Rob Lawrie : quelles leçons apprises ?

24.01.16

Nul ne doute, sur le plan humain, de la sincérité ni de la légitimité du geste de l’ancien militaire britannique Rob Lawrie, qui a cédé à la pression d’un père afghan, réfugié près de Calais, qui le suppliait d’emmener sa fille chez d’autres membres de sa famille déjà installés à proximité de son domicile en Angleterre.

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Mais certaines réactions publiques de différentes personnalités – tout aussi honorables – nous amènent cependant à une certaine prudence : dans le passé, plusieurs situations d’urgence humanitaire dramatique ont aussi été l’occasion de gestes spontanés  de sauvetages d’enfants, soit par des personnes à titre individuel, soit par des associations, y compris des ONG.

On rappellera l’avion de l’épouse d’un ancien président italien qui avait convoyé, en 1994, après le génocide, une bonne centaine d’enfants du Rwanda pour adoption en Italie.
Ou encore l’opération-commando, en 2004, d’un groupe de religieux américains qui avaient emmené une trentaine d’enfants que leurs parents suppliaient de les évacuer de Haîti « pour leur donner un avenir« , après le tremblement de terre. Ces religieux  ont été arrêté à l’aéroport de Port-au-Prince pour « enlèvement d’enfants ».

Mais la question fondamentale posée reste la suivante : comment peut-on concilier le secours immédiat d’un être humain en détresse, et éviter ainsi la « non-assistance à personne en danger »  avec la célérité nécessaire, sans pour autant être poursuivi pour enlèvement, voire trafic d’enfants ?

C’est là que des décennies d’expérience de l’action humanitaire nous permettent de penser ceci :
La France est le pays d’origine de quantité d’ONG humanitaires capables de répondre à des situations d’urgence de réfugiés dans le monde entier et dans les 48 heures… avec les compétences et les moyens appropriés, et en se coordonnant en bonne intelligence.

A Calais et alentour, de milliers de réfugiés pataugent nuit et jour dans la boue avec des centaines d’enfants depuis des mois, en plein hiver…
Alors que ces mêmes gouvernements subventionnent des centaines d’ONG pour des actions humanitaires d’ugences au-delà de 5 000 kms, on découvre avec effarement qu’il est impossible d’organiser un camp de 2 500 personnes à Calais.
Plusieurs ONG font ce qu’elles peuvent, et même si le gouvernement vient de faire installer des appartements-containers pour 250 familles… on a l’impression – minable – après plusieurs mois, qu’il est beaucoup plus simple de coordonner une action conjointe Gouvernement-ONG (parfois même avec l’aide logistique de l’armée) à plus de 5 000 kms que sur territoire français, à 300 kms de Paris …
«  Orbi « , oui peut-être, mais sûrement pas  » urbi « …

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Quant au destin des enfants, dans le cas précis, cette fillette a de la famille en Angleterre : il eût été élémentaire d’imaginer que des procédures juridiquement acceptables, sinon totalement légales, puissent être facilitées pour des regroupememts familiaux de ce type, y compris avec le père.

Pourquoi les enfants n’auraient-ils pas le droit au regroupement familial avec leurs parents ? Parce que les enfants n’ont pas les moyens de protester, ni de se plaindre sur BFM-TV ?
Cela sert à quoi d’avoir en permanence le discours, à longueur de buzz médiatiques, sur l » intérêt supérieur de l’enfant « , si on n’est pas fichu de résoudre un cas comme celui de cette fillette ? L’acte individuel de Rob Lawrie est respectable – d’autant qu’il a reconnu de lui-même avoir commis une erreur : il a eu le mérite d’attirer l’attention publique sur ce type de situation : rien que pour cela, il doit être remercié.

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Ce qui précède n’est-il qu’une perspective humanitaire, une surenchère juridique de plus provenant d’ONG militantes irresponsables ?
Non, il suffit de lire le jugement d’un tribunal britannique dont « Le Monde  » du 22 janvier (page 3) :

 » La décision rendue mercredi 20 janvier par le tribunal de l’immigration et de l’asile de Londres pourrait faire jurisprudence. (…) Le jugement, qui allègue le non-fonctionnement des règles européennes sur l’asile, pourrait accroître la pression sur la frontière.(…) Le tribunal était saisi par quatre jeunes demandeurs d’asile syrien (dont 3 mineurs), dont deux souffraient de stress post-traumatiques. Mettant en avant les « intolérables » conditions de vie dans le camp de fortune de Calais et la présence de membres de leurs familles au Royaume-Uni, leur avocat a obtenu un jugement ordonnant leur droit immédiat à être admis sur le sol britannique pour y formuler une demande d’asile auprès du Home Office. La décision s’appuie sur l’article de la Convention européenne des droits de l’homme, dont l’article 8 protège le droit de toute personne au respect de « sa vie privée et familiale. »(…) Les juges ont estimé qu’un document écrit montrant qu’ils avaient effectivement demandé l’asile en France suffisait à prouver leur demande de protection. « 

Autrement dit, la Convention de Dublin permettait de justifier le refus du Royaume-Uni parce que la première demande d’asile avait été déposée en France… Les juges ont estimé que la demande de protection n’était donc pas honorée par la France et qu’il fallait donc admettre leur arrivée dans leur famille déjà présente Outre-Manche…

