Etats sont parties.

2. A cette fin, les Etats parties collaborent, selon qu’ils le jugent nécessaire, à tous les efforts faits par l’Organisation des Nations Unies et les autres organisations intergouvernementales ou non gouvernementales compétentes collaborant avec l’Organisation des Nations Unies pour protéger et aider les enfants qui se trouvent en pareille situation et pour rechercher les père et mère ou autres membres de la famille de tout enfant réfugié en vue d’obtenir les renseignements nécessaires pour le réunir à sa famille. Lorsque ni le père, ni la mère, ni aucun autre membre de la famille ne peut être retrouvé, l’enfant se voit accorder, selon les principes énoncés dans la présente Convention, la même protection que tout autre enfant définitivement ou temporairement privé de son milieu familial pour quelque raison que ce soit. »

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Donc en guerre – mais surtout en résistance…

15.11.15

Les agressions et massacres revendiqués par Daesh à Paris, ce vendredi 13.11.15, nous convainquent – avec quelle violence ! – que nous sommes en guerre. Nous, c’est chacun-e d’entre nous, qui aurions pu fêter un anniversaire à la terrasse du Bar « Le Carillon », ce vendredi 13.11.2015 vers 22 heures….

En guerre oui, pour se défendre, mais contre qui ?
Contre la barbarie – sans hésitation, ni compromission, ni état d’âme – mais pas en guerre contre l’Islam. Si nous faisions de cette tragédie une guerre contre l’Islam, c’est céder du terrain à l’ennemi, en lui concédant qu’il s’agit bien d’un guerre de civilisation.

Xavier Raufer, criminologue, disait le 15.11.15 sur France Info qu’en réalité, personne ne sait exactement ce qui se cache derrière Daesh et son Califat. Il est possible – voire probable – que ce terrorisme, à répétition désormais hebdomadaire sur l’ensemble de la planète, ne soit d’inspiration religieuse que pour son drapeau, pour sa communication sur internet (y compris ses revendications invérifiables d’attentats) et ainsi recruter quelques milliers de paumés psychiatriques.

Ne serait-ce que pour nous défendre, nous n’avons pas d’autre pouvoir que de le déléguer aux élus, aux  militaires professionnels et aux services de renseignement.
Mais la situation n’entraîne pas seulement d’entrer en guerre, mais elle exige surtout d’entrer en résistance.
En résistance … pour maintenir les valeurs qui fondent notre vie collective, que les terroristes veulent détruire. Et cette résistance, c’est l’affaire – et le pouvoir – de chacune et chacun d’entre nous, pour maintenir allumée cette petite flamme de la conscience des droits humains fondamentaux, qui survit, même dans le tunnel de la guerre.

« Savoir craindre, c’est penser. Tenir c’est faire front »  disait le regretté André Gluksmann.
Et comme disait (qui ?) :  » La vérité ne meurt jamais, mais elle mène une existence misérable. »
Notre Histoire regorge de situations où des hommes et des femmes, même les plus anonymes, ont maintenu cette flamme dans les pires tempêtes. Il n’est nul besoin d’avoir fait l’Ecole Polytechnique pour avoir, ne serait-ce que l’intuition, même fragile, de chemins de la liberté et de la justice.

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Modestement, mais il se trouve que l’Abrincate a assisté, à Genève (CH)à la cérémonie annuelle de remise des Prix des Droits de l’homme par la Fondation Martin Ennals. Les trois nominés pour le Prix ont fait chaun-e l’objet d’un petit film de 10 minutes – et ces 3 témoignages méritent d’être écoutés :

Lien sur le site : http://www.martinennalsaward.org/index.php?lang=fr
Sur la page d’accueil du site, il faut aller à la deuxième vidéo (celle où l’on a une vue d’ensemble de la salle de remise des prix) :

Madame Asmaou DIALLO (Guinée) :
de 0h 24mn 50 sec à 0h 35 mn 06 sec
Monsieur Robert SANN AUNG (Birmanie) :
de 0h 42 mn 30 sec à 0h 54 mn
Monsieur Ahmed MANSOOR (Emirats Arabes Unis) – Premier Prix :
de 1 h 15 mn à 1 h 23 mn

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Un moment très émouvant : vendredi soir à Washington (USA), un groupe d’une vingtaine de jeunes, réuni en cercle autour de quelques bougies, a entamé une « Marseillaise » chantée avec une douceur infinie, une « presque-discrétion », sans spectateurs, pour eux-mêmes en tant que petit groupe qui a voulu en s’isolant exprimer la force du lien de solidarité qui les unit à la nation française – et comme le disait De Gaulle, ce chant (ce cri ?) « venait du fond des âges« …

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Voir sur le lien de France 2 :  Journal de 13 h le samedi 14.11.15
http://pluzz.francetv.fr/videos/jt_13h_,131967021.html
(aller directement à la minute 01 h 05 mn – Attention : l’extrait dure moins de 15 secondes mais il n’en est pas moins bouleversant)

 

 


Moncef Marzouki : un espoir en Tunisie ?

13.05.15

Voici la transcription d’extraits libres d’une interview orale, diffusée en direct, le 1 er mai, par la Radio Suisse Romande, de Mr Moncef MARZOUKI, précédent Président de la Tunisie pendant la période de transition.
Dans la nébuleuse médiatique où nous pataugeons tous un peu pour comprendre quelque chose aux événements du monde arabe, son analyse est assez éclairante (c’est nous qui soulignons les formulations qui nous paraissent importantes):

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Vous avez lancé il y a quelques jours le Mouvement du peuple et des citoyens, El Harak, pour promouvoir la citoyenneté auprès des Tunisiens. Le Tunisiens ne se sentiraient-ils pas encore citoyens ?

MM : Ecoutez actuellement, je peux dire que la Tunisie est un pays démocratique comme les autres. Nous sommes passés par une période intermédiaire assez difficile. Nous avons fait une Constitution commune et nous avons fait des élections. Nous sommes maintenant un pays démocratique normal, avec des gens qui gouvernent et des gens qui sont dans l’opposition. Moi, je suis dans une opposition à très long terme, une opposition de construction, parce que les objectifs de la révolution ne sont pas tous atteints.  Nous avons encore beaucoup de chemin pour installer un Etat démocratique : entre le rite démocratique et une société réellement démocratique il y a encore beaucoup de choses à faire et je me lance dans ce travail, justement pour promouvoir le concept de citoyenneté. Je vous donne juste un exemple : nous nous sommes battus pendant trente ans pour que le peuple puisse disposer de lui-même, pour le droit de vote, mais sur 8 millions de Tunisiens, 5 millions se sont inscrits sur les listes électorales et 3 millions ont voté, alors il y a un grand déficit et c’est probablement notre responsabilité à nous, hommes politiques : ce que je veux promouvoir c’est l’accès de tous les citoyens à ces droits pour lesquels nous nous sommes battus. Donc, beaucoup de travail à faire…

La Tunisie doit tourner la page Ben Ali, force est de constater que le nouveau président est aussi issu de ce système-là…  Est-ce qu’il va être difficile, avec le nouveau gouvernement, de tourner cette page-là ?

MM : Les gens s’imaginent que les processus démocratiques sont une espèce de chemin balisé qui va toujours dans le même sens, alors que les passages d’un Etat d’une dictature à une démocratie, c’est un mouvement lent, chaotique, difficile, avec des arrêts, des accélérations. Mais l’essentiel est qu’on aille dans la bonne direction. Il est sûr et certain que le chemin est encore très long. Effectivement, le paradoxe de ces élections, c’est qu’elles ont ramené démocratiquement – et je l’ai accepté –  une partie de l’ancien régime. Cela s’est vu dans toutes les révolutions où il y a eu un grand niveau d’attente de la part des populations. Il y a toujours une déception par rapport aux gens qui viennent immédiatement au gouvernement après une révolution, parce qu’en fait ils n’ont pas de baguette magique et il y a toujours une tendance à la « restauration » qui fait partie du processus lent de toute révolution. Donc je ne suis pas étonné qu’une partie de l’électorat a voté pour l’ancien régime et c’est pour cela que j’ai créé El Harak et dire « attention, vous êtes revenus par la démocratie et ne touchez pas à la démocratie, parce que là nous sommes prêts à nous battre de nouveau si jamais vous y touchez« . Il y a effectivement quelques signes, quelques journalistes en prison. Il y a des lois de protection de policiers qui sentent un peu l’ancien régime, une tentative de museler la presse… Ces vieux comportements qui ont été actifs pendant 50 ans, ils ne disparaissent pas, surtout quand ce sont les mêmes hommes.  Donc nous sommes là pour dire : « nous nous sommes battus pour cette démocratie et quand vous voyez le Parlement débattre d’une loi liberticide, vous dites : mais attendez, il n’en est pas question… » Il faut être très méfiant, très exigeant, mais il faut aussi être très patient, parce que nous sommes dans des processus historiques complexes qui prennent du temps. Ma génération a fini son travail : je m’efforce de former une nouvelle génération de leaders qui puissent continuer le combat parce que le problème, c’est que si le temps géologique, ça se compte en milliers d’années, le temps des peuples se compte en centaines d’années, le temps des individus en quelques dizaines d’années. La maturation d’un peuple, son arrivée à l’étape démocratique – pas seulement un Etat démocratique, mais une société démocratique – ça prend des décennies et des décennies. Moi, je n’ai été qu’une étape dans ce processus : je transmets le flambeau à d’autres qui, eux, continueront ce combat.

Moncef Marzouki
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Harak ne se veut pas un parti, mais un mouvement…

MM : C’est une mouvance, c’est un peuple de citoyens, ce n’est pas seulement le decorum, le rituel, les processus, les assemblées, ce sont des comportements, des attitudes, c’est une culture. C’est pourquoi, dans ce mouvement que je compte lancer, les aspects culturels et associatifs sont prédominants. L’aspect politique est secondaire, parce que nous  avons besoin d’un parti politique,  mais l’essentiel du travail se fera auprès des citoyens, auprès des jeunes pour les amener par exemple à s’inscrire dans les listes électorales, avec des explications de ce que sont les droits et devoirs des uns et des autres. Il y a tout un travail pédagogique à faire qui n’a pas été fait malheureusement pendant la dictature, au contraire, pendant la dictature, on a détruit toutes sortes de valeurs, notamment ce sens de la citoyenneté … Il faut maintenant reconstruire. (…)
Mon rêve, c’est d’être le « père spirituel » de ce mouvement. Je suis devenu Chef d’Etat, je ne peux pas monter plus loin… Je ne suis pas Sarkozy… je vois les choses de manière un peu plus complexe. Je voudrais vraiment mettre en place des processus, des expérimentations qui me survivent…

Comment voyez-vous la place de l’Islam politique en Tunisie ?

MM : J’ai toujours refusé de faire le distinguo entre laïc et islamiste. Pour moi la ligne rouge, c’est entre démocrate et anti-démocrate. Et dans cette famille démocrate, nous avons la chance d’avoir des islamistes démocrates, qui sont un peu l’équivalent des chrétiens-démocrates en Italie, donc des musulmans démocrates. Et de l’autre côté, des anti-démocrates qui sont aussi bien des laïcs que des islamistes. Il y a des islamistes antidémocrates, notamment les islamistes violents, armés, qui ne comprennent rien à la démocratie, qui la rejettent. Mais vous avez aussi des laïcs anti-démocrates : Ben Ali n’était pas islamiste… Pour moi la bataille politique doit être par les démocrates contre les antidémocrates. Tant que nous avons la chance en Tunisie d’avoir un parti qui accepte la démocratie, qui s’intègre à ce jeu démocratique, c’est un gain pour la démocratie. A la limite, la question qui se pose de plus en plus à ce genre de parti est de moins en moins idéologique et de plus en plus sociale. On ne lui demande plus maintenant « êtes-vous islamiste ou non ? » mais « quelle est votre position sur la réforme agraire, ou face à la corruption ? », etc. Donc on est, en Tunisie, en train de sortir de l’idéologie pour dire : ce sont des Partis de gouvernement, ils doivent résoudre les problèmes. La nouveauté c’est que « Ennhada » a accepté de s’associer avec un parti de l’ancien régime, un parti qui ne brille pas par son histoire démocratique : donc,  quel va être le résultat de ce mariage un peu bizarre … Moi, mon attitude vis-à-vis de n’importe quel parti n’a plus rien à voir avec les idéologies. Pour moi, l’idéologie, c’est de la fumée. On cache derrière les véritables intentions. Aujourd’hui les vraies questions en Tunisie comme dans les pays arabes, sont : comment répartir les richesses ? Comment combattre la corruption ? Comment faire décoller l’économie ? Et tout ce fatras idéologique en rapport avec les histoires de niqab, les histoires de ceci ou de cela, c’est tout simplement des tentatives de noyer le poisson et d’éviter de poser les vrais problèmes…

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Nous avons appris que la Tunisie était le principal pays pourvoyeur de recrues pour l’Etat islamique, pour Daech… Faites-vous confiance au gouvernement de ce pays pour lutter contre ce fléau ?