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PS : Pour être complet, on pourrait ajouter, à l’adresse du tribunal britannique, qu’il aurait pu aussi faire valoir la Convention relative aux droits de l’enfant ratifiée par le Royaume-Uni stipule, en ce qui concerne les mineurs, dans son Article 22

1. Les Etats parties prennent les mesures appropriées pour qu’un enfant qui cherche à obtenir le statut de réfugié ou qui est considéré comme réfugié en vertu des règles et procédures du droit international ou national applicable, qu’il soit seul ou accompagné de ses père et mère ou de toute autre personne, bénéficie de la protection et de l’assistance humanitaire voulues pour lui permettre de jouir des droits que lui reconnaissent la présente Convention et les autres instruments internationaux relatifs aux droits de l’homme ou de caractère humanitaire auxquels lesdits Etats sont parties.

2. A cette fin, les Etats parties collaborent, selon qu’ils le jugent nécessaire, à tous les efforts faits par l’Organisation des Nations Unies et les autres organisations intergouvernementales ou non gouvernementales compétentes collaborant avec l’Organisation des Nations Unies pour protéger et aider les enfants qui se trouvent en pareille situation et pour rechercher les père et mère ou autres membres de la famille de tout enfant réfugié en vue d’obtenir les renseignements nécessaires pour le réunir à sa famille. Lorsque ni le père, ni la mère, ni aucun autre membre de la famille ne peut être retrouvé, l’enfant se voit accorder, selon les principes énoncés dans la présente Convention, la même protection que tout autre enfant définitivement ou temporairement privé de son milieu familial pour quelque raison que ce soit. »


Humanité et bon sens

14.01.16

Dans le fatras des positions, des analyses et des postures, en relation avec les attentats terroristes de janvier et novembre 2015, il est des petits paragraphes qui brillent soudain comme des petit diamants d’humanité et de bon sens.

Comme ces extraits d’une chronique écrite par Véronique Nahoum-Grappe dans la revue « Esprit » No 421 de janvier 2016 (pages 16 et 17) :

(…)  » L’enseignement premier et minimal pour moi serait la prise en compte, par la vérité de l’imagination, des espaces sur la planète, en Syrie par exemple, où ces crimes contre les civils sont tels et tellement répétés qu’il est impossible de poser des bougies, de penser le deuil, d’envelopper les victimes survivantes de soin et de compétence affective et psychologique. Une société suffisamment bonne se rassemble autour des corps des morts et du coeur des survivants parce qu’elle est en paix et qu’elle jouit d’un espace de tranquillité où des bougies peuvent diffuser leur lumière de lune sur une place publique.
Lorsque des attentats meurtriers contre des civils se produisent tout le temps dans les villes en guerre, que, pour des raisons historiques, les cimetières sont ravagés et que les bougies s’éteignent vite, le charnier est la réponse : les solitudes s’accroissent dans l’ornière de leur propre malheur, les souffrances physiques rendent fou et poignardent, leur masque hurlant trahit l’expression des souffrances morales et politiques.
Au moins, offrons un accueil digne à ceux qui fuient cela au péril de leur vie. Au troisième attentat, combien de Parisiens se poseront la question de partir ?
(…)
Ce matin-là (30 novembre) l’église St Germain des Près à Paris est tellement pleine de monde qu’elle déborde de partout.(…) Parce qu’il s’agit d’un ami qui a perdu sa deuxième fille, 35 ans, j’assiste aux obsèques de trois personnes.(…)
La cérémonie trouve une définition pour l’ethnologue, un chemin possible quand il n’y en a plus et que les contours se sont évanouis. Et puis des lignes mélodiques envahissent tout cela et parfois viennent percer le bouclier secret. Il y a des voix, des chants qui entrent partout, dans les arrière-cours encore planquées, les recoins d’enfance oubliés. Elles sont comme des aiguilles de miel et de feu qui se saisissent d’un vivant, et le jettent par la fenêtre hors de tout cadre, au-dessus du vide de tout ce que l’on a jamais compris. Pendant cette cérémonie, j’ai eu le sentiment que ce qu’il y a d’inconsolable dans le malheur pouvait échapper à  » la nuit des temps  » grâce à la musique. »

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Une minute de (résistance en) silence

16.11.15

Ce lundi 16 novembre 2015, à midi, me suis rendu à la librairie Payot (Lausanne – CH), pensant que la minute de silence, en hommage aux centaines de victimes (morts et blessés) des attentats de Paris, serait plus supportable, entouré de rayons rassemblant Lucrèce, Montaigne, Kant, Ibn Khaldoun, Hanna Arendt, Robert Antelm, Camus, Zola, Sénèque, Hugo, Malraux, Gluksmann, Dostoievski, Kundera, Césaire, Klaus Mann, Dürenmatt, Ben Jelloun, Senghor, et tous les autres…

Ai acheté le dernier ouvrage de Roger-Pol Droit :
 » Qu’est-ce qui nous unit «  (Plon)

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Pendant la minute de silence,
retour soudain sur une phrase extraite
de la préface des « Antimémoires »
d’André Malraux :

(…) « Parce que, ayant vécu dans le domaine incertain de l’esprit et de la fiction qui est celui des artistes, puis dans celui du combat et dans celui de l’histoire, ayant connu à vingt ans une Asie dont l’agonie mettait encore en lumière ce que signifiait l’Occident, j’ai rencontré maintes fois, tantôt humbles et tantôt éclatants, ces moments où l’énigme fondamentale de la vie apparaît à chacun de nous comme elle apparaît à presque toutes les femmes devant un visage d’enfant, à presque tous les hommes devant un visage de mort.