MM : La Tunisie est un pays curieux. C’est un pays arabe qui a le mouvement féministe le plus avancé, le mouvement démocratique le plus avancé, et en même temps nous sommes un grand fournisseur de terroristes. Mais il faut bien comprendre d’où ça vient. Pendant les 25 ans de dictature, une partie de l’opposition s’est renforcée dans le cadre de l’opposition démocratique, avec la société civile, etc, et une autre partie d’opposition islamiste fondée dans le refus et dans la violence, et au fond ces deux forces qui ont été créées sous la dictature, sont aujourd’hui « sur le marché ». Alors c’est vrai que nous exportons beaucoup de nos « desperados » de nos jeunes mais il ne faut pas oublier les Saoudiens, les Tchechènes, les Ouigours, que sais-je encore, des Européens… Le phénomène est international. Mais je voudrais ajouter juste sur l’attentat du Musée du Bardo : ces groupes s’attaquent à la culture (comme en Irak ou ailleurs) et c’est un message très fort. Ces gens disent « nous ne sommes plus de la même culture que vous » et la rupture est vraiment radicale. Nous sommes face à une radicalité totalement inconnue dans notre monde arabe, qui traduit la profondeur de la division dans le monde arabe et le danger d’une société radicalement éclatée. Mais il ne faut pas oublier que le « printemps arabe » a tiré le tapis sous les pieds de toute cette mouvance terroriste, djihadiste, qui se prenait pour la solution au problème de la dictature. D’une certaine façon, la dictature était très à l’aise de n’avoir en face d’eux que le terrorisme, et le terrorisme était très à l’aise de n’avoir en face de lui que la dictature. Et là arrive le « printemps arabe » pour dire « attention il y a une troisième force qui veut une transformation pacifique, démocratique », etc… et cela a pris de court aussi bien la dictature que le terrorisme, ce dernier déteste probablement plus le printemps arabe que la dictature. Et c’est pourquoi nous avons subi en Tunisie toutes ces attaques qui ont failli miner tout le processus, parce que à la limite ce que voulaient les uns et les autres, aussi bien la dictature que le terrorisme, c’est que nous, les démocrates, disparaissions du paysage pour qu’ils restent entre eux, se renforçant l’un et l’autre. La dictature sait très bien qu’elle a besoin du terrorisme pour se renforcer, pour se légitimer, et le terrorisme a besoin de la dictature pour exister, et donc aujourd’hui c’est de savoir si nous pourrons résister « entre le marteau et l’enclume », empêcher que le monde arabe soit pris entre le marteau et l’enclume et soit détruit aussi bien par la dictature que par le terrorisme.

La presse mentionne un jeune djihadiste suisse qui brandit une tête coupée…Qu’auriez-vous envie de dire à ce jeune homme suisse de 18 ans, converti à l’islam et qui s’apprête à partir pour le djihad ?

MM : Là, nous sommes dans l’irrationalité la plus totale. Ma première réaction est une réaction de honte dans la mesure où ces terroristes commencent par faire détester les islamistes. Moi je connais les islamistes, il y a des islamistes démocrates, des islamistes modérés, des islamistes imbuvables, c’est un spectre… Mais ce genre d’acte fait détester tous les islamistes, puis fait détester tous les musulmans et enfin fait détester l’islam et moi cela me fait mal ! Est-ce que les Suisses savent que 99 % des victimes du terrorisme islamiste sont des musulmans ? Nous sommes les premières victimes de cette folie, car c’est de la folie. Je suis un homme rationnel et j’ai du mal à expliquer ce type de comportement. Nous sommes doublement victimes parce que c’est nous qu’on tue, ce sont nos pays qu’on détruit, mais aussi  notre réputation. Je me mets à la place d’un Suisse moyen, qui voit ce genre de choses, et qui se dit « mais c’est quoi , ces sauvages  musulmans? » Or les musulmans n’ont rien à voir avec cela. Ces gens-là nous portent un tort terrible, alors nous sommes vraiment dans le psycho-pathologique, mais cela traduit aussi une réaction – je dis cela sans rien excuser – contre tellement d’injustice: ils sont allé beaucoup, beaucoup trop loin, et c’est devenu le problème de tous. On doit réfléchir à des solutions qui ne soient pas seulement sécuritaires, armées, etc, mais aussi face à toutes ces blessures psychologiques, ces mentalités de rejet de l’autre, qui entraînent l’islamophobie, etc…


Rocard :  » le vrai courage politique, ce serait de … »

11.08.13

Parfois on se dit que c’est étonnant à quel point les politiques s’expriment intelligemment … dès lors qu’ils ont quitté le pouvoir.
Cette remarque ironique ne s’applique pourtant pas à Michel Rocard, tel qu’il s’est exprimé dans une interview publiée par « France-Culture Papier » (été 2013), d’autant plus qu’il a fait la preuve de sa capacité de gestion intelligente lorsqu’il était Premier Ministre – et qu’il est donc crédible lorsque, dans cette interview, il remet les politiques à leur place :

             Question : «  Vous êtes en train de nous dire que vous n’accordez vous-même plus vraiment de crédit aux hommes politiques ?

            « Je suis plus critique vis-à-vis des grands universitaires, car c’est d’eux que devraient sortir les grands remèdes. Or, devant ces changements ultra-rapides que nous avons vécus depuis un demi-siècle, les savoirs se sont multipliés et intensifiés et plus personne ne peut posséder tout le savoir humain. (…) Les savoirs se sont spécialisés. Ma discipline qui s’appelle l’ « économie » est la plus ridicule des disciplines modernes, car elle n’a rien vu venir dans une crise qui est due pourtant à une mauvaise façon de penser l’économie. Elle a cherché à travers la mathématisation de ses enchaînements logiques à s’apparenter aux sciences dures pour essayer d’y gagner un égal respect.   C’était idiot, car la matière de base reste sociologique. L’économie s’est trompée, elle s’est coupée de la sociologie, de l’ergonomie, de la science du travail, de l’histoire et même de la politologie, de l’organisation du pouvoir.

            Isolée, (l’économie) nous a inventé un système fou, des paradigmes disant que le marché s’auto-équilibre. La nature s’est fâchée, elle est venue crier aux humains de mettre de la paix dans leurs affaires ; que nous disons des bêtises ; que ça ne se passe pas comme ça. L’économie est morte (…) de l’isolement de son propre savoir. C’est aux hommes de savoir qu’appartient la définition du diagnostic et surtout, du traitement : les politiques cueilleront les remèdes pour les vendre à l’opinion publique, rendra faisable et possible ce qui est jugé le meilleur par le savoir. Il redevient possible de demander aux politiques (…) une organisation de la vie collective. Ce métier doit toujours être fait, il est compliqué par la gravité de la crise.

           Mais la création de l’avenir, ne l’imputez pas aux politiques, s’il vous plaît ! Il ne faut pas oublier (…) que nous avons appris cet art de gouverner à l’abri d’un concept inouï, celui de la souveraineté nationale, du chacun chez soi. Il n’a que trois cents ans d’âge. (…) Mais la souveraineté nationale est maintenant à bout de course, parce que tous les problèmes que nous vivons nous sont communs : le désordre financier est mondial, l’endettement budgétaire excessif des Etats est  mondial, le chômage, l’impossibilité de faire fonctionner l’économie pour retrouver le plein emploi. Le réchauffement climatique  également n’a pas de frontière. Il faudrait gouverner à ce niveau-là, or il n’existe même pas les outils nécessaires. »

          « Le courage et l’imagination supposent des bases de départ concrètes que sont la connaissance et la compréhension., C’est du côté de la compréhension que pour le moment, nous sommes courts.(…) Ce n’est pas une crise, c’est vraiment autre chose, des phénomènes à traiter ensemble (émergence du chômage, précarité, pagaille financière, crise de la dette, réchauffement climatique), tout cela est un appel à l’intelligence, au travail intellectuel, il faudra peut-être du courage pour l’appliquer, mais le recours au courage ne sera nécessaire que quand nous aurons l’outil. »
           « Je pense profondément que la mise en cause de l’absolutisme et de la souveraineté nationale est l’urgence mondiale d’aujourd’hui. »

              Question : dans un sondage, 70% des sondés pensent que la France a besoin d’un chef et d’autorité. Ce sondage vous -t-il surpris ?

           « Hélas non ! Les sondés disent l’évidence, ils répondent naïvement avec la croyance que parce qu’il y aurait un seuls chef et beaucoup de pouvoirs attribués é ce chef, il serait éclairé, il comprendrait les mécaniques multiples qui, mondialement, jouent sur nous. Ce n’est pas vrai.
           L’art de gouverner ne peut être que collégial, par définition, par structure, par condition, pour capter la confiance et aussi l’information, fabriquer des analyses collectives, les outils d’analyse mentale pour en sortir. Mais voyez l’état de délabrement où l’opinion est laissée par le niveau actuel de l’information politique.
           Notre survie exige que nous sachions, tous ensemble, journalistes compris, donner la priorité au temps long, à la compréhension des mécanismes plutôt qu’à l’évènement. »

(source image)

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Par ailleurs, Michel Rocard est co-fondateur du
COLLECTIF ROOSEVELT
qui propose  » 3 chantiers prioritaires et 15 réformes  »
et auquel tout un chacun peut adhérer : voir le site
http://www.roosevelt2012.fr/


La marée pour tous…

28.05.13

De passage à Paris au moment de la  » Manif pour tous « , ce dimanche 26 mai, et curieux de humer l’air du temps autrement que par petits plats mijotés par les journaux télévisés, l’Abrincate a flâné parmi les manifestants, par curiosité, et en a tiré quelques impressions…
Pour l’analyse du sujet sur le fond, se reporter à un autre billet de ce blog.

L’immense majorité des manifestants étaient en couple ou en famille, et visiblement, des familles avec enfants sont venus pour défier les avertissements du Ministre de l’Intérieur qui, la veille, avait insisté pour que les familles n’amènent pas leurs enfants : les medias se sont donc précipités pour interviewer les familles :

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Tous les ingrédients nécessaires à une manifestation festive étaient réunis, avec quelques mimétismes de « gay pride » : sonorisation mobile :

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et reprise du drapeau arc-en-ciel, mais avec le symbole de la famille en surimpression :

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Il est rare de voir une manifestation ouverte
par un escadron de gendarmerie harnaché jusqu’aux dents…

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…chargé de détecter les casseurs
qui tenteraient de s’infiltrer dans le cortège :
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Des immeubles entiers témoignaient de leur solidarité
(boulevard St Germain) :

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Des jeunes filles  avec bonnets phrygiens,
et disant représenter les régions de France,
s’activaient à donner un look révolutionnaire à l’événement :

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Des groupes de manifestants attendaient le cortège,
comme s’ils attendaient la marée…
pour s’y joindre à son passage et, en attendant,
applaudissaient les gendarmes qui ouvraient le défilé en leur criant :
« Allez les Bleus« …

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Beaucoup, beaucoup, beaucoup de jeunes :

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On laissera le lecteur contempler ci-dessous,
sans grands commentaires,
des échantillons de slogans qui en disent long
sur les amalgames de mots d’ordre,
et imaginer cela sur fond de sonorisation lancinante :
« on ne lâ-che-ra rien, jamais-jamais-jamais« ,
véritablement hurlé en quasi-continu (place des Invalides).
Le litige porte bien sur l’utilisation du mot « mariage »
et sur les conséquences, potentielles ou fantasmagoriques,
que le terme et la loi votée et promulguée entraînent.
Sans mauvais jeu de mots,
il y avait pour le moins un « mélange des genres ».
Qu’on en juge :

la métaphysique…

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l’inévitable écologie…

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le n’importe quoi…

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la bande dessinée…

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A quand le mariage lyophilisé ?