Dans toutes les formes de ce qui nous entraîne, dans tout ce que j’ai vu lutter contre l’humiliation, et même en toi, douceur dont on se demande ce que tu fais sur la terre, la vie semblable aux dieux des religions disparues m’apparaît parfois comme le livret d’une musique inconnue ».

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Donc en guerre – mais surtout en résistance…

15.11.15

Les agressions et massacres revendiqués par Daesh à Paris, ce vendredi 13.11.15, nous convainquent – avec quelle violence ! – que nous sommes en guerre. Nous, c’est chacun-e d’entre nous, qui aurions pu fêter un anniversaire à la terrasse du Bar « Le Carillon », ce vendredi 13.11.2015 vers 22 heures….

En guerre oui, pour se défendre, mais contre qui ?
Contre la barbarie – sans hésitation, ni compromission, ni état d’âme – mais pas en guerre contre l’Islam. Si nous faisions de cette tragédie une guerre contre l’Islam, c’est céder du terrain à l’ennemi, en lui concédant qu’il s’agit bien d’un guerre de civilisation.

Xavier Raufer, criminologue, disait le 15.11.15 sur France Info qu’en réalité, personne ne sait exactement ce qui se cache derrière Daesh et son Califat. Il est possible – voire probable – que ce terrorisme, à répétition désormais hebdomadaire sur l’ensemble de la planète, ne soit d’inspiration religieuse que pour son drapeau, pour sa communication sur internet (y compris ses revendications invérifiables d’attentats) et ainsi recruter quelques milliers de paumés psychiatriques.

Ne serait-ce que pour nous défendre, nous n’avons pas d’autre pouvoir que de le déléguer aux élus, aux  militaires professionnels et aux services de renseignement.
Mais la situation n’entraîne pas seulement d’entrer en guerre, mais elle exige surtout d’entrer en résistance.
En résistance … pour maintenir les valeurs qui fondent notre vie collective, que les terroristes veulent détruire. Et cette résistance, c’est l’affaire – et le pouvoir – de chacune et chacun d’entre nous, pour maintenir allumée cette petite flamme de la conscience des droits humains fondamentaux, qui survit, même dans le tunnel de la guerre.

« Savoir craindre, c’est penser. Tenir c’est faire front »  disait le regretté André Gluksmann.
Et comme disait (qui ?) :  » La vérité ne meurt jamais, mais elle mène une existence misérable. »
Notre Histoire regorge de situations où des hommes et des femmes, même les plus anonymes, ont maintenu cette flamme dans les pires tempêtes. Il n’est nul besoin d’avoir fait l’Ecole Polytechnique pour avoir, ne serait-ce que l’intuition, même fragile, de chemins de la liberté et de la justice.

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Modestement, mais il se trouve que l’Abrincate a assisté, à Genève (CH)à la cérémonie annuelle de remise des Prix des Droits de l’homme par la Fondation Martin Ennals. Les trois nominés pour le Prix ont fait chaun-e l’objet d’un petit film de 10 minutes – et ces 3 témoignages méritent d’être écoutés :

Lien sur le site : http://www.martinennalsaward.org/index.php?lang=fr
Sur la page d’accueil du site, il faut aller à la deuxième vidéo (celle où l’on a une vue d’ensemble de la salle de remise des prix) :

Madame Asmaou DIALLO (Guinée) :
de 0h 24mn 50 sec à 0h 35 mn 06 sec
Monsieur Robert SANN AUNG (Birmanie) :
de 0h 42 mn 30 sec à 0h 54 mn
Monsieur Ahmed MANSOOR (Emirats Arabes Unis) – Premier Prix :
de 1 h 15 mn à 1 h 23 mn

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Un moment très émouvant : vendredi soir à Washington (USA), un groupe d’une vingtaine de jeunes, réuni en cercle autour de quelques bougies, a entamé une « Marseillaise » chantée avec une douceur infinie, une « presque-discrétion », sans spectateurs, pour eux-mêmes en tant que petit groupe qui a voulu en s’isolant exprimer la force du lien de solidarité qui les unit à la nation française – et comme le disait De Gaulle, ce chant (ce cri ?) « venait du fond des âges« …

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Voir sur le lien de France 2 :  Journal de 13 h le samedi 14.11.15
http://pluzz.francetv.fr/videos/jt_13h_,131967021.html
(aller directement à la minute 01 h 05 mn – Attention : l’extrait dure moins de 15 secondes mais il n’en est pas moins bouleversant)

 

 


Etait-ce cela, l’objectif de l’Union Européenne ?