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« Pense-à-tout », sauf à fermer sa braguette…

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Heureusement, un peu d’humour…

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Une petite pensée pour Robert Lamoureux…

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Exact !

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Vivement  la prochaine élection présidentielle …

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Signé : « de la part de l’enfant No 3 « …

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Message codé réservé aux moins de 18 ans…

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On oublie la reine ?

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Contresens sur la parité…

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C’est notre série : «  les incontournables intemporels « 

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Bêtise et vulgarité…

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 » C’est celui qui l’dit qu’y est… »

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Manif transversale…

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Triste,triste, triste, à 16 ans…

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Et réciproquement…
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Vive la transparence…

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 A quand 200 000 manifestants
en faveur des 5 millions de chômeurs et précaires ?DSC07097

sans oublier …

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PS : toutes les photos ont été prises par l’Abrincate


« Aucun mot ne saurait défaire ce qui a été fait »

12.04.13

Ce 11 avril 2013, l’Etat suisse a organisé une cérémonie officielle … d’excuses, à Berne, en présence de la Ministre de la Justice Simonetta Sommaruga, de représentants des institutions, des Eglises, des cantons, des villes, de l’Union suisse des paysans, etc.

… Quid ?

(…) « quelque 100’000 enfants placés aux 19ème et 20ème siècles en Suisse. Formant une force de travail bon marché, ils ont été parfois battus, mal nourris, voire abusés sexuellement. D’autre part, des «filles mères» ou des «marginaux» ont été emprisonnés sans jugement ou internés en hôpital psychiatrique jusqu’aux années 1980. Les autorités ont parfois ordonné la castration et la stérilisation ou l’adoption forcée d’enfants. »

(…) Le quotidien de boulevard Blick a calculé, avec l’économiste en chef d’une grande banque, que «le travail gratuit des enfants a rapporté à l’agriculture entre 20 et 65 milliards de francs. Environ 10’000 des enfants concernés vivant encore, ils devraient toucher 1,2 milliard de francs.»

Enfances brisées [DR]

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La Ministre de la Justice s’exprime en ces termes :

(…) De nombreuses femmes et de nombreux hommes dans cette salle savent ce que cela signifie d’être placé, sans protection, sans explication, dans un foyer étranger, d’être méprisé, d’être abaissé, d’être humilié.
De nombreuses personnes dans cette salle savent trop bien ce que c’est de se sentir impuissant, d’être maltraité physiquement et psychiquement, d’être abusé sexuellement.
Ce sont des femmes et des hommes, parmi nous, qui ont été stérilisés contre leur volonté. Ce sont des mères, dans cette salle, auxquelles on a enlevé leur enfant, parce qu’elles n’étaient pas mariées. Ou des femmes qui ont été contraintes d’avorter, ou des mères de donner leur enfant à l’adoption. »
(…)
Priver un enfant de ce dont tous les enfants ont besoin – l’amour, l’affection, l’attention et le respect – c’est faire preuve de cruauté. Lorsqu’un enfant – ou un adulte – doit en plus supporter des violences psychiques ou physiques et qu’on lui ôte l’espoir de voir quelqu’un le protéger – c’est une violation de la dignité humaine.
Je le dis en tant que votre concitoyenne. Je l’affirme en tant que ministre de la justice. Et je le répète en tant que membre de notre gouvernement national : rien n’a plus de prix que la dignité humaine. » (…)
La maturité d’une société se mesure au regard qu’elle est capable de porter sur son passé.(…) Bien sûr, c’était une autre époque. Même si – bien heureusement – nous voyons aujourd’hui de nombreuses choses d’une autre manière, je m’oppose à un excès de relativisme. (…) La dignité humaine n’est pas une découverte du 21e siècle. La mère à laquelle on arrachait son enfant de 15 jours ne ressentait pas autre chose que ce que ressentirait une mère aujourd’hui. Et un enfant méprisé, humilié, considéré comme moins que rien, ne souffrait pas moins à l’époque que ne souffrirait aujourd’hui un enfant qui serait traité de cette façon. »

Mme Simonetta Somaruga , Ministre de la Justice
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L’Histoire se prête trop aux amalgames faciles pour ne pas se méfier des comparaisons et analogies artificielles, sinon douteuses. Et l’énumération qui suit ne suggère aucun amalgame idéologique à partir de faits survenus dans des pays différents et à des périodes différentes.

L’énumération qui suit vise, au contraire, à montrer que, quels que soient les régimes  et les systèmes idéologiques de pouvoir, des réalités historiques sont apparues avec un certain nombre de points communs – à tous les régimes, précisément :

– le rôle de l’Etat et des institutions, publiques et privées;
– le nombre souvent impressionnant d’enfants concernés;
– l’objectif d’assistance à l’enfance, de bonne foi selon les valeurs de l’époque, mais parfois comme prétexte à but lucratif ;
– l’interêt économique (transactions ou épargne…)

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On se permettra donc de rappeler les faits historique suivants :

ESPAGNE

 » En Espagne, près de 300 000 enfants pourraient avoir fait l’objet d’adoptions frauduleuses depuis les années 40 jusqu’aux années 90. La justice commence à entendre les victimes de ce juteux marché. Dans ce dossier, le traditionnel silence qui entoure les crimes du franquisme en Espagne n’a pas pu, cette fois, étouffer la clameur des victimes d’une tragédie qui brise encore des vies trente-cinq ans après la mort de Franco. (…) Après la guerre civile espagnole (1936-1939), environ trente mille enfants ont été enlevés à leurs mères républicaines pour être confiés à des institutions publiques ou à des familles proches du régime du général Franco.(…)
Dès les années 60 toutefois, ce sont des motifs purement crapuleux qui ont permis la perpétuation de ces « vols », donnant lieu à un vrai trafic. Les enfants étaient alors enlevés à des femmes vulnérables, mineures ou en situation de précarité sociale, et remis moyennant paiement à une famille adoptive. Lorsque les mères n’avaient pas « cédé » leur enfant, on leur faisait croire qu’il était mort-né. Pour éviter tout problème, on leur affirmait que l’hôpital se chargerait des formalités administratives et de l’enterrement.Le phénomène a été particulièrement intense entre 1960 et 1980. Le sociologue Francisco Tena, qui s’est spécialisé dans cette affaire, affirme toutefois (au quotidien El Mundo) avoir vu des cas jusqu’en 1995, soit vingt ans après la mort de Franco.(…)L’Association nationale des affectés par les adoptions illégales (Anadir) a calculé que 300 000 enfants pourraient avoir fait l’objet d’adoptions frauduleuses. (…)

Source :
– Gaëlle Lucas | MyEurop.info | 07/01/2011 | 13H40
– Chronique d’Audrey Pulvar – France Inter – mardi 25 janvier 2011)
– Quotidien suisse « 24 heures » : http://actu.en24heures.com/en-espagne-les-enfants-voles-du-franquisme-reclament-justice

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GRANDE-BRETAGNE

(…) … le fait qu’un pays européen tel que le Royaume-Uni enlève sciemment les enfants de ses propres familles et les fasse adopter sans le consentement des parents de naissance demeure un phénomène peu connu, car les familles touchées n’ont pas le droit d’évoquer leur cas en dehors de la cour de justice familiale, encore moins d’en parler à un journaliste, sous peine d’emprisonnement. Le Royaume-Uni a pourtant une histoire douteuse en matière de «protection de l’enfance» depuis le 19ème siècle. L’un des épisodes les plus dramatiques a duré 70 ans : les enfants volés aux familles pauvres étaient envoyés en Australie dans le cadre du programme d’état «Migrant Children» pour y créer «une bonne souche blanche» ! 40 ans après la fin du programme, au début de l’année 2010, Gordon Brown, David Cameron et Nick Clegg ont produit des excuses publiques à la Chambre des Communes pour ce désastre historique.


La reconnaissance en elle-même de cet exil forcé, malgré plusieurs décennies de campagne par les familles de victimes, n’a pratiquement fait l’objet d’aucune couverture médiatique et ses responsables n’ont jamais été punis. Aujourd’hui, le «gagging order» (ordre de bâillonnement) protège l’état, non seulement de la liberté de la presse, mais aussi de la liberté d’expression. Les parents en sont venus à utiliser les médias alternatifs pour décrire leur calvaire et surtout, retrouver leurs enfants. (…) Et surtout, il y a ces milliers de femmes accusées de «future négligence» ou «futur   dommage émotionnel» de leur enfant, dès les premiers jours de la grossesse… On leur enlève le nourrisson à la naissance et
on leur enlèvera ainsi chaque nouveau bébé, sur la seule foi d’un psychiatre payé par les services sociaux. Leur crime : avoir été victime de violence domestique, soit par leurs parents, soit par leur partenaire, et très souvent
par la famille d’accueil ou l’orphelinat ou elles-mêmes avaient été placées.
Plusieurs centaines de ces mères, seules ou en couple, ont fui à l’étranger afin de pouvoir garder leur bébé. Les histoires et dossiers légaux de ces familles lui ont fait connaître l’étendue et la variété des tactiques utilisées par les services sociaux pour piéger les parents. »  – (Etc,etc…)
Source : Blog de jean-Pierre Rosenczweig, juge des  mineurs http://jprosen.blog.lemonde.fr/2011/02/05/gers-des-relents-de-la-ddass-de-jadis-413/

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ARGENTINE

 (…) Lorsqu’en 1976, les forces armées prirent le contrôle du gouvernement argentin, elles commencèrent par mettre en oeuvre un plan systématique de destruction et de violation des droits les plus fondamentaux de l’homme.
De cette manière, elles causèrent la disparition de 30.000 personnes de tous âges, provenant des milieux sociaux les plus divers. Parmi les disparus, on dénombre plusieurs centaines d’enfants qui furent kidnappés avec leurs parents ou qui naquirent dans des centres de détention clandestins où leurs mères enceintes avaient été emmenées.
Plusieurs de ces enfants furent enregistrés comme enfants appartenant à des membres des forces de répression ; certains furent abandonnés alors que d’autres furent laissés dans des institutions en tant qu’enfants sans identité. De cette manière beaucoup d’enfants disparurent et leur identité fut détruite, les privant ainsi de leurs droits, libertés et familles naturelles. »(…)
Après des années dramatiques de recherches incessantes, il a été possible de localiser 58 enfants disparus dont 8 avaient été assassinés. Des 50 restants, 33 se trouvent déjà auprès de leur famille légitime et d’autres sont en contact avec leurs grands parents, avec leur vraie identité et leur propre histoire rétablie par des jugements de tribunaux.
Dans le but d’apporter de l’aide à cette tâche, l’Association a créé une équipe technique composée de 18 professionnels incluant des avocats, des médecins et des psychologues.


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Mme De Carlotto,
présidente de l’Association des Grands-mères de la Place de Mai

 » Chacun des enfants disparus possède un dossier en attente auprès d’une instance judiciaire et chaque nouvelle information reçue est ajoutée à ce dossier de sorte que plus le temps passe, plus il va être possible de déterminer l’identité réelle de tous les enfants ainsi que celle des responsables de leur enlèvement ou de leur adoption illégale.
Afin de préserver dans le futur les résultats obtenus lors de tests sanguins en vue de l’identification des enfants, une banque de données génétiques a été créée par la loi nationale No. 23.511 où l’histoire génétique de toutes les familles dont les enfants ont été enlevés sera conservée. « (…)

Source : Association « ABUELAS DE PLAZA DE MAYO »
Corrientes 3284 / 4o Piso / Dto. II / (1193) Capital Federal / ARGENTINE
Email: abuelas@wamani.apc.org  –  http://www.wamani.apc.org/abuelas/

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AUSTRALIE

 » L’expression « générations volées » (« Stolen Generations » ou « Stolen Children »), utilisée parfois au singulier (« génération volée » ou « Stolen Generation »), désigne les enfants d’Aborigènes australiens et d’indigènes du détroit de Torres enlevés de force à leurs parents par le gouvernement australien depuis 1869 jusqu’en 1969 environ. Ces enfants étaient le plus souvent des métis de mère aborigène et de père blanc. Ils furent placés dans des orphelinats, des internats, ou bien confiés à des missions chrétiennes ou à des familles d’accueil blanches.