8.07.15

Si vous avez compris le problème posé par la Grèce, c’est qu’on vous a mal expliqué…

Il n’est pas exclu que les choses soient plus simples qu’il n’y paraisse.
Il semble que peu importe que l’économie d’un peuple membre de l’UE s’effondre, si les règles du « système » sont respectées. Peu importe que le plus grand hôpital d’Athènes  commence à connaître des pénuries.
Sans se poser la question de savoir pourquoi le « système » de la construction européenne (s’il y en a un…) permet – et veut – qu’un peuple soit laissé ainsi à l’abandon. Est-ce un objectif de la construction de l’Union Européenne ?
Peut-être que le gouvernement Tsipras est nul, mais que valaient (et qui a « arrosé » pendant des décennies) les gouvernants grecs précédents ?

Toujours est-il que si les majorités des peuples allemand et grec se méprisent copieusement, on apprend … »la fuite croissante des dépôts (bancaires) qui, depuis 2010, (s’élève) à plus de 100 milliards, (qui) seraient partis vers l’étranger, en particulier vers l’Allemagne « . (« Le Monde – 7.07.15 – page 7 –  article signé Anne Michel).

De plus ce jour, on apprend (8-07-15) que « La Croix-Rouge allemande est prête à apporter rapidement une aide humanitaire à la Grèce, en état d’urgence financière, et qui rencontre déjà des «difficultés dans les soins médicaux», selon le porte-parole de l’organisation, Dieter Schütz.

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Même si on ne comprend plus rien, on retiendra cependant le proverbe iranien :  » L’argent c’est comme la fumée de cigarettes, ça monte toujours et ne redescend jamais « .

Quelques effluves de vents mauvais répandent aussi des odeurs de vautours chez les traders, boursicoteurs, spéculateurs et autres bandits manchots en tous genres, avec des propos du genre « plus le chaos sera grand, plus on s’enrichira« . La stratégie du choc, ou celle du  » chaos créatif  » … On va finir par croire que Mélenchon a raison…

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On se rappellera que « T.I.N.A » était le petit nom de Margaret Thatcher ; « There Is No Alternative »- Or, précisément, dans cette cacophonie médiatique hyper-saturée, on a aussi pu entendre une petite voix d’une femme originaire de l’ex-Allemagne de l’Est qui disait : « On a grandi et vécu sous le régime communiste qui ne cessait de nous dire qu’il n’y avait pas d’alternative au régime. Le communisme s’est effondré, et maintenant c’est Bruxelles qui vient nous dire qu’il n’y a pas d’alternative à l’austérité… Si on s’est libéré du communisme, c’est bien en adhérant aux soi-disant « valeurs » d’un régime démocratique, comme une des conditions de la prospérité, dans lequel c’est le peuple qui choisit souverainement. Il devrait donc toujours y avoir des options, des alternatives, non ? « 

« Bruxelles 2015 » = « Moscou les années 50  » ?
« Hôpital public est-allemand en 1950″ = Hôpital d’Athènes en 2015 » ?


Guerre de civilisations ?

1.07.15

 » Dans le désert, les mots ont des contours nets  » disait Lawrence d’Arabie.

Nul ne doute de la détermination du Premier Ministre français, Mr Manuel VALLS, à combattre le terrorisme. Mais il ajoute, le dimanche 28 juin, lors de l’émission « Le Grand Rendez-vous » d’Europe 1 : « Nous ne pouvons pas perdre cette guerre parce que c’est au fond une guerre de civilisation. C’est notre société, notre civilisation, nos valeurs que nous défendons », a déclaré M. Valls.

Ce n’est pas faire un procès d’intention à Mr Valls de dire que la civilisation est précisément le contraire de la guerre, et qu’il s’agit donc d’une guerre de toutes les civilisations (c’est à dire 99.9 % de l’humanité) contre la barbarie. L’ennemi n’est pas l’Islam (ce qu’il confirme dans la suite de l’entretien), mais en utilisant l’expression « guerre des civilisations », il prête le flanc à l’interprétation de l’ennemi, qui ne cesse de proclamer stupidement sa « guerre contre les croisés« .

Oui, les mots ont des contours nets : il s’agit bien d’une guerre des civilisations contre la barbarie..

Il est clair que de nombreuses guerres, dans l’histoire de l’humanité, ont voulu affirmer et imposer un civilisation sur une autre – ou sur toutes les autres – mais le XX ème siècle ayant conduit ce raisonnement à ses conséquences extrêmes, il faut désormais refuser, au XXI ème siècle, d’entrer dans un discours symétrique contre la barbarie d’une bande de tueurs.
Il faut résolument réduire et annihiler cette barbarie, mais pas au nom d’une civilisation contre une autre : en quoi les comportements de l’Etat Islamique ou de Boko Haram vis à vis des populations, des sites historiques, etc, sont-ils l’expression d’une civilisation ?
99,99% des musulmans du monde condamnent ces comportements et sont tout aussi horrifiés.

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Dans le Dictionnaire Robert en 9 volumes, page 848 :

 » BARBARIE : Manque de civilisation, état d’un peuple non civilisé. »

 


« Aucun mot ne saurait défaire ce qui a été fait »

12.04.13

Ce 11 avril 2013, l’Etat suisse a organisé une cérémonie officielle … d’excuses, à Berne, en présence de la Ministre de la Justice Simonetta Sommaruga, de représentants des institutions, des Eglises, des cantons, des villes, de l’Union suisse des paysans, etc.