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Ces actes sont reconnus par la majorité de la classe politique australienne comme l’un des chapitres les plus sombres de l’histoire du pays, mais suscitent néanmoins débats et controverses encore aujourd’hui [1]. Le fait de savoir s’il faut ou non des excuses officielles du gouvernement, et s’il y a eu ou non tentative de génocide à l’encontre des Aborigènes[2], sont particulièrement sujets à controverse. En 1997, un rapport intitulé « Bringing them home » (Les ramener à la maison)[3] détaille l’histoire de ces pratiques, publie des témoignages, et suggère qu’environ cent mille enfants appartiennent aux « générations volées ». Le 11 décembre 2007, le gouvernement fédéral dirigé par Kevin Rudd promet des excuses officielles au nom de l’État australien[4]. Ces excuses sont présentées le 13 février 2008[5],[6].

Source : Wikipedia (http://fr.wikipedia.org/wiki/G%C3%A9n%C3%A9rations_vol%C3%A9es

Plus tard, l’ancien Premier Ministre australien, Kevin RUDD s’exprimait ainsi dans une réunions publique en 2012 :

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(…) « Tout est possible si l’on sait ce que l’on veut. Ce lieu est une source d’inspiration. Ne sous-estimez pas le pouvoir que vous avez en tant que membre de la société civile. Avec le temps, vous pouvez soulever des montagnes. »
L’ancien premier ministre a décrit les éléments qui sont, selon lui, cruciaux pour des excuses réussies. Le premier élément est la sincérité des excuses : « Les excuses doivent être sincères, les gens ne sont pas dupes. » Kevin Rudd a écrit lui-même son discours à la main après avoir écouté pendant trois heures le récit d’une dame agée appartenant à la génération volée. « Pour un responsable politique, il est difficile de se taire pendant trois heures et d’écouter quelqu’un d’autre ». Les excuses doivent également être « bien reçues ». « Il y a toujours un risque ». Ces deux premiers éléments sont indispensables pour que « les excuses puissent apporter un réel changement. » La politique est faite de procédures et de comités, il n’existe pas de ministère des sentiments humains. Pourtant, selon Kevin Rudd, cette dimension est cruciale et les excuses sont un sacrement laïc qui peut avoir un impact spirituel et émotionnel profond. Autre élément fondamental, les excuses doivent également être basées sur des faits et ce fut le cas puisque ces excuses sont basées sur un rapport scientifique du comité. »(…)
Source : http://www.caux.iofc.org/fr/excuses_Kevin_Rudd

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FRANCE

 » Dans les années 1960 et 1970, la DDASS de la Réunion a transféré en métropole plusieurs centaines d’enfants abandonnés ou retirés à leurs parents. Ils étaient alors confiés à des familles ou à des institutions situées principalement dans le Massif central et le Sud-Ouest. Aucun voyage de retour n’était prévu. Ce transfert a été un échec : malgré quelques réussites individuelles, la grande majorité a souffert du déracinement, de la solitude, du racisme, du chômage. Quarante ans plus tard, des anciens pupilles ont intenté un procès retentissant à l’État, réclamant des centaines de milliers d’euros de dédommagement. Faut-il, comme eux, relier cet épisode aux pages les plus noires de l’histoire de France, l’esclavage et la déportation ? Ce transfert d’enfants incarnerait-il un néo-colonialisme qui n’ose pas dire son nom ? L’artisan de cette opération, Michel Debré, s’inquiétait de l’explosion démographique qui pesait sur l’île, mais il avait surtout l’ambition d’intégrer la Réunion à l’ensemble national et de transformer des petits créoles en Français comme les autres. C’est pourquoi il faut plutôt envisager cette inquiétante conclusion : la migration des pupilles réunionnais, avec la somme de souffrances qu’elle a engendrée, a été menée à bien parce qu’elle était conforme à l’idéal républicain.

Source : http://livre.fnac.com/a1990253/Ivan-Jablonka-Exil-d-enfants-transfert-de-pupilles-reunionnais-en-metropole#ficheResume

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 » En 1963, Michel Debré devient député de la Réunion. Pour éviter que l’île ne devienne indépendante comme l’Algérie un an plus tôt, il lance un ambitieux programme de développement: il fait distribuer du lait en poudre dans les écoles, organise un système de cantines gratuites, développe des infrastructures hospitalières, met l’accent sur la formation des jeunes, etc. Ce programme est financé par la solidarité nationale, puisque, depuis 1946, la Réunion est officiellement un département français.
Mais Debré, comme la plupart des élites politiques réunionnaises de l’époque, s’inquiète de la surpopulation, qui risque d’annuler tous ces efforts. Il met donc en place un programme de migration destiné à envoyer en métropole de jeunes adultes réunionnais. (…) En parallèle, Debré incite la DDASS de la Réunion à transférer en métropole des mineurs –orphelins, enfants abandonnés, enfants retirés à leur famille par décision de justice. Pour faire du chiffre, la DDASS envoie ses assistantes sociales en tournée dans l’île pour ramasser un maximum d’enfants. D’un côté, elle s’assure de la collaboration des juges; de l’autre, elle berne les parents en leur faisant croire que leur enfant va devenir avocat ou médecin. Elle immatricule à tout va, après quoi, elle a les mains libres pour envoyer les pupilles là où elle le souhaite. En tout, 1.600 enfants ont été expédiés dans une soixantaine de départements, notamment dans les zones rurales et vieillissantes du Massif central et du Sud-Ouest. En transférant une population depuis une île surpeuplée vers des départements désertés, Debré espère faire d’une pierre deux coups.(…)