… Quid ?

(…) « quelque 100’000 enfants placés aux 19ème et 20ème siècles en Suisse. Formant une force de travail bon marché, ils ont été parfois battus, mal nourris, voire abusés sexuellement. D’autre part, des «filles mères» ou des «marginaux» ont été emprisonnés sans jugement ou internés en hôpital psychiatrique jusqu’aux années 1980. Les autorités ont parfois ordonné la castration et la stérilisation ou l’adoption forcée d’enfants. »

(…) Le quotidien de boulevard Blick a calculé, avec l’économiste en chef d’une grande banque, que «le travail gratuit des enfants a rapporté à l’agriculture entre 20 et 65 milliards de francs. Environ 10’000 des enfants concernés vivant encore, ils devraient toucher 1,2 milliard de francs.»

Enfances brisées [DR]

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La Ministre de la Justice s’exprime en ces termes :

(…) De nombreuses femmes et de nombreux hommes dans cette salle savent ce que cela signifie d’être placé, sans protection, sans explication, dans un foyer étranger, d’être méprisé, d’être abaissé, d’être humilié.
De nombreuses personnes dans cette salle savent trop bien ce que c’est de se sentir impuissant, d’être maltraité physiquement et psychiquement, d’être abusé sexuellement.
Ce sont des femmes et des hommes, parmi nous, qui ont été stérilisés contre leur volonté. Ce sont des mères, dans cette salle, auxquelles on a enlevé leur enfant, parce qu’elles n’étaient pas mariées. Ou des femmes qui ont été contraintes d’avorter, ou des mères de donner leur enfant à l’adoption. »
(…)
Priver un enfant de ce dont tous les enfants ont besoin – l’amour, l’affection, l’attention et le respect – c’est faire preuve de cruauté. Lorsqu’un enfant – ou un adulte – doit en plus supporter des violences psychiques ou physiques et qu’on lui ôte l’espoir de voir quelqu’un le protéger – c’est une violation de la dignité humaine.
Je le dis en tant que votre concitoyenne. Je l’affirme en tant que ministre de la justice. Et je le répète en tant que membre de notre gouvernement national : rien n’a plus de prix que la dignité humaine. » (…)
La maturité d’une société se mesure au regard qu’elle est capable de porter sur son passé.(…) Bien sûr, c’était une autre époque. Même si – bien heureusement – nous voyons aujourd’hui de nombreuses choses d’une autre manière, je m’oppose à un excès de relativisme. (…) La dignité humaine n’est pas une découverte du 21e siècle. La mère à laquelle on arrachait son enfant de 15 jours ne ressentait pas autre chose que ce que ressentirait une mère aujourd’hui. Et un enfant méprisé, humilié, considéré comme moins que rien, ne souffrait pas moins à l’époque que ne souffrirait aujourd’hui un enfant qui serait traité de cette façon. »

Mme Simonetta Somaruga , Ministre de la Justice
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L’Histoire se prête trop aux amalgames faciles pour ne pas se méfier des comparaisons et analogies artificielles, sinon douteuses. Et l’énumération qui suit ne suggère aucun amalgame idéologique à partir de faits survenus dans des pays différents et à des périodes différentes.

L’énumération qui suit vise, au contraire, à montrer que, quels que soient les régimes  et les systèmes idéologiques de pouvoir, des réalités historiques sont apparues avec un certain nombre de points communs – à tous les régimes, précisément :

– le rôle de l’Etat et des institutions, publiques et privées;
– le nombre souvent impressionnant d’enfants concernés;
– l’objectif d’assistance à l’enfance, de bonne foi selon les valeurs de l’époque, mais parfois comme prétexte à but lucratif ;
– l’interêt économique (transactions ou épargne…)

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On se permettra donc de rappeler les faits historique suivants :

ESPAGNE

 » En Espagne, près de 300 000 enfants pourraient avoir fait l’objet d’adoptions frauduleuses depuis les années 40 jusqu’aux années 90. La justice commence à entendre les victimes de ce juteux marché. Dans ce dossier, le traditionnel silence qui entoure les crimes du franquisme en Espagne n’a pas pu, cette fois, étouffer la clameur des victimes d’une tragédie qui brise encore des vies trente-cinq ans après la mort de Franco. (…) Après la guerre civile espagnole (1936-1939), environ trente mille enfants ont été enlevés à leurs mères républicaines pour être confiés à des institutions publiques ou à des familles proches du régime du général Franco.(…)
Dès les années 60 toutefois, ce sont des motifs purement crapuleux qui ont permis la perpétuation de ces « vols », donnant lieu à un vrai trafic. Les enfants étaient alors enlevés à des femmes vulnérables, mineures ou en situation de précarité sociale, et remis moyennant paiement à une famille adoptive. Lorsque les mères n’avaient pas « cédé » leur enfant, on leur faisait croire qu’il était mort-né. Pour éviter tout problème, on leur affirmait que l’hôpital se chargerait des formalités administratives et de l’enterrement.Le phénomène a été particulièrement intense entre 1960 et 1980. Le sociologue Francisco Tena, qui s’est spécialisé dans cette affaire, affirme toutefois (au quotidien El Mundo) avoir vu des cas jusqu’en 1995, soit vingt ans après la mort de Franco.(…)L’Association nationale des affectés par les adoptions illégales (Anadir) a calculé que 300 000 enfants pourraient avoir fait l’objet d’adoptions frauduleuses. (…)

Source :
– Gaëlle Lucas | MyEurop.info | 07/01/2011 | 13H40
– Chronique d’Audrey Pulvar – France Inter – mardi 25 janvier 2011)
– Quotidien suisse « 24 heures » : http://actu.en24heures.com/en-espagne-les-enfants-voles-du-franquisme-reclament-justice

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GRANDE-BRETAGNE

(…) … le fait qu’un pays européen tel que le Royaume-Uni enlève sciemment les enfants de ses propres familles et les fasse adopter sans le consentement des parents de naissance demeure un phénomène peu connu, car les familles touchées n’ont pas le droit d’évoquer leur cas en dehors de la cour de justice familiale, encore moins d’en parler à un journaliste, sous peine d’emprisonnement. Le Royaume-Uni a pourtant une histoire douteuse en matière de «protection de l’enfance» depuis le 19ème siècle. L’un des épisodes les plus dramatiques a duré 70 ans : les enfants volés aux familles pauvres étaient envoyés en Australie dans le cadre du programme d’état «Migrant Children» pour y créer «une bonne souche blanche» ! 40 ans après la fin du programme, au début de l’année 2010, Gordon Brown, David Cameron et Nick Clegg ont produit des excuses publiques à la Chambre des Communes pour ce désastre historique.


La reconnaissance en elle-même de cet exil forcé, malgré plusieurs décennies de campagne par les familles de victimes, n’a pratiquement fait l’objet d’aucune couverture médiatique et ses responsables n’ont jamais été punis. Aujourd’hui, le «gagging order» (ordre de bâillonnement) protège l’état, non seulement de la liberté de la presse, mais aussi de la liberté d’expression. Les parents en sont venus à utiliser les médias alternatifs pour décrire leur calvaire et surtout, retrouver leurs enfants. (…) Et surtout, il y a ces milliers de femmes accusées de «future négligence» ou «futur   dommage émotionnel» de leur enfant, dès les premiers jours de la grossesse… On leur enlève le nourrisson à la naissance et
on leur enlèvera ainsi chaque nouveau bébé, sur la seule foi d’un psychiatre payé par les services sociaux. Leur crime : avoir été victime de violence domestique, soit par leurs parents, soit par leur partenaire, et très souvent
par la famille d’accueil ou l’orphelinat ou elles-mêmes avaient été placées.
Plusieurs centaines de ces mères, seules ou en couple, ont fui à l’étranger afin de pouvoir garder leur bébé. Les histoires et dossiers légaux de ces familles lui ont fait connaître l’étendue et la variété des tactiques utilisées par les services sociaux pour piéger les parents. »  – (Etc,etc…)
Source : Blog de jean-Pierre Rosenczweig, juge des  mineurs http://jprosen.blog.lemonde.fr/2011/02/05/gers-des-relents-de-la-ddass-de-jadis-413/

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ARGENTINE

 (…) Lorsqu’en 1976, les forces armées prirent le contrôle du gouvernement argentin, elles commencèrent par mettre en oeuvre un plan systématique de destruction et de violation des droits les plus fondamentaux de l’homme.
De cette manière, elles causèrent la disparition de 30.000 personnes de tous âges, provenant des milieux sociaux les plus divers. Parmi les disparus, on dénombre plusieurs centaines d’enfants qui furent kidnappés avec leurs parents ou qui naquirent dans des centres de détention clandestins où leurs mères enceintes avaient été emmenées.
Plusieurs de ces enfants furent enregistrés comme enfants appartenant à des membres des forces de répression ; certains furent abandonnés alors que d’autres furent laissés dans des institutions en tant qu’enfants sans identité. De cette manière beaucoup d’enfants disparurent et leur identité fut détruite, les privant ainsi de leurs droits, libertés et familles naturelles. »(…)
Après des années dramatiques de recherches incessantes, il a été possible de localiser 58 enfants disparus dont 8 avaient été assassinés. Des 50 restants, 33 se trouvent déjà auprès de leur famille légitime et d’autres sont en contact avec leurs grands parents, avec leur vraie identité et leur propre histoire rétablie par des jugements de tribunaux.
Dans le but d’apporter de l’aide à cette tâche, l’Association a créé une équipe technique composée de 18 professionnels incluant des avocats, des médecins et des psychologues.


source photo
Mme De Carlotto,
présidente de l’Association des Grands-mères de la Place de Mai

 » Chacun des enfants disparus possède un dossier en attente auprès d’une instance judiciaire et chaque nouvelle information reçue est ajoutée à ce dossier de sorte que plus le temps passe, plus il va être possible de déterminer l’identité réelle de tous les enfants ainsi que celle des responsables de leur enlèvement ou de leur adoption illégale.
Afin de préserver dans le futur les résultats obtenus lors de tests sanguins en vue de l’identification des enfants, une banque de données génétiques a été créée par la loi nationale No. 23.511 où l’histoire génétique de toutes les familles dont les enfants ont été enlevés sera conservée. « (…)