Depuis la Révolution française, la pensée républicaine vise à régénérer l’enfant né ou élevé dans des conditions jugées anormales. Dès qu’une défaillance familiale est diagnostiquée, l’État disqualifie les parents et s’empare de l’enfant, considéré comme un être malléable: le but est alors de l’extraire de son milieu social et de le métamorphoser dans un environnement sain, avant de le replacer dans la société, remis à neuf, régénéré. Dans le cas des enfants réunionnais, l’administration considère qu’ils ne peuvent souffrir de leur déracinement, puisque leur destin sera préférable à celui que leur réservait leur milieu d’origine.(…)La migration réunionnaise s’est soldée par un désastre humain. En quelques semaines, les pupilles perdent leurs repères familiaux et culturels, sont exposés au froid, à la claustration, au racisme, à des violences dans certains cas. En raison de ce choc très brutal –surtout pour des bébés, des enfants et des adolescents–, la métropole se révèle un milieu particulièrement angoissant et hostile. Dès leur arrivée, les enfants veulent rentrer chez eux; mais le piège s’est refermé. Sur place, le suivi social est inexistant. De ce fait, les pupilles ont subi des carences affectives très graves; un certain nombre a sombré dans la dépression, l’alcoolisme, la délinquance, la clochardisation ou la folie. (…)

Pour éviter les malgames historiques abusifs : 
(…)Dans le cas de la migration britannique (vers l’Australie), on observe la même déculturation et la même catastrophe socio-éducative; mais les enfants ont également subi des violences physiques et sexuelles systématiques, notamment dans les établissements des Frères chrétiens –ce qui n’est pas le cas en France. La migration réunionnaise et la migration britannique ont toutes deux été réalisées avec des arrière-pensées impériales et sans aucun suivi socio-éducatif; elles relèvent de la maltraitance d’État.
Le cas de la «stolen generation», qui concerne les enfants aborigènes
(d’Australie), est différent: il s’agit d’une tentative de génocide, où le déplacement forcé des enfants va de pair avec des vols de terre et des meurtres. (…)

Source : http://observatoire2.blogs.liberation.fr/normes_sociales/2009/11/les-enfances-perdues-de-laustralie-et-de-la-r%C3%A9union-entretien-avec-ivan-jablonka.html

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Bibliographie :

Mathias Gardet, David Niget, Enfances (dé)placées. Migrations forcées et politiques de protection de la jeunesse, XIXe-XXe siècles

David NIGET, Enfances colonisées. Une histoire postcoloniale des migrations juvéniles, XIXe-XXe siècles

Joëlle DROUX, Migrants, apatrides, dénationalisés. Débats et projets transnationaux autour des nouvelles figures de l’enfance déplacée (1890-1940)

Ellen BOUCHER, Enfance et race dans l’Empire britannique. La politique d’émigration juvénile vers la Rhodésie du Sud

Sarah HEYNSSENS, Entre deux mondes. Le déplacement des enfants métis du Ruanda-Urundi colonial vers la Belgique

Yves DENÉCHÈRE, Les « rapatriements » en France des enfants eurasiens de l’ex-Indochine. Pratiques, débats, mémoires

Naomi PARRY, Stolen Childhoods. Reforming Aboriginal and Orphan Children through Removal and Labour in New South Wales (Australia), 1909-1917

Marie-Pierre BOUSQUET,  Êtres libres ou sauvages à civiliser ? L’éducation des jeunes Amérindiens dans les pensionnats indiens au Québec, des années 1950 à 1970

Marta CRAVERI, Anne-Marie LOSONCZY, Trajectoires d’enfances au goulag. Mémoires tardives de la déportation en URSS.

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Revue d’Histoire d’enfance « irrégulière (RHEI) N0 14 :
Ecole Nationale de Protection Judiciaire de la Jeunesse
 » Enfances déplacées en situation coloniale »


Cours d’économie contemporaine …

11.04.13

 » Il paraît que la crise rend les riches plus riches et les pauvres plus pauvres. Je ne vois pas en quoi c’est une crise.
Depuis que je suis petit, c’est comme ça… »

 » Un crédit à long terme,
ça veut dire que moins tu peux payer, plus tu payes. »

« Je vais vous expliquer le principe de base de l’économie :
donne-moi ta montre, et quand tu as besoin de l’heure, moi je te la dis ! »

Coluche

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 » Il faut prendre l’argent là où il est : chez les pauvres. Ils n’ont pas beaucoup d’argent, mais il y a beaucoup de pauvres. « 

Alphonse Allais
 Alphonse Allais , natif de Honfleur .
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 » S’il est périlleux de tremper dans une affaire suspecte, il l’est encore davantage de s’y trouver complice d’un grand : il s’en tire, et vous laisse payer doublement, pour lui et pour vous. « 
Jean de La Bruyère
 
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 » Si d’ordinaire on ne distingue pas capitalisme et économie de marché, c’est que l’un et l’autre ont progressé du même pas, du Moyen- Âge à nos jours, et que l’on a souvent représenté le capitalisme comme le moteur de l’épanouissement du progrès économique. « 

Fernand Braudel
 
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 » Du faible au fort, ce serait voler ;
du fort au faible, c’est seulement s’approprier le bien d’autrui. »

Jean-Jacques Rousseau
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 » C’est une règle de prudence vulgaire, lorsqu’on est parvenu au faîte de la grandeur, de rejeter l’échelle avec laquelle on l’a atteint, afin d’ôter aux autres les moyens d’y monter. »

Friedrich List
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 » Le vrai satellite artificiel, c’est la masse des monnaies flottantes qui encercle la terre de sa ronde orbitale. La monnaie devenue artefact pur, d’une mobilité sidérale, et d’une convertibilité instantanée, a enfin trouvé sa vraie place, plus extraordinaire que le Stock Exchange : ­l’orbite où elle se lève et se couche comme un soleil artificiel. »
Jean Baudrillard
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 » La situation devient sérieuse lorsque l’entreprise n’est plus qu’une bulle d’air dans le tourbillon spéculatif. »

John Maynard Keynes

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 » Les profits sont le sang vital du système économique, l’élixir magique sur lequel repose tout progrès. Mais le sang d’une personne peut être le cancer pour un autre. »

Paul Samuelson

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 » Pourquoi les banquiers n’épousent jamais leur maîtresse ?              
Pour ne pas transformer une action en obligation. « 

http://lewebpedagogique.com/maule64/

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 » Naturellement, ce sont les régimes communistes qui encagent tout et chacun dans un totalitarisme lugubre. Mais le capitalisme lui aussi d’une autre façon, sous d’autres formes, empoigne et asservit les gens. Comment trouver un équilibre humain pour la civilisation, voilà la grande question de ce siècle ! « 

(Charles De Gaulle, « Mémoires d’espoir », entretien avec Michel Droit en juin 1968).


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