Source : Association « ABUELAS DE PLAZA DE MAYO »
Corrientes 3284 / 4o Piso / Dto. II / (1193) Capital Federal / ARGENTINE
Email: abuelas@wamani.apc.org  –  http://www.wamani.apc.org/abuelas/

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AUSTRALIE

 » L’expression « générations volées » (« Stolen Generations » ou « Stolen Children »), utilisée parfois au singulier (« génération volée » ou « Stolen Generation »), désigne les enfants d’Aborigènes australiens et d’indigènes du détroit de Torres enlevés de force à leurs parents par le gouvernement australien depuis 1869 jusqu’en 1969 environ. Ces enfants étaient le plus souvent des métis de mère aborigène et de père blanc. Ils furent placés dans des orphelinats, des internats, ou bien confiés à des missions chrétiennes ou à des familles d’accueil blanches.


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Ces actes sont reconnus par la majorité de la classe politique australienne comme l’un des chapitres les plus sombres de l’histoire du pays, mais suscitent néanmoins débats et controverses encore aujourd’hui [1]. Le fait de savoir s’il faut ou non des excuses officielles du gouvernement, et s’il y a eu ou non tentative de génocide à l’encontre des Aborigènes[2], sont particulièrement sujets à controverse. En 1997, un rapport intitulé « Bringing them home » (Les ramener à la maison)[3] détaille l’histoire de ces pratiques, publie des témoignages, et suggère qu’environ cent mille enfants appartiennent aux « générations volées ». Le 11 décembre 2007, le gouvernement fédéral dirigé par Kevin Rudd promet des excuses officielles au nom de l’État australien[4]. Ces excuses sont présentées le 13 février 2008[5],[6].

Source : Wikipedia (http://fr.wikipedia.org/wiki/G%C3%A9n%C3%A9rations_vol%C3%A9es

Plus tard, l’ancien Premier Ministre australien, Kevin RUDD s’exprimait ainsi dans une réunions publique en 2012 :

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(…) « Tout est possible si l’on sait ce que l’on veut. Ce lieu est une source d’inspiration. Ne sous-estimez pas le pouvoir que vous avez en tant que membre de la société civile. Avec le temps, vous pouvez soulever des montagnes. »
L’ancien premier ministre a décrit les éléments qui sont, selon lui, cruciaux pour des excuses réussies. Le premier élément est la sincérité des excuses : « Les excuses doivent être sincères, les gens ne sont pas dupes. » Kevin Rudd a écrit lui-même son discours à la main après avoir écouté pendant trois heures le récit d’une dame agée appartenant à la génération volée. « Pour un responsable politique, il est difficile de se taire pendant trois heures et d’écouter quelqu’un d’autre ». Les excuses doivent également être « bien reçues ». « Il y a toujours un risque ». Ces deux premiers éléments sont indispensables pour que « les excuses puissent apporter un réel changement. » La politique est faite de procédures et de comités, il n’existe pas de ministère des sentiments humains. Pourtant, selon Kevin Rudd, cette dimension est cruciale et les excuses sont un sacrement laïc qui peut avoir un impact spirituel et émotionnel profond. Autre élément fondamental, les excuses doivent également être basées sur des faits et ce fut le cas puisque ces excuses sont basées sur un rapport scientifique du comité. »(…)
Source : http://www.caux.iofc.org/fr/excuses_Kevin_Rudd

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FRANCE

 » Dans les années 1960 et 1970, la DDASS de la Réunion a transféré en métropole plusieurs centaines d’enfants abandonnés ou retirés à leurs parents. Ils étaient alors confiés à des familles ou à des institutions situées principalement dans le Massif central et le Sud-Ouest. Aucun voyage de retour n’était prévu. Ce transfert a été un échec : malgré quelques réussites individuelles, la grande majorité a souffert du déracinement, de la solitude, du racisme, du chômage. Quarante ans plus tard, des anciens pupilles ont intenté un procès retentissant à l’État, réclamant des centaines de milliers d’euros de dédommagement. Faut-il, comme eux, relier cet épisode aux pages les plus noires de l’histoire de France, l’esclavage et la déportation ? Ce transfert d’enfants incarnerait-il un néo-colonialisme qui n’ose pas dire son nom ? L’artisan de cette opération, Michel Debré, s’inquiétait de l’explosion démographique qui pesait sur l’île, mais il avait surtout l’ambition d’intégrer la Réunion à l’ensemble national et de transformer des petits créoles en Français comme les autres. C’est pourquoi il faut plutôt envisager cette inquiétante conclusion : la migration des pupilles réunionnais, avec la somme de souffrances qu’elle a engendrée, a été menée à bien parce qu’elle était conforme à l’idéal républicain.

Source : http://livre.fnac.com/a1990253/Ivan-Jablonka-Exil-d-enfants-transfert-de-pupilles-reunionnais-en-metropole#ficheResume

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 » En 1963, Michel Debré devient député de la Réunion. Pour éviter que l’île ne devienne indépendante comme l’Algérie un an plus tôt, il lance un ambitieux programme de développement: il fait distribuer du lait en poudre dans les écoles, organise un système de cantines gratuites, développe des infrastructures hospitalières, met l’accent sur la formation des jeunes, etc. Ce programme est financé par la solidarité nationale, puisque, depuis 1946, la Réunion est officiellement un département français.
Mais Debré, comme la plupart des élites politiques réunionnaises de l’époque, s’inquiète de la surpopulation, qui risque d’annuler tous ces efforts. Il met donc en place un programme de migration destiné à envoyer en métropole de jeunes adultes réunionnais. (…) En parallèle, Debré incite la DDASS de la Réunion à transférer en métropole des mineurs –orphelins, enfants abandonnés, enfants retirés à leur famille par décision de justice. Pour faire du chiffre, la DDASS envoie ses assistantes sociales en tournée dans l’île pour ramasser un maximum d’enfants. D’un côté, elle s’assure de la collaboration des juges; de l’autre, elle berne les parents en leur faisant croire que leur enfant va devenir avocat ou médecin. Elle immatricule à tout va, après quoi, elle a les mains libres pour envoyer les pupilles là où elle le souhaite. En tout, 1.600 enfants ont été expédiés dans une soixantaine de départements, notamment dans les zones rurales et vieillissantes du Massif central et du Sud-Ouest. En transférant une population depuis une île surpeuplée vers des départements désertés, Debré espère faire d’une pierre deux coups.(…)

Depuis la Révolution française, la pensée républicaine vise à régénérer l’enfant né ou élevé dans des conditions jugées anormales. Dès qu’une défaillance familiale est diagnostiquée, l’État disqualifie les parents et s’empare de l’enfant, considéré comme un être malléable: le but est alors de l’extraire de son milieu social et de le métamorphoser dans un environnement sain, avant de le replacer dans la société, remis à neuf, régénéré. Dans le cas des enfants réunionnais, l’administration considère qu’ils ne peuvent souffrir de leur déracinement, puisque leur destin sera préférable à celui que leur réservait leur milieu d’origine.(…)La migration réunionnaise s’est soldée par un désastre humain. En quelques semaines, les pupilles perdent leurs repères familiaux et culturels, sont exposés au froid, à la claustration, au racisme, à des violences dans certains cas. En raison de ce choc très brutal –surtout pour des bébés, des enfants et des adolescents–, la métropole se révèle un milieu particulièrement angoissant et hostile. Dès leur arrivée, les enfants veulent rentrer chez eux; mais le piège s’est refermé. Sur place, le suivi social est inexistant. De ce fait, les pupilles ont subi des carences affectives très graves; un certain nombre a sombré dans la dépression, l’alcoolisme, la délinquance, la clochardisation ou la folie. (…)

Pour éviter les malgames historiques abusifs : 
(…)Dans le cas de la migration britannique (vers l’Australie), on observe la même déculturation et la même catastrophe socio-éducative; mais les enfants ont également subi des violences physiques et sexuelles systématiques, notamment dans les établissements des Frères chrétiens –ce qui n’est pas le cas en France. La migration réunionnaise et la migration britannique ont toutes deux été réalisées avec des arrière-pensées impériales et sans aucun suivi socio-éducatif; elles relèvent de la maltraitance d’État.
Le cas de la «stolen generation», qui concerne les enfants aborigènes
(d’Australie), est différent: il s’agit d’une tentative de génocide, où le déplacement forcé des enfants va de pair avec des vols de terre et des meurtres. (…)

Source : http://observatoire2.blogs.liberation.fr/normes_sociales/2009/11/les-enfances-perdues-de-laustralie-et-de-la-r%C3%A9union-entretien-avec-ivan-jablonka.html

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Bibliographie :

Mathias Gardet, David Niget, Enfances (dé)placées. Migrations forcées et politiques de protection de la jeunesse, XIXe-XXe siècles

David NIGET, Enfances colonisées. Une histoire postcoloniale des migrations juvéniles, XIXe-XXe siècles

Joëlle DROUX, Migrants, apatrides, dénationalisés. Débats et projets transnationaux autour des nouvelles figures de l’enfance déplacée (1890-1940)

Ellen BOUCHER, Enfance et race dans l’Empire britannique. La politique d’émigration juvénile vers la Rhodésie du Sud

Sarah HEYNSSENS, Entre deux mondes. Le déplacement des enfants métis du Ruanda-Urundi colonial vers la Belgique

Yves DENÉCHÈRE, Les « rapatriements » en France des enfants eurasiens de l’ex-Indochine. Pratiques, débats, mémoires

Naomi PARRY, Stolen Childhoods. Reforming Aboriginal and Orphan Children through Removal and Labour in New South Wales (Australia), 1909-1917

Marie-Pierre BOUSQUET,  Êtres libres ou sauvages à civiliser ? L’éducation des jeunes Amérindiens dans les pensionnats indiens au Québec, des années 1950 à 1970

Marta CRAVERI, Anne-Marie LOSONCZY, Trajectoires d’enfances au goulag. Mémoires tardives de la déportation en URSS.

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Revue d’Histoire d’enfance « irrégulière (RHEI) N0 14 :
Ecole Nationale de Protection Judiciaire de la Jeunesse
 » Enfances déplacées en situation coloniale »


